Répression à Rennes : la préfecture déploie des drones de surveillance dans les quartiers populaires
Mon, 03 Aug 2026 18:47:41 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ peine arrivée en Ille-et-Vilaine, la nouvelle préfète Emmanuelle Dubée accélère la politique sécuritaire. Cinq arrêtés autorisent durant tout le mois d'août le déploiement de drones de surveillance au-dessus de plusieurs quartiers populaires de Rennes, au nom de la lutte contre le « narcotrafic ». Un saut répressif à l'encontre des quartiers populaires.

Pendant tout le mois d'août, des drones de surveillance survoleront plusieurs quartiers populaires de Rennes. Cinq arrêtés préfectoraux, publiés le 28 juillet, autorisent l'utilisation, pendant tout le mois d'août et dans certains quartiers, de drones de surveillance