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SUD Santé AP-HP exclut une syndicaliste pour un combat contre l'islamophobie

Thu, 20 Aug 2026 17:40:55 CEST

Révolution Permanente

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Quelques mois après le licenciement d'une infirmière de la Pitié-Salpêtrière pour port d'un calot, SUD Santé AP-HP a exclu Blandine Chauvel, cosecrétaire de la section, pour l'avoir défendue. Une exclusion scandaleuse, sur fond d'adaptation à l'islamophobie d'État et à la direction de l'AP-HP. Solidarité avec Blandine !

L'affaire avait fait le tour des médias : en novembre 2025, Majdouline, une infirmière de la Pitié Salpêtrière à Paris avait été licenciée pour port du calot chirurgical. Sous couvert de laïcité ou de mesures d'hygiène, Majdouline a subi un véritable acharnement qui, après plusieurs recours devant le tribunal administratif, a finalement abouti à sa mise à pied pour 8 mois. Une mesure disciplinaire scandaleuse qui traduit un durcissement islamophobe à l'hôpital.

C'est dans ce contexte que la section SUD de la Pitié-Salpêtrière avait pris position pour défendre Majdouline. Mais plutôt que de soutenir ses militantes face à cette répression, la direction de SUD Santé AP-HP a choisi de sanctionner celles et ceux qui ont dénoncé cette offensive islamophobe. Le 20 mai dernier, elle a ainsi décidé d'exclure Blandine Chauvel, co-secrétaire de la section SUD Santé Pitié-Salpêtrière.

La direction de SUD Santé AP-HP s'aligne sur l'islamophobie d'Etat et l'extrême-droite

L'exclusion a été votée lors d'un conseil syndical extraordinaire convoquée le 10 mars, dont l'ordre du jour revendiquait « le rappel de la laïcité dans [leur] institution », se rangeant ainsi du côté de la direction de l'hôpital. Le compte rendu du conseil syndical affirme en effet que « des prises de parole publiques et des accusations contre l'AP-HP [...] ne sont pas entendables » et accuse carrément Blandine Chauvel d'avoir mise en cause la direction de l'AP-HP à « des fins politiques et personnelles », en raison de sa candidature aux élections municipales à Paris sur la liste du NPA-Révolutionnaire. Une accusation scandaleuse qui vise à justifier la répression d'une militante syndicale en raison de son engagement politique et de son soutien à la collègue visée par l'offensive islamophobe de la direction de l'AP-HP.

Pour justifier son offensive, la direction du syndicat a déployé un véritable arsenal de manœuvres bureaucratiques, en allant jusqu'à prétexter qu'un syndicat ne pouvait pas défendre les cas individuels, comme celui de Majdouline. Un argument particulièrement déplacé : il reviendrait à considérer qu'un syndicat ne pourrait intervenir qu'à partir d'un certain nombre de collègues concerné·es. Surtout, cette justification ne résiste pas à la réalité des derniers mois, marqués à l'AP-HP par une offensive islamophobe systématique. Plusieurs enquêtes, dont des témoignages recueillis par Révolution Permanente montrent en effet que la répression visant les personnels musulman·es s'inscrit dans une pratique récurrente au sein de l'AP-HP.

Ce durcissement islamophobe à l'hôpital s'est ainsi traduit par l'adoption récente par l'AP-HP d'une « charte de la laïcité » qui durcit les règles concernant les tenues des soignants en assimilant le port du calot chirurgical à un « signe religieux par destination ». Dès lors, le calot est catégorisé comme signe religieux par la direction selon l'identité de celle qui le porte : une femme musulmane, ou supposée telle sur la base de critères racistes. Tandis que l'hôpital coule sous les coupes austéritaires du gouvernement, le racisme systémique et l'islamophobie servent ainsi à diviser les travailleurs. En désignant un « ennemi intérieur », cette logique normalise la suspicion envers certaines populations tout en légitimant la mise au pas de l'ensemble des travailleurs.

En excluant ainsi Blandine, la direction de SUD Santé AP-HP s'aligne pleinement sur l'offensive islamophobe et répressive menée par la direction de l'hôpital et l'État. Elle va même, en interne, jusqu'à relayer des prises de positions de l'extrême droite.

