Toulouse : un jeune de 17 ans meurt après avoir été poursuivi par la police
Sun, 23 Aug 2026 13:07:01 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalA Toulouse, le 7 août, un jeune de 17 ans est mort après une course-poursuite avec la police. Alors que deux enquêtes ont été ouvertes, sa famille réclame la justice et la vérité sur les circonstances de sa mort.

Le vendredi 7 août, Anis, un jeune de 17 ans, est décédé à la suite d'une course poursuite qui serait intervenue pour refus d'obtempérer. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Anis aurait été contrôlé par la police alors qu'il conduisait un scooter. Pris de peur, il aurait pris la fuite et une course poursuite aurait été engagée. Il aurait finalement percuté l'aile d'un véhicule de police.
Si Anis est présenté par les médias comme un mineur isolé étranger d'origine algérienne, il avait des oncles et tantes sur le territoire ainsi qu'une tutrice légale, le reste de sa famille, dont ses parents, étant en Algérie.
Deux affaires ont été ouvertes par le procureur : l'une pour chercher les causes de la mort et l'autre pour refus d'obtempérer aggravé.
On retrouve sans surprise dans l'affaire d'Anis de nombreux éléments symptomatiques des affaires de violences policière : il est rapidement indiqué par les forces de l'ordre que le pronostic vital de la victime n'était pas engagé après l'accident alors qu'il décède finalement des suites de ses blessures le lendemain, les proches ne sont informés de l'évolution de son état de santé que tardivement et de son décès presque 24h plus tard... Surtout, tout est fait très rapidement pour criminaliser la victime et légitimer l'interpellation policière ayant entraîné son décès.
Ce drame rappelle ceux de Bilal et Maïky, deux pères de famille décédés suite à l'intervention de la police à Toulouse, où les motifs de refus d'obtempérer avaient été immédiatement brandis pour légitimer l'intervention. Ces affaires montrent également le racisme systémique de la police, qui touche en premier lieu les personnes racisées et les habitants des quartiers populaires. Selon une étude, les personnes racisées ont 6 fois plus de risques d'être tuées par la police française. Pour Issam El Khalfaoui, une des voix de la lutte contre les violences policières en France : « l'introduction [dans la loi] d'une notion complètement subjective (“lorsque les occupants sont susceptibles d'être dangereux”) a créé une inégalité sans précédent dans la loi. »
La mort d'Anis intervient quelques semaines seulement après l'adoption à l'Assemblée nationale de la loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense dans l'usage des armes par les forces de l'ordre, notamment en cas de refus d'obtempérer d'un conducteur. Avec cette loi, tout tir de police ou de gendarme sera automatiquement présumé légal, ce qui revient à leur accorder un véritable permis de tuer. Ce sera aux familles en deuil de prouver que le tir responsable de la mort de leur proche était illégal. Si dans les faits, cette douloureuse charge de la preuve repose déjà sur les familles de victimes, comme le montre le combat mené par les collectifs justice et Vérité pour Adama ou pour Bilal à Toulouse, cette recherche de vérité sera désormais rendue quasi impossible.
Par exemple, avec cette loi, s'il n'y avait pas eu de vidéo du meurtre, le tir du policier responsable de la mort de Nahel aurait été considéré comme légal.
Historiquement porté comme revendication par l'extrême droite, et ensuite proposé par LR, cette loi à eu le soutien assumé du bloc macroniste. Elle se situe dans le prolongement des lois sécuritaires et de la loi Cazeneuve qui à facilité l'usage de leurs armes par les forces de l'ordre notamment dans le cas des refus d'obtempérer et a augmenté les moyens de répression. Depuis le passage de la loi Cazeneuve en 2017, votée sous la présidence de François Hollande, il y a eu une nette augmentation des violences policières. Selon une étude, les personnes tuées par balle après un refus d'obtempérer sont 5 fois plus nombreuses et les personnes tuées par balles hors refus d'obtempérer et au cours d'un « accident routier » après un refus d'obtempérer sont également plus nombreuses.
Face à ce nouveau saut répressif visant à renforcer l'impunité policière, de nombreuses organisations dont Révolution Permanente appellent à une marche pour le retrait de cette loi le 20 septembre prochain. Il est urgent de construire à Toulouse une large mobilisation, qui doit s'inscrire dans une bataille contre l'institution policière elle-même, en revendiquant l'abrogation de la loi de 2017, la suppression des corps spéciaux et la mise en place d'une commission indépendante de la police et de l'Etat qui permette d'établir la vérité sur les affaires de violences policières.