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Dans la chaleur et les braises : trois jours contre les reprises de feu. Billet de Petra Bernus

Mon, 03 Aug 2026 17:47:02 CEST

Révolution Permanente

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Petra Bernus, étudiante infirmière, revient sur la participation de Révolution Permanente aux côtés des bénévoles pour lutter contre les reprises de feu en gironde.

De vendredi à dimanche, nous avons été une dizaine de militants de Révolution Permanente à nous engager aux côtés de bénévoles pour soutenir les pompiers. Notre mission consistait à surveiller les reprises de feu et à éteindre les fumerolles afin d'éviter toute nouvelle propagation.

Nous nous sommes rendus à proximité du Porge, une commune ravagée par les flammes, où les habitants ne peuvent toujours pas revenir chez eux. Faute de moyens suffisants de la sécurité civile, la commune n'a pas pu être défendue face à l'incendie.

Concrètement, nous parcourions chaque jour sous le soleil des dizaines d'hectares de forêt, un saut d'eau et une pelle à la main, pour étouffer les fumerolles qui apparaissaient sur les zones brûlées et qui, sous l'effet du vent et des fortes températures, pouvaient rapidement se transformer en reprises de feu. Nous les recouvrions d'eau puis de sable à l'aide de nos pelles, en utilisant l'eau que les agriculteurs des environs ramenaient auprès des pompiers et volontaires. Il nous est même arrivé de faire face à de nouveaux départs d'incendie. Ce dimanche, un hélicoptère a dû intervenir en appui pour nous aider à maîtriser un départ de feu sur la parcelle dont nous assurions la surveillance.

Au milieu des rangées de pins calcinés, l'effort était considérable. À la lourdeur des seaux d'eau et aux incessants allers-retours s'ajoutaient la chaleur qui se dégageait encore du sol sur lequel nous marchions, les brûlures provoquées par les braises encore actives, ainsi que les cendres et les particules en suspension que nous respirions malgré les masques. Nos corps étaient le témoin de cet effort à la fin de la journée.

La réalité des forêts que nous avons traversées est bien plus saisissante que toutes les images diffusées jusqu'ici. Derrière les dizaines de milliers d'hectares partis en fumée se dressent des parcelles de pins entièrement calcinées, des animaux morts et des paysages recouverts de cendres. On sait déjà qu'il faudra des décennies pour que ces forêts se régénèrent. Ce sont de véritables scènes apocalyptiques.

Puis, chaque jour, au loin, nous assistions à de nouvelles reprises de feu. À chaque fois, d'importants moyens étaient mobilisés : des dizaines de sapeurs-pompiers étaient engagés, appuyés par des hélicoptères et des avions bombardiers d'eau pour tenter de contenir la propagation des flammes.

Dans l'immédiat, même si l'incendie est fixé et que les perspectives sont plus rassurantes, la situation reste incertaine, avec les fortes chaleurs et le manque de moyens dont disposent les pompiers, la solidarité doit continuer à se renforcer. À plus long terme, les conséquences de l'incendie seront durables : le sous-sol peut continuer à se consumer pendant des années, rendant la régénération des forêts particulièrement longue et difficile.

Sur le terrain, la détermination et la motivation des bénévoles étaient particulièrement marquantes. Certains volontaires étaient venus de loin, dans notre équipe certains venaient de Châteauroux ou de Corrèze. Des travailleurs ont également pris sur leurs congés pour se rendre sur place, tandis que nous avons pu assister à l'engagement des agriculteurs, venus mettre leurs outils de travail au service de la lutte contre les incendies.

Pour certains bénévoles, présents depuis les premiers jours de l'incendie, leur expérience sur le terrain a été marquée par l'ampleur de la solidarité : « Il y avait des files de 5 kilomètres de camions, de tracteurs et de citernes qui attendaient de pouvoir ravitailler les pompiers en eau. Pour eux, c'était un gain de temps immense. »

Une organisatrice de ces journées appuie ce constat : « Surtout dans ces moments-là, on a vu que les gens d'en bas étaient là. Les politiciens, les experts ou les bureaucrates n'étaient pas là pour nous faire la leçon ou nous dire quoi faire, l'organisation était spontanée. »

Une ambiance générale similaire à celle que l'on pouvait retrouver dans la métropole régnait également dans les lieux d'accueil des habitants déplacés. Nous avons d'ailleurs pu reverser les dons récoltés par notre organisation de jeunesse, Le Poing Levé, à la mairie d'Eysines, qui entreposait des centaines de kilos de produits destinés aux personnes sinistrées.

Comme nous l'avons déjà exprimé, cette solidarité par en bas doit aussi permettre de pointer les responsables de la catastrophe. Ce sont les gouvernements successifs, de Macron à Attal, qui ont fragilisé la sécurité civile à coups de coupes budgétaires, tout en renforçant la militarisation. Le Rassemblement national, qui tente aujourd'hui d'instrumentaliser la situation, porte également une responsabilité politique dans cette trajectoire, lui qui a systématiquement soutenu les politiques austéritaires.

Le maire de Bordeaux Thomas Cazenave avait beau se mettre en scène devant les caméras — on ne l'a jamais vu mettre les mains dans la fournaise — il porte une responsabilité politique dans les dix milliards d'euros de coupes budgétaires opérées dans le budget de l'État, dont deux milliards consacrés à la transition écologique lorsqu'il était ministre délégué en 2024.

Alors que les travailleurs et les secteurs populaires sont en première ligne de ces catastrophes, plus que jamais le mouvement ouvrier a un rôle décisif à jouer pour arracher un plan d'urgence pour renforcer tous les services publics, sous le contrôle des travailleurs et la population.

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