Airbus : après une première victoire sur le télétravail, les travailleurs espagnols votent la poursuite de la grève
Tue, 25 Aug 2026 13:09:20 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe lundi 24 août, les travailleurs d'Airbus Espagne ont voté la reprise de la grève pour exiger de meilleures rémunérations et de meilleures conditions de travail. Après une mobilisation massive en juillet, la direction avait dû reculer sur le télétravail. Les salariés montrent ainsi leur détermination à poursuivre la lutte et la voie à suivre pour arracher leurs revendications.

La direction d'Airbus a annoncé qu'elle suspendait son projet de réduction du temps de télétravail qu'elle voulait imposer dès septembre à ses salariés dans les bureaux. Cependant, il ne s'agit que d'une pause dans le plan de la direction. Le porte-parole d'Airbus assure à Reuters que « Nous visons une présence accrue sur site afin d'assurer une meilleure efficacité collective, un meilleur transfert de connaissances et une prise de décision plus rapide. Toutefois, un changement efficace nécessite d'écouter nos employés. Sur la base de leurs commentaires, nous avons décidé de mettre en œuvre cette transition de manière plus progressive ».
Le projet de réduction du temps de télétravail avait été annoncé par le PDG d'Airbus, Guillaume Faury, dans une lettre adressée aux employés début juin. Il justifiait alors cette restriction importante du télétravail et un recentrage sur « les priorités fondamentales » au nom d'un contexte géopolitique complexe marqué par la guerre.
Ce recul de la direction fait suite à la mobilisation des travailleurs d'Airbus en France et dans l'État espagnol. En effet, les ouvriers français s'étaient d'abord mobilisés par centaines en mai contre la baisse de 54 % par rapport à l'année précédente de la prime de participation, et ce malgré des bénéfices records de 5,2 milliards d'euros pour le groupe. Cela marquait une colère inédite du secteur depuis 2010, alors que les syndicats pro-patronaux FO, CFE-CGC et CFTC ont tenté de calmer la colère en renvoyant à des négociations qui ont finalement abouti à une annonce d'une prime de compensation de 500 euros.
Puis ce fut au tour des ingénieurs de protester contre la réduction du temps de télétravail à partir de juin avec plusieurs journées de grève et rassemblement qui ont réuni à chaque fois une centaine d'ingénieurs à Toulouse.
Les mobilisations les plus massives ont eu lieu dans l'Etat espagnol entre juin et juillet, sur tous les sites d'Airbus, avec Getafe en tête, où les travailleurs ont fait grève pendant plusieurs semaines entre juin et juillet. En effet, les annonces de Guillaume Faury sur le télétravail, en pleine renégociation de la convention collective, ont déclenché un puissant mouvement impulsé par les ingénieurs, et rapidement rejoints par les ouvriers. Il s'agissait de la goutte de trop dans un contexte de profond malaise partagé par l'ensemble du personnel depuis la convention collective de 2024, qui avait entériné une perte de salaire de 10% et de nombreux reculs sur les conditions de travail.
A partir de juin, la grève a été rythmée par des assemblées générales massives, réunissant plusieurs fois par semaine des centaines de travailleurs qui participaient activement aux discussions et aux prises de décision. Rapidement, les travailleurs d'Airbus ont élargi les revendications au-delà du télétravail et pour réclamer des augmentations de salaire de 18%, ainsi que moins de rigidité dans le choix des congés.
A Getafe, principal lieu de production d'Airbus dans l'Etat espagnol, la grève a ainsi été suivie par près de 90% des salariés. C'est d'ailleurs dans cette même ville qu'a eu lieu une manifestation de 7 000 personnes, alors qu'Airbus emploie 9 000 salariés sur place. La direction a ainsi été contrainte de faire un premier recul sur les conditions de travail et la question du télétravail, ce qui a encouragé les grévistes.
Cependant, le 23 juillet, les travailleurs découvraient avec colère la trahison de plusieurs syndicats, la SIPA, ATP et la CCOO, qui avaient signé un accord proposé par la direction contre l'avis des assemblées générales. Malgré cette trahison, l'accord a été rejeté par une majorité de travailleurs, en assemblée générale d'abord, puis lors d'un référendum interne organisé par la direction, à 49% contre 44% de voix pour l'accord.
Si le retrait de la baisse du temps de télétravail a déjà été obtenu fin juillet, comme d'autres revendications dont une augmentation de 12% sur 2 ans, les travailleurs d'Airbus ont exprimé leur volonté d'aller plus loin. Fin juillet toujours, ils votaient la poursuite de la grève au retour des congés imposés par Airbus, à partir du 24 août. Pas dupes des manœuvres de la direction, qui entend bien appliquer « progressivement » cette diminution du temps de télétravail, et pas satisfaits des propositions de la direction.
A l'appel des syndicats CGT, l'UGT et l'UTIL, toujours en lutte, des assemblées générales se sont tenues sur les sites d'Airbus ce lundi 24 août, au retour des congés. Les travailleurs ont majoritairement voté la poursuite de la grève, considérant que les dernières propositions de la direction étaient toujours insuffisantes. Les premiers piquets de grève devraient débuter à partir du mardi 25 août pour une durée illimitée. Si les travailleurs espagnols ont réussi à faire l'unité entre les ingénieurs et les ouvriers, leur prochaine tâche doit être d'élargir la lutte à la sous-traitance, en réclamant les mêmes revendications et conditions de travail pour l'ensemble des travailleurs du secteur.
Les travailleurs d'Airbus de l'État espagnol ont regardé leur direction droit dans les yeux et prouvé qu'il était possible de la faire plier, en dépit des trahisons des bureaucraties syndicales. Ils ont montré l'exemple à suivre pour leurs collègues partout en Europe. Le 23 juillet, Juan Pedro, délégué syndical CGT à Airbus Getafe déclarait déjà que « si ce mouvement aide les collègues de France et d'Allemagne à obtenir leurs revendications, cela nous réjouit. Nous savons aussi que cela nous avantage, car la contagion préoccupe beaucoup Airbus. Beaucoup de courage à vous, nous sommes solidaires, nous partageons les mêmes souffrances, nous partageons les mêmes causes, la fraternité populaire avant tout ».
Les travailleurs d'Airbus ont raison de se battre pour de vraies augmentations de salaires, de meilleures conditions de travail, et le retrait définitif de la baisse du temps de télétravail. C'est d'autant plus nécessaire que les attaques de la direction ne s'arrêteront pas là. En effet, Guillaume Faury annonçait dans sa lettre aux salariés en juin que c'est aux travailleurs de faire les efforts pour affronter une situation internationale convulsive, alors même que le groupe entend profiter de la marche à la guerre en se positionnant à l'avant-garde de la militarisation pour répondre aux besoins de l'impérialisme français et européen.
Or, la marche à la guerre signifie aussi le durcissement des conditions de travail et la répression dans les entreprises. Et, au bout de cette logique, ce sont aussi les travailleurs qui sont envoyés à la guerre pour les intérêts des capitalistes. Face à cette situation, les grévistes d'Airbus montrent la force qu'ils ont pour revendiquer de meilleurs droits mais ils peuvent aussi jouer un rôle clé pour enrayer la machine de guerre des puissances impérialistes.
Plus largement, cela pose la question de qui doit décider de la production et de ses priorités. Alors que les canicules de cet été ont ravagé des régions entières en Europe et partout sur la planète, et que nous manquons cruellement de Canadairs, il faut poser la question de la reconversion de la production pour la mettre au service des besoins de la population plutôt qu'au service de la militarisation.
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