L'exploitation tue : à Toulouse, un troisième mort sur le chantier de la ligne C
Thu, 06 Aug 2026 14:10:53 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLundi 3 août, un ouvrier intérimaire de 48 ans est mort sur le chantier de la ligne C du métro toulousain. Ce nouvel accident mortel, le troisième en moins de quatre ans, révèle le mépris des acteurs du projet, élus et patronat en tête, pour la vie des travailleurs.

Nouveau drame sur le chantier de la ligne C du métro toulousain. Lundi 3 août, un travailleur est mort sur le viaduc situé entre les stations Labège Gare et Diagora. Le travailleur, âgé de 48 ans, aurait été victime d'un arrêt cardiorespiratoire aux alentours de 13h30, alors qu'il réalisait une opération de manutention. Il s'est effondré au sol à même le viaduc. L'arrivée des secours n'a pas permis de le réanimer.
L'ouvrier était un compagnon, employé comme intérimaire par un sous-traitant d'Alstom, l'entreprise chargée de poser les rails et divers équipements sur la ligne C. C'était son premier jour sur le chantier. Une situation qui rappelle les conséquences du recours à la sous-traitance, fréquent sur ce type de chantier. Ce procédé, qui permet aux donneurs d'ordre de réduire les coûts et maximiser les profits, s'appuie sur une exploitation accrue des travailleurs jusqu'à mettre leur vie en danger.
Si l'enquête permettra de préciser les conditions du décès, cette mort aurait sans doute pu être évitée. En effet, alors que le thermomètre dépassait les 30°C ce lundi en début d'après-midi, travailler au sommet d'un viaduc bétonné favorise les situations d'hyperthermie. Selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), un travail nécessitant une activité physique peut être dangereux au-dessus de 28°C. Alors que plusieurs personnes sont mortes au travail ces derniers mois à cause de la canicule, dont un jeune couvreur de 19 ans et un employé de chantier des 24H du Mans (également employé par un sous-traitant), on est en droit de se demander si les précautions ont été respectées pour éviter ce nouveau drame.
Trois morts et de nombreux blessés : un bilan déjà lourd
C'est le troisième ouvrier qui meurt sur le chantier de la ligne C depuis le lancement des travaux, en décembre 2022. En mars 2024, quatre ouvriers, dont un stagiaire, se sont retrouvés sur les lieux de la chute d'un pont, déjà dans la zone du viaduc de Labège. Un drame qui a engendré la mort d'un des ouvriers et gravement blessé deux d'entre eux. En décembre 2025, au niveau de la station Bonnefoy, un ouvrier est mort écrasé sous le poids d'un engin de 30 tonnes. Le lendemain, le responsable du chantier a refusé que ses collègues observent une minute de silence et a ordonné la reprise immédiate du travail.
D'autres ont échappé au pire. Un ouvrier a été grièvement blessé en avril 2025 après une chute de matériaux à 12 mètres de profondeur. En juin 2025, le tunnelier a causé l'effondrement d'une maison dans le quartier Bonnefoy, sous les yeux de sa propriétaire octogénaire.
Alors que les travaux de gros œuvre touchent bientôt à leur fin, « nous sommes à un tournant du chantier », selon Jean-Michel Lattes, président de Tisseo, l'opérateur des transports de l'agglomération toulousaine. A l'heure d'une nouvelle étape du chantier, le bilan de la ligne C est déjà lourd : les travailleurs et les usagers l'ont payé cher, parfois au prix de leur vie.
Les morts de la ligne C ne sont pas des accidents
Ce méga-projet, le maire de Toulouse et président de la Métropole, Jean-Luc Moudenc, en a fait une promesse emblématique de ses campagnes municipales. Il s'inscrit dans une politique plus large de gentrification de la ville pour satisfaire les intérêts du patronat de l'aéronautique et de l'aérospatial. Les 27 km de la future ligne C, aussi appelée Toulouse Aerospace Express, relieront les sites industriels et les centres de recherche de Colomiers et de Labège en à peine une demi-heure. Une aubaine pour le patronat du secteur, qui a justifié un investissement de 3 millions d'euros de la collectivité et des attaques austéritaires pour les travailleurs de Tisseo.
Ainsi, l'ouverture de la ligne C dans les délais prévus (fin 2028) devient un enjeu politique crucial. Pour respecter leurs engagements, Moudenc et Tisseo sont engagés dans une véritable « course contre la montre », méprisant et négligeant la sécurité et la santé des travailleurs. Les entreprises du BTP (Bouygues, Eiffage, NGE, groupement Ligam) font tout pour livrer « le plus grand chantier de l'histoire de Toulouse » à temps et à moindre frais. Car dans ce type d'ouvrage, le temps c'est de l'argent : le groupement Eiffage-NGE va devoir payer des millions d'euros de pénalités pour des délais non respectés. Le groupe aurait « corrigé le tir en accélérant la cadence » …
En bout de chaîne, les travailleurs sont les premières victimes de cette pression politique et budgétaire. Cadences qui s'accélèrent, conditions de travail dégradées, protocoles de sécurité négligés… Un cocktail explosif qui créé les conditions de ces événements dramatiques.
Dans ce contexte, les morts de la ligne C ne sont pas des accidents. Elles sont la conséquence d'une politique qui cherche à tout prix à défendre les intérêts du patronat. Le patronat de l'aéronautique commande, les élus pilotent, le patronat du BTP exécute et les travailleurs trinquent. Ainsi, les larmes de crocodile de Moudenc qui adresse ses condoléances à la famille de la victime ne sont qu'un crachat à la figure de tous les travailleurs exploités qui risquent leur vie sur le chantier de la ligne C.
Face à ce nouveau drame, les travailleurs et les usagers doivent s'organiser pour empêcher que ces situations ne se reproduisent. Ceux qui ont été témoins du décès de leur collègue ont le droit d'exiger un arrêt de travail avec maintien intégral du salaire et un suivi psychologique financé par l'employeur. De plus, pour en finir avec la mise en danger des ouvriers, l'ensemble des travailleurs qui œuvrent sur ce chantier doivent pouvoir décider eux-mêmes d'un protocole de sécurité adapté. Face à la canicule, il est primordial d'en finir avec ces conditions de travail qui mènent à la mort, en imposant la baisse des cadences, la diminution du temps de travail, de véritables aménagements des sites de production, mais aussi l'arrêt de la production non essentielle en cas de nécessité.
Enfin, pour une gestion des transports qui réponde réellement aux besoins de la population, il faut revendiquer un service public et gratuit des transports, sous contrôle des travailleurs et des usagers.