Trois femmes trans mortes en une semaine : organisons-nous pour combattre le système qui nous tue
Thu, 20 Aug 2026 17:21:51 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalTrois femmes trans sont mortes en une semaine, tandis que les agressions transphobes se multiplient. Face à ces violences, Sasha Yaropolskaya, militante à Du Pain et Des Roses, défend la nécessité de s'organiser pour combattre la transphobie et le système qui la produit.

Trois femmes trans sont mortes en une semaine, tandis que les agressions transphobes se multiplient. Face à ces violences, Sasha Yaropolskaya, militante à Du Pain et Des Roses, défend la nécessité de s'organiser pour combattre la transphobie et le système qui la produit.
Nous avons appris la mort de trois de nos sœurs trans en l'espace d'une semaine. Ces drames endeuillent nos communautés. Je veux rendre hommage à ces femmes, des femmes comme Hélène qui militaient au quotidien pour leurs sœurs.
Je vois beaucoup de réactions inquiètes sur les réseaux sociaux autour de l'augmentation des violences transphobes et transmisogynes dans la société, et cette inquiétude est compréhensible. Elle l'est d'autant plus après l'agression brutale d'une femme trans à Montpellier, qui a subi plus d'une centaine de lacérations. Elle a survécu à cette agression, mais la violence qui lui a été infligée témoigne une nouvelle fois de la gravité des violences auxquelles les personnes trans sont confrontées.
Cet enchaînement de morts et d'agressions dans la communauté trans me fait penser à cette période douloureuse et difficile que nous avons traversée en 2020. À l'époque, en pleine épidémie de Covid, les suicides et les meurtres s'enchaînaient, favorisés, notamment, par la loi de 2016 criminalisant davantage la prostitution et par des lois xénophobes visant les personnes immigrées. Nous vivions dans la peur de voir l'une de nos proches devenir la prochaine victime.
À l'époque, cette période avait poussé beaucoup d'entre nous, à manifester et à nous organiser, notamment en créant des groupes de parole et de nouveaux collectifs, comme le FLIRT, dédié à l'autosupport, ou XY Media, pour contrer les discours anti-trans dans les médias dominants.
Nos projets et nos initiatives pouvaient avoir leurs limites, nous commettions parfois des erreurs. Mais une chose était indéniable, cet élan d'organisation et de militantisme d'une nouvelle génération de personnes trans qui commençait à s'organiser, nous permettait de ne plus nous sentir seules face à l'oppression transphobe, de lutter ensemble, de reprendre le courage et de renforcer notre communauté.
En 2020, nous avons rapidement compris que nos morts n'étaient pas des accidents, que leurs causes étaient systémiques, et qu'on pouvait donc les affronter, comme on l'a fait en mai 2024 lors de la Riposte trans, la plus grande mobilisation nationale pour les droits trans dans l'histoire de ce pays.
Parce que seule une mobilisation de masse, réunissant les mouvements féministe, LGBTI et ouvrier, pourrait imposer des revendications capables de sauver la vie de nombreuses personnes trans : réquisitionner les logements vides pour accueillir les jeunes trans fuyant un foyer violent ou la précarité, régulariser tous les sans-papiers, abroger les lois criminalisant la prostitution, et réduire et partager le temps de travail pour en finir avec le chômage.
Plus généralement, nous avons besoin d'affronter ce système capitaliste et patriarcal qui nous relègue à la marge, qui nous opprime, qui nous exploite. Ce système qui nous tue. Six ans après les morts trans lors du Covid, nous devons continuer ce combat et lutter de façon déterminée pour le renverser.