Incendies en Gironde : près d'une tonne de nourriture et de vêtements jetée aux ordures par la Métropole
Mon, 03 Aug 2026 18:46:38 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPendant que les incendies ravageaient la Gironde, le Parc des Expositions de Bordeaux s'est transformé en un centre d'accueil d'urgence pour des milliers de sinistrés. Si l'élan de solidarité populaire a permis d'apporter en masse des produits de première nécessité, les témoignages de bénévoles recueillis sur place révèlent que des quantités importantes de dons ont été détruites.

Alors que des milliers de personnes, souvent les plus précaires, ont fait l'effort de donner des produits de première nécessité, la gestion de Bordeaux Métropole a conduit à un gaspillage considérable de nourriture et de vêtements. Des bénévoles présents au Parc des Expositions ont choisi de nous contacter pour témoigner.
En raison d'un manque d'anticipation technique concernant le raccordement et le maintien des camions réfrigérés, la chaîne du froid a été rompue, condamnant des centaines de kilos de nourriture pourtant consommable. Plusieurs bénévoles affirment pourtant avoir alerté les responsables sur ce risque dès le départ. « On les avait prévenus, mais ils ne nous ont pas écoutés. Le problème est arrivé, ils n'ont rien fait pour y remédier, et aujourd'hui tout finit à la poubelle parce que la chaîne du froid a été rompue », raconte l'une d'entre elles.
Un message interne reçu par une bénévole dénonce par ailleurs une tentative de dissimulation : « Environ 700 kilos de nourriture (...) vont être détruits, puis cachés au fond des bennes à ordures, puis volontairement recouverts de déchets par la Métropole parce que les camions réfrigérés nous ont lâchés. »
Le même sort a été réservé aux produits pour bébés. Douze palettes de lait de croissance et de petits pots pour nourrissons ont été jetés après avoir subi de multiples variations de température, le responsable de la métropole ayant refusé de les stocker dans les frigos fonctionnels du Parc sous prétexte de « manque de place ».
Si une rupture prolongée de la chaîne du froid rend irresponsable la distribution en masse des denrées alimentaires, des consignes de destruction ont également visé… les vêtements. Mardi soir, les coordinateurs de la métropole ont ordonné de cesser le tri et de jeter des dizaines de palettes de vêtements, pourtant encore non ouvertes.
Face à l'incompréhension des bénévoles, l'un des responsables a justifié cette décision en déclarant : « Les gens, ils veulent que des vêtements de marque, ça les intéresse pas ce qu'il y a à l'intérieur. » Une remarque qui a été la goutte de trop pour plusieurs volontaires : « Quand on nous a dit : "T'emmerdes pas à les trier, on va tout jeter", notre cerveau s'est débranché. »
Des choix qui témoignent d'une irrationalité technocratique, qui au-delà de la gestion de l'urgence, à imprégnée les décisions de la métropole au moment où la situation était davantage maîtrisée.
Des sinistrés incités à rentrer chez eux
Cette destruction des stocks s'inscrit dans une logique claire de désengagement de la métropole, visiblement pressé de vider le Parc des Expositions. Dès le mardi, alors que l'incendie n'était pas fixé, la direction a commencé à refuser l'accès aux camions de dons, bloquant par exemple une livraison de contenant des coussins pour les personnes qui dormaient sur les lits de camp. Pour pousser les familles à quitter le Parc des Expositions, la direction a également ordonné de restreindre les activités d'animation pour les enfants, une cadre de la métropole justifiant cette décision pour éviter que les sinistrés "pensent trop que c'est le Club Med".
Pendant quatre jours, ce sont surtout les bénévoles qui ont fait tourner le centre en se responsabilisant, gérant le tri, la distribution et l'accompagnement humain. L'impréparation amène à ce que des personnes asthmatiques soient recrutées alors même que des fumées saturent l'air ambiant.
Le mardi soir, les équipes de Bordeaux Métropole ont repris la main tout en balayant d'un revers de main tout le travail d'organisation mis en place par les bénévoles. "Ils ont absolument pas pris la température de ce qui avait été fait en amont, de comment on s'était organisés sans leur aide". Comme le conclut un bénévole : "Bordeaux Métropole, ils ont dit tout gérer (...) sauf qu'en fait non, ça a été géré pendant quatre ou cinq jours par les bénévoles". Une réalité qui arrache ce constat implacable : “ils ont peur qu'on comprenne qu'on a pas besoin d'eux".
A l'instar des initiatives des agriculteurs pour soutenir les pompiers, des militants syndicaux réquisitionnant des infrastructures d'urgence ou des colibris venus éteindre les flammes, cet élan de solidarité par en bas démontre que ceux qui font tourner la société sont les mieux à même de l'organiser et de la protéger face aux désastres environnementaux produits par le capitalisme.
Nous ne pouvons laisser nos vies, nos dons et notre labeur entre leurs mains. Face aux catastrophes climatiques et sociales, il est urgent d'y opposer la force de l'auto-organisation. Les infrastructures publiques doivent être réquisitionnées et gérées démocratiquement par les travailleurs et les travailleuses eux-mêmes pour répondre aux besoins réels de la population.