« Les gendarmes sont avec nous » : des agriculteurs de la Coordination Rurale attaquent violemment une free party
Sun, 09 Aug 2026 17:32:59 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors qu'une free party s'organisait dans les Deux-Sèvres le week-end dernier, des participants rapportent qu'une cinquantaine d'agriculteurs de la Coordination Rurale ont violemment attaqué les teufeurs alors que ces derniers quittaient les lieux après leurs menaces et celles de la gendarmerie.

Vendredi 31 juillet dernier à Aubigny dans les Deux-Sèvres, près de 2000 teufeurs installent une free party prévue pour durer jusqu'au dimanche suivant. Situé sur des champs vierges dont la production avait été récoltée plus tôt dans la saison, l'événement autogéré comprenait plusieurs stands de réduction des risques en plus de la scène principale, du parking et du campement hébergeant les teufeurs. Des dispositions avaient été prises face au risque d'incendie, avec des consignes de sécurité, des extincteurs et des voies d'accès pour assurer l'intervention d'éventuels secours. Bref, tout semblait se profiler pour permettre aux participants de profiter d'un weekend festif dans de bonnes conditions.
Pourtant, dès le samedi matin, des agriculteurs répondent à l'appel de la Confédération Rurale pour converger vers le teknival et perturber les festivités. En marge de la scène principale, les teufeurs sont pris à partie, encerclés, subissant des insultes à caractère raciste, sexiste, et LGBTphobe, voire des menaces de mort. Au même moment, un ultimatum est adressé aux organisateurs, promettant de déloger violemment l'événement si le site n'est pas évacué dès 8h le dimanche.
Au cours de la journée, une cinquantaine d'agriculteurs liés au syndicat d'extrême droite investissent les abords du site et accentuent la violence du harcèlement qu'ils font subir aux festivaliers. « Ils ont été frappés, attrapés, et jetés dans le fossé plein de ronces » témoigne une participante auprès de Révolution Permanente. Des agriculteurs au volant de buggys roulent plein gaz à proximité des teufeurs, l'un d'eux se fait attraper par le col et traîner sur plusieurs mètres. Ces manœuvres extrêmement dangereuses soulèvent des nuages de poussière qui sèment la panique du côté de la scène principale, les participants croyant assister à un départ de feu.
En fin d'après-midi, une cinquantaine d'engins agricoles rejoignent les abords du festival et les agriculteurs avancent leur ultimatum à minuit, menaçant de « tout broyer » si le site n'est pas évacué. Sur son compte Facebook, la Coordination Rurale des Deux-Sèvres publie : « la ligne de front est prête ». Les représentants de la gendarmerie jouent alors le rôle du « bon flic » et promettent aux organisateurs de ne pas saisir le matériel si les lieux sont évacués dans les temps. Face au risque d'escalade répressive et pour protéger les participants, la décision de lever le camp est annoncée vers 18h.
Mais au départ des camions, le matériel est saisi par les gendarmes, leurs promesses n'ayant servi qu'à leur épargner le travail de manutention de lourds caissons de basses. Pire encore, s'ensuit un déluge de violence qui s'abat sur les festivaliers qui n'ont pu prendre la route immédiatement. Des personnes sont caillassées. Des véhicules lourdement endommagés : « des bouteilles en verre ont été lancées. Elles ont éclaté sur les voitures, laissant des éclats de verre tout autour des véhicules ». Un pieu métallique de plus d'un mètre brise la fenêtre d'un utilitaire et finit sa course sur la banquette arrière alors que ses occupants sont encore dans la voiture : « ce projectile aurait pu transpercer ou blesser gravement un passager », note une témoin.
Une participante témoigne : « à un moment, j'ai entendu un énorme choc à l'arrière de notre voiture, je suis sortie immédiatement et j'ai vu un tracteur foncer dans notre direction, j'ai vraiment eu très peur, j'ai cru qu'il allait retourner le camion de nos amis ». Une autre festivalière explique : « j'ai fini en crise d'épilepsie, je suis assez fragile et ils nous ont balancé une sorte de gaz. Il y avait énormément de fumée, ça m'a déclenché une crise étant donné que j'ai des soucis de santé liés à ma respiration. Je suis partie pour essayer de sortir de la fumée et en partant j'ai reçu à quelques centimètres de ma tête un énorme rocher, il aurait pu m'ouvrir le crâne si ce n'est pire ».
Alors que la loi RIPOST criminalisant les organisateurs de free parties a été adoptée le 21 juillet dernier, une participante témoigne du durcissement sans précédent de la répression : « depuis novembre, j'ai été gazée sept fois ». On se souvient également des tirs policiers à balles réelles qui ont visé une teuf dans le Morbihan quelques jours plus tôt, après que le gouvernement a fait adopter la présomption de légitime défense début juillet, véritable permis de tuer pour les forces de répression.
Si les attaques d'agriculteurs sont devenue monnaie courante, une telle action coordonnée depuis un syndicat ancré à l'extrême droite, main dans la main avec la gendarmerie, constitue un précédent répressif grave. Cette collaboration, matérialisée par la proximité tactique des postes avancés de la gendarmerie et de la Coordination Rurale, est ouvertement assumée par un agriculteur qui déclare : « si tu prends une pierre dans la tête, c'est ça qui est dangereux, les emmerdes, c'est pas moi qui les aurait, les gendarmes ils sont avec nous ».
Ces agissements ne sont pas représentatifs de l'ensemble du monde agricole, puisqu'une entente fructueuse existe de longue date entre les teufeurs et d'autres secteurs, notamment liés à la Confédération Paysanne. En revanche, ils sont en phase avec les principes défendus par la Coordination Rurale, comme l'a démontré son engagement en faveur des méga bassines de Sainte Soline.. Après s'être constitué en garde du corps du chantier écocidaire, le syndicat d'extrême droite adopte aujourd'hui les pratiques d'une véritable milice pour réprimer la jeunesse.
Une offensive qui survient dans un contexte où le monde de la free party a envoyé un message très clair en mai dernier, lorsque 40 000 teufeurs se sont réunis à Bourges, fief de Laurent Nunez, pour protester contre le projet de loi RIPOST et contre la militarisation. Une initiative progressiste qui s'inscrit dans la lignée des manifestives qui ont fleuri ces dernières années en toute indépendance de l'Etat et de ses institutions culturelles visant à coopter la musique électronique derrière la vitrine d'une « french touch » acquise aux intérêts de la bourgeoisie.
Face à l'extrême droite et à la répression policière, il est urgent d'organiser un large front des travailleurs et de la jeunesse pour contrer l'agenda répressif des classes dominantes et imposer un modèle de société dans lequel danser librement ne serait plus un crime.