Ainsi, dans un communiqué publié en février 2026 à propos de l'affaire des calots, le syndicat s'efforce de laver la direction de l'AP-HP de toute responsabilité en affirmant qu' « aucun élément ne permet d'affirmer que l'institution aurait volontairement organisé une quelconque chasse aux sorcières concernant le port du calot ». Il fait preuve d'un zèle sans faille pour réaffirmer son « attachement à la République et au principe de laïcité », alors même que cette dernière constitue un outil privilégié de l'État pour mener ses politiques racistes et islamophobes. Dans les institutions, les lieux de travail et l'espace publique, cette utilisation de la laïcité à des fins racistes alimente depuis des années un véritable profilage racial et un contrôle vestimentaire accru, ciblant et harcelant particulièrement les femmes musulmanes ou présumées comme telles. On pense bien sûr à l'école où l'islamophobie a été institutionnalisée avec la loi de 2004 sur les signes religieux ostentatoires et renforcée avec l'interdiction de l'abaya, ou encore à la répression subie par les travailleurs de différents secteurs comme les transports.

Dans un premier communiqué à charge sur l'affaire Majdouline, Sud Santé AP-HP affirmait aussi que « les hospitaliers n'ont pour mission que de soigner et participer à la prise en charge de la population, pas de panser les maux de la société. C'est aux politiques que revient cette responsabilité ». Pourtant, la direction du syndicat se positionne bel et bien dans un débat très politique… en se rangeant dans le camp du racisme. Concrètement, dans des captures d'écrans de conversations WhatsApp des sections SUD AP-HP, révélées en juin par Mediapart, c'est l'islamophobie la plus obsessionnelle et décomplexée qui s'affiche, avec des messages s'insurgeant contre le « communautarisme » et des militants de SUD Santé AP-HP qui partagent régulièrement des publications du Printemps républicain, du Comité Laïcité République, ou encore des comptes rendus de livres sur « comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école » et « comment l'islamisme a perverti l'olympisme ».

Sept sections de l'AP-HP dénoncent l'exclusion et l'offensive islamophobe

Cette exclusion ne s'est pas faite sans réaction à l'intérieur de SUD Santé AP-HP et plusieurs sections se sont positionnées, à raison, du côté de Blandine Chauvel et des militants de la Pitié. Ces derniers revendiquent en effet le soutien de six sections de SUD Santé AP-HP contre l'exclusion, et celui de « plusieurs syndicats et sections départementales » de Solidaires, avec une ligne de défense centrée sur le droit des soignantes de se couvrir les cheveux par un couvre-chef, considéré comme non religieux, et qui dénonce « une instrumentalisation scandaleuse de la laïcité ».

Enfin, l'affaire a même pris des proportions nationales, avec des prises de positions de la part de la fédération SUD Santé Sociaux et de l'Union syndicale Solidaires elle-même. Alors même que SUD Santé Sociaux, qui regroupe tous les syndicats SUD des établissements de santé publics et privés, revendique un syndicalisme qui « combat toutes formes d'exploitation, d'exclusion sociale, de racisme et de sexisme », la fédération a dans un communiqué donné un blanc-seing aux actions de la direction de SUD Santé AP-HP en légitimant l'exclusion de la cosecrétaire de la section de la Pitié au nom de la « charte d'Amiens », tout en dénonçant les vidéos publiées par Blandine Chauvel comme des « attaques ». Dans le même communiqué, la fédération affirme pourtant que « tous-tes les élu-es SUD AP-HP ont soutenu et défendu dans les services » les salarié·es concerné·es par l'affaire dite « des calots ». Une affirmation qui permet à la fédération de revendiquer la défense des salarié·es tout en ne remettant pas en cause la direction de Sud-Santé AP-HP qui a choisi de s'en prendre à celles et ceux qui ont dénoncé la répression islamophobe. Loin de dénoncer cette politique, cette position illustre l'adaptation de la Fédération SUD Santé Sociaux à l'islamophobie d'État, et ce alors que l'exclusion de Blandine Chauvel est contestée au sein de Solidaires par d'autres fédérations comme SUD PTT ou la fédération Sud Collectivités.

De son côté, l'Union Syndicale Solidaires a choisi de se délimiter et a demandé des comptes à la direction de SUD Santé AP-HP, en rappelant que « Solidaires doit lutter syndicalement contre les discriminations massives dans l'emploi, entre autres celles que subissent les minorités de genre et les femmes musulmanes ou supposées telles ». Elle s'est cependant gardée d'être conséquente avec cette déclaration en se retranchant derrière les statuts de Solidaires, qui laissent chaque syndicat « autonome » dans ses décisions. Son bureau national du 9 juillet a ainsi reconnu que les publications de la conversation Whatsapp de SUD AP-HP relayaient « des idées d'extrême droite, racistes, sexistes… » et a dit « son engagement dans le combat aux côtés de Majdouline ». Une prise de position qui, au regard de la gravité des faits, paraît néanmoins largement insuffisante et ne peut que laisser de l'espace à la direction de SUD Santé AP-HP pour maintenir l'exclusion de Blandine.

