« Plus de 40 degrés dans nos chambres » : le CROUS de Rennes laisse les étudiants suffoquer
Thu, 20 Aug 2026 16:24:12 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'original40 °C dans des chambres de 9 m²… À Rennes, certains étudiants ont passé tout l'été dans les résidences du CROUS, confrontés à des températures suffocantes et à des logements inadaptés aux vagues de chaleur. Nous sommes allés à leur rencontre pour recueillir leurs témoignages.

« À partir du premier étage, il n'y a pas de volets, seulement des rideaux occultants. Du côté où le soleil tape toute l'après-midi, ça devient vite invivable », nous raconte Thibaud*, un étudiant vivant dans la résidence Alsace, au sein de la cité universitaire de Villejean. Dans ce bâtiment de quatre étages, seul le premier est équipé de volets. Du deuxième au quatrième étage, les étudiants doivent se contenter de rideaux occultants qui permettent de limiter la lumière, mais ne protègent pas de la chaleur. En période de canicule, les chambres atteignent au moins 30 °C et peuvent rapidement dépasser les 40 °C.
Si la chaleur est déjà difficile à supporter dès les premières heures de l'après-midi dans les premiers étages, elle devient encore plus étouffante à mesure que l'on monte dans la résidence. Dans les escaliers et les couloirs, l'air devient lourd et la chaleur s'accumule à chaque étage. « Plus tu montes dans les escaliers, plus tu sens la chaleur. Les portes coupe-feu la retiennent, il n'y a aucune fenêtre et l'aération ne permet pas de créer de courant d'air. L'air est presque irrespirable », confie Julie*, une étudiante de Rennes 2.
Arrivés au quatrième étage, nous rencontrons Sonia*, une étudiante étrangère qui a passé tout l'été dans le bâtiment. Installée dans une chambre de 9 m² située sous les toits et exposée au soleil l'après-midi, elle témoigne de conditions particulièrement difficiles. Depuis le pas de sa porte, elle nous explique : « J'ai vécu chacune des vagues de chaleur dans les 9 m² que vous voyez là. Évidemment qu'il faut que le CROUS nous fournisse au minimum un ventilateur ou un climatiseur, je n'ai pas les moyens, moi. »
Construite dans les années 1960, la résidence Alsace, à Villejean, compte plusieurs centaines de chambres de 9 m². Alors que les épisodes de fortes chaleurs se multiplient, les chambres des résidences CROUS de Rennes ne disposent officiellement ni de climatisation ni de ventilateurs, et aucun espace de fraîcheur n'est prévu dans les résidences.
Pour faire face aux canicules, le CROUS Bretagne recommande aux étudiants de se rendre dans des lieux frais ou climatisés, comme les bibliothèques, les cinémas ou les supermarchés. Une réponse qui revient, concrètement, à leur demander de quitter leur logement pour trouver ailleurs la fraîcheur qui leur manque.
Cette situation ne concerne évidemment pas uniquement Rennes. Partout en France, de nombreux étudiants ont été confrontés cet été à des températures extrêmement élevées dans des logements CROUS souvent inadaptés aux vagues de chaleur. Des conditions qui peuvent avoir de graves conséquences sur leur santé : plusieurs témoignages font état de malaises, voire de pertes de connaissance liées aux fortes chaleurs. Sous une vidéo du Poing Levé, organisation étudiante de Révolution Permanente, une étudiante témoigne : « Un étudiant à Metz a fait une hyperthermie. C'est sûr qu'il y en a partout en France. »
Face à ces situations qui se multiplient, des mobilisations commencent à s'organiser pour imposer des mesures d'urgence et garantir des conditions de logement adaptées aux épisodes de canicule. À Paris, une mobilisation initiée par les élus du Poing Levé a permis de faire adopter par le CROUS une motion prévoyant notamment l'installation de ventilateurs ou de climatiseurs dans les chambres, la création d'espaces de fraîcheur et le relogement des étudiants lorsque ces conditions ne peuvent pas être garanties. La motion prévoit également un plan de rénovation thermique de chaque bâtiment, ainsi que des moyens supplémentaires et des embauches pour les travailleurs du CROUS, avec un plan d'emploi élaboré par des commissions associant étudiants et travailleurs.
Mais le vote d'une motion ne suffit pas : il faut désormais imposer son application, à Paris comme partout en France. À Rennes aussi, les résidents doivent pouvoir s'organiser pour obtenir des mesures d'urgence : des logements adaptés aux fortes chaleurs, des espaces de fraîcheur, des solutions de relogement et un véritable plan de rénovation thermique. Face à l'inaction du CROUS, c'est la mobilisation collective qui permettra d'imposer ces revendications.
Vous vivez ou avez vécu des conditions similaires dans votre résidence ? Témoignez et contactez-nous pour partager votre expérience et vous organiser avec nous !
* Les noms et prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des étudiants ayant témoigné.