Retour

« En Gironde, l'indécence de La Poste éclate au grand jour. » Billet d'un facteur parisien

Tue, 11 Aug 2026 17:02:36 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Après les incendies en Gironde, la Poste force ses salariés à récupérer les heures ratées. Une décision indécente, qui est seulement la pointe émergée de l'iceberg selon un facteur parisien.

Depuis quelques jours, une nouvelle choque : La Poste veut faire rattraper les heures non travaillées à nos collègues de Gironde. Nos collègues qui n'ont pas pu travailler et dont beaucoup ont dû eux-mêmes être évacués se voient infliger une triple peine. Ta région brûle, tu écouleras ensuite le courrier non distribué, au détriment de ton dos et de tes conditions de travail – déjà bien attaquées –, et tu devras enfin rattraper les heures non travaillées. Alors même que le groupe La Poste fait des bénéfices annuels de plus d'un milliard et aurait pu mettre les postiers en autorisation spéciale d'absence sans aucun problème.

Le groupe La Poste, ou l'indécence aux manettes

Un management sans scrupules de la part d'une entreprise sans scrupules qui nous réorganise en permanence – quels que soient les métiers – pour supprimer des emplois et faire du profit. Ce même groupe La Poste organise aussi l'exploitation de sans-papiers dans ses entrepôts de colis et dans la sous-traitance pour les distribuer. Il est responsable de trop nombreux suicides de collègues, ainsi que de la mort de Seydou Bagaga livreur de colis décédé d'une noyade en 2013 en livrant un colis. N'oublions pas tous les contrats précaires utilisés comme variable d'ajustement lors des réorganisations et jetés de l'entreprise du jour au lendemain.

Depuis l'annonce du traitement infligé aux postiers de Gironde, une séquence médiatique s'est ouverte : plusieurs médias (BFMTV, Franceinfo, ICI) ont évoqué le sujet. Le 20 heures de France 2, de mercredi, y a consacré un sujet. Ces reportages sont courts mais laissent une image peu flatteuse de l'entreprise et ne se bousculent pas pour défendre sa politique.

Même dans les rédactions des médias bourgeois, imposer le rattrapage des heures non travaillées pendant les incendies a choqué. Cela a surtout dû choquer les millions d'usagers qui ont eu accès à cette information en allumant leurs téléviseurs ou leurs radios ! Pour une fois, la politique du pire de La Poste ne reste pas sous le tapis et prend un peu la lumière. Ce qui est intéressant aussi, c'est que La Poste assume son indécence et ne fait pas machine arrière, peu importe le coût pour son image.

Pour mes collègues et moi, cette tyrannie n'est pas une surprise. Elle reflète ce qu'est le management au quotidien de La Poste, et c'est contre cela que nous nous battons tous les jours. Nos tournées de facteurs ne cessent de s'allonger, les guichetiers se voient imposer des plannings fait par l'IA, en plus de la fermeture de bureaux et des suppressions de postes... Nous subissons ça, alors que nous sommes payés avec des salaires de misère et sans aucun avantage.

Je suis facteur depuis 10 ans et je n'ai jamais eu un timbre gratuit... juste le droit de gagner 1550 euros par mois. Tous les jours de l'année, en tant que syndicaliste, c'est la course aux impayés et pour faire face à des problèmes RH plus ridicules les uns que les autres. Une exploitation XXL au service du profit, le service public et le bien des usagers et usagères attendront ! Pourvu que l'oseille rentre dans la caisse.*

Parce que du fric, il y en a pour La Poste. Plus de 6 milliards de bénéfices réalisés ces 5 dernières années... soit 3,39 millions d'euros de bénéfices par jour sur cette période ! Dimanche et jours fériés inclus, évidemment. La PDG en poste depuis quelques mois a d'ailleurs d'ores et déjà croqué dans la pomme, fruit de notre travail, à nous, la classe utile. Son mandat se termine en 2030 et, quand il se terminera, elle touchera 450 000 euros de parachute doré (soit un an de salaire d'un/une PDG de La Poste) et si elle est débauchée avant, ça sera 900 000 euros !

De l'argent, il y en a toujours pour les dirigeants, leurs frais annexes (des luxueux bureaux jusqu'au café gratuit), mais quand des facteurs, factrices et guichetiers voient leur région littéralement brûlée, il faudrait surtout rattraper les heures pour pouvoir les payer.
Ce n'est pas compliqué : avec le fric que fait La Poste, les collègues de Gironde pourraient être payés pendant six mois à ne rien faire que cela ne poserait aucun problème aux finances du groupe.

Trop souvent, La Poste a bénéficié de l'isolement qui touche tous les services. Ainsi La Poste peut mettre ses casseroles sous le tapis, et surtout éviter des grèves et des convergences. Nous sommes 200 000, mais, force est de constater, que nous sommes repliés sur nous-mêmes, service par service.

Je suis facteur, et je ne connais quasiment aucun guichetier de bureau de poste dans Paris. Ce n'est pas une faute individuelle, c'est le résultat d'une casse du collectif de travail bien pensée.
Et c'est une réussite pour l'instant. C'est pour cela que La Poste avance aujourd'hui en confiance : réorganisations, horaires variables, retour des suicides, etc., le roulement compresseur continue sa marche.

Mais cette dynamique n'a pas vocation à être éternelle, et pour rompre l'isolement, à l'intérieur de l'entreprise comme vers l'extérieur, on ne peut que se lier entre nous. Facteurs de différents centres de tri, de la région parisienne jusqu'à en Gironde, travailleurs en CDI et précaires, usagers et travailleurs, si nous unissons nos forces, on peut en finir avec ce système imposant un service public défaillant et des travailleurs en burn-out.

Crédits photo : Wikimedia Commons.

/ / / / /