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Sorbonne Nouvelle : « La Fabrique de la diplomatie », un évènement au service de l'impérialisme français

Mon, 31 Aug 2026 19:52:32 CEST

Révolution Permanente

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Alors que les universités instaurent un tri raciste qui oblige les étudiants étrangers à payer des frais d'inscription différenciés, la Sorbonne Nouvelle et le Quai d'Orsay organisent « La Fabrique de la diplomatie » pour faire la publicité de l'impérialisme français, en présence de ministres comme Jean-Noël Barrot ou Frédérique Vidal, à l'initiative de la loi « Bienvenue en France ».

Les 4 et 5 septembre 2026, la Sorbonne Nouvelle et le ministère des Affaires étrangères organisent la deuxième édition de « La Fabrique de la diplomatie », un an après une première édition contestée par les étudiants et les personnels de l'université. Au programme, des discussions avec des ministres et des hauts-fonctionnaires pour convaincre la jeunesse de se mettre au service de l'impérialisme français.

Alors que l'événement prétend promouvoir les rapports internationaux, les libertés démocratiques et la paix dans le monde, il aura lieu dans une université qui a été parmi les premières à appliquer une politique d'exclusion des étudiants étrangers, à travers une hausse prohibitive des frais d'inscription. En avril 2025 et en juin 2026, la présidence de Paris 3 a refusé de voter l'exonération des frais différenciés demandée par les élus du Poing Levé. Pourtant, la Sorbonne Nouvelle continue de capitaliser sur la présence de 30% d'étudiants étrangers, au point d'en tirer argument pour accueillir l'événement organisé avec le ministère des Affaires étrangères. Cependant, le reste de l'année, la présidence de Paris 3 contrôle toute expression politique, comme lorsqu'elle a poussé vers la sortie un enseignant palestinien qui arborait un drapeau de la Palestine sur son sac, ou lorsqu'elle demande au Poing Levé de retirer ce même drapeau pour « trouble à l'ordre public », ou encore à travers un projet de règlement intérieur qui vise à réduire les capacités de mobilisation des étudiants et les vider de tout contenu politique.

Placé sous le patronage de Jean-Noël Barrot, « La Fabrique de la diplomatie » rassemblera la fine fleur de la classe politique et médiatique. Il y aura notamment Frédérique Vidal, ancienne ministre de l'enseignement supérieur, initiatrice de la loi « Bienvenue en France » fin 2018, également connue pour avoir mis en place la loi ORE et Parcoursup et la LPR ou encore pour sa gestion désastreuse de la pandémie de Covid à l'université.

Nathalie Loiseau bénéficiera pour sa part d'une séance de dédicace dans la bibliothèque universitaire fermée pour cette occasion. L'eurodéputée macroniste est notamment connue pour s'être présentée sur une liste étudiante d'extrême droite avec des membres du GUD ou pour avoir banalisé l'homophobie dans une BD sur l'Europe. Elle publie un livre va-t-en-guerre, Aux armes, Européens ! Réarmer l'Europe pour éviter la guerre : que faire, comment et avec qui ? (L'observatoire, 2026), qui joue sur toutes les peurs possibles (« guerre en Ukraine, menaces chinoises, désengagement américain, chantage énergétique russe ») pour « construire enfin une véritable défense européenne ». « Non pas pour affaiblir nos souverainetés nationales, mais pour les renforcer face aux défis du XXIe siècle ». Autre dédicace : celle de Benoît Chervalier, « Président Afrique » du MEDEF et du lobby « Business Europe » pour son livre sur Ce qu'attend l'Afrique : ressources locales, tensions mondiales (éditions de l'Aube, 2025).

Enfin, Juan Manuel Santos fera partie des invités de l'évènement. Représentant de l'oligarchie colombienne, ce ministre ultralibéral de l'Économie dans les années 1990 est ensuite passé au ministère de la Défense, couvrant le massacre de milliers de personnes entre 2006 et 2009. Devenu président, il a reçu en 2016 le Prix Nobel de la Paix pour un accord avec les FARC qui a servi avant tout à soumettre le pays aux intérêts capitalistes internationaux.