Cette communication de Solidaires tente ainsi de tenir les deux bouts et reflète les vifs débats que cette affaire suscite en interne. Le nombre important de fédérations qui s'opposent à l'exclusion de Blandine rappellent en effet que l'autonomie des syndicats ne peut servir de prétexte pour mettre sous le tapis qu'un secteur du syndicat défend des positions ouvertement d'extrême droite.

Faire front face à l'islamophobie d'État et aux purges bureaucratiques

Face aux offensives islamophobes de l'Etat et de la direction de l'AP-HP, il y a urgence à opposer le front le plus large possible. L'islamophobie fait partie de l'arsenal répressif de l'État, dans le cadre d'une offensive réactionnaire qui dépasse largement le secteur de la santé : de la loi de 2004 à la chasse aux abayas, en passant par la préparation récemment d'une nouvelle « loi séparatisme » élargissant les prérogatives de la précédente. Cette dernière avait déjà montré à quel point les mesures islamophobes sont un véritable laboratoire du durcissement autoritaire, dont les effets tendent à s'étendre et à se généraliser et contre lesquelles le mouvement ouvrier doit se mobiliser massivement.

Dans ce cadre, la légitimation par la Fédération SUD Santé Sociaux de l'exclusion de Blandine Chauvel, tout comme le laisser-faire de l'Union syndicale Solidaires, sont toutes deux problématiques et constituent les deux faces d'une même adaptation à l'offensive de l'État. Cette situation s'inscrit dans une continuité avec une bataille récente menée au sein de Solidaires contre l'adaptation au racisme d'État. En effet, la purge menée par SUD Santé AP-HP contre les militants qui ont défendu Majdouline n'est pas sans rappeler celle menée par SUD Education 93, qui avait en 2025 voté l'exclusion de la commission antiraciste et de militants critiques de l'orientation de la direction. Une exclusion bureaucratique et anti-statutaire, d'ailleurs invalidée par la suite par le tribunal judiciaire. SUD Santé AP-HP semble dès lors se livrer à des pratiques similaires de purge politique des membres qui contredisent leurs positions, tout en versant dans l'islamophobie la plus ouverte.

Dans les deux cas, après avoir exclu des militant-e-s antiracistes, les bureaucrates se sont défendus en tentant de détourner l'attention de leurs positions et en dénonçant des soi-disant manœuvres politiques. Autrement dit, transformer le débat à propos de leur positions « laïcardes », leur adaptées au durcissement raciste de l'Etat, ainsi que sur leurs manœuvres et leurs exclusions, en une prétendue « défense de la Charte d'Amiens » présentée comme étant en danger.

Dans une logique économiciste, SUD Santé AP-HP est allé jusqu'à, dans son communiqué de février, reprocher à la section de la Pitié-Salpêtrière de ne pas « viser l'unité de notre classe sociale » en ayant fait sienne la lutte contre la répression du port du calot, dans une période de crise « internationale et nationale ». Une politique qui, sous couvert de défendre l'unité de classe, refuse en réalité de prendre en charge les oppressions et se montre prête à s'allier avec la direction de l'hôpital pour réprimer les travailleurs. Une contradiction flagrante, à l'heure où la direction du syndicat se désolidarise d'un cas de répression pour port du calot en refusant de payer les frais d'avocat de Majdouline, et s'adapte à la logique de l'État en divisant les travailleurs et travailleuses selon leur religion réelle ou supposée.

Cette adaptation à la logique répressive et islamophobe de l'État de SUD Santé AP-HP est particulièrement grave, d'autant plus à l'heure où, précisément, la période de crise au niveau national et international présage d'attaques d'envergure contre notre classe, à coup d'austérité dans les services publics, mais aussi de militarisation, qui nécessite de mettre au pas l'ensemble des personnels et faire taire toute voix contestataire.

Dès lors, à SUD mais aussi dans les autres sections syndicales combatives, il est essentiel de se mobiliser et de faire front contre l'islamophobie et le racisme d'État, mais aussi contre toute tentative de purge des militants qui les combattent. L'exclusion de Blandine Chauvel marque un grave précédent qui doit servir de leçon à tous les syndicalistes combatifs.

Crédit photo : capture d'écran Tiktok

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