Derrière ces figures, c'est tout un microcosme économico-étatique qui se donne rendez-vous à la Sorbonne Nouvelle : entreprises, chambres de commerce, syndicats patronaux, think tanks, universités, hauts fonctionnaires, diplomates, élus, journalistes, associations, etc. Comme nous l'écrivions l'année dernière, « parmi les institutions présentes et mises au cœur de l'événement, il y aura tous les acteurs majeurs de l'influence française : Agence Française de Développement (AFD), Business France, Institut Français, Alliance Française, France Volontaires, Campus France. Ces organes sous tutelle de l'État visent à promouvoir les intérêts français dans le monde, à commencer par les zones anciennement colonisées ». S'agissant de l'AFD par exemple, nous notions en 2017 qu'elle « a déjà trempé dans quelques affaires : mise en cause dans la déforestation en Afrique centrale, elle a aussi, selon la Commission nationale anticorruption du Cameroun (Conac), monté une société écran qui est soupçonnée de fraudes. En décembre 2013, la Conac a présenté son rapport d'activités 2012 à Yaoundé, indiquant que plus de 113 milliards de francs CFA ont été détournés à la Société de développement du coton (Sodecoton) entre 2002 et 2011 par deux sociétés dont celle de l'AFD ».

Outre les agences étatiques, il y aura aussi des grandes entreprises comme Airbus, représenté notamment par sa responsable des « Contrats Defence & Space », Alice Dausse, qui a également été référente départementale de Renaissance en Haute-Garonne – signe des imbrications entre les champs d'action économiques et politiques des représentants de la bourgeoisie qui se donnent rendez-vous à la Sorbonne Nouvelle pour « La Fabrique de la diplomatie ».

Enfin, la « Fabrique de la diplomatie » proposera également des « jeux sérieux » comme If War Comes to You : une immersion interactive dans le droit international humanitaire, un jeu qui permet de « plonger au cœur d'un conflit armé » en incarnant tour à tour un soldat, une jeune civil ou un travailleur humanitaire. En faisant du participant l'un de ces trois personnages confrontés à des dilemmes individuels, le jeu transforme ainsi une réalité profondément politique en une expérience interactive, consensuelle et surtout ludique. Dans la même logique, Destination Europe se présente comme un jeu de rôle éducatif visant à « initier aux processus décisionnels en matière de migration, d'asile et d'intégration » aux niveaux européen, national et local : une initiation pédagogique au tric raciste de l'Europe forteresse. Enfin, dans le même esprit, le wargame Guerre hybride en Europe centrale, conçu par le ministère des armées, normalise la course à la guerre des pays européens et le mythe selon lequel ces guerres seraient les nôtres, alors qu'elles ne servent que les intérêts de nos propres classes dominantes.

Tous les moyens sont donc bons pour mettre au pas la jeunesse. Après l'assaut des industries de défense sur les écoles d'ingénieurs et les formations scientifiques à l'université, c'est au tour des sciences humaines et de la culture d'être mises au cœur de la militarisation des esprits et de l'économie. Dans un contexte où la rentrée universitaire est rythmée par une attaque inédite contre le droit à étudier avec le passage en force du décret « Bienvenue en France », le gouvernement cherche à imposer dès la rentrée 2026 des frais de scolarité seize fois plus élevés aux étudiants hors-UE, dont une grande partie viennent des anciennes colonies françaises. Il est plus que jamais nécessaire de dénoncer l'intégration des politiques va-t-en-guerre et discriminatoires au sein de nos universités. Nous devons lutter pour une université gratuite ouverte à toutes et à tous sans condition de nationalité, ainsi que pour un projet université où le patronat et les politiques réactionnaires du gouvernement n'ont pas leur place. Nous vous appelons donc tous et toutes à vous mobiliser contre la loi « Bienvenue en France ». Pas d'égalité, pas de rentrée !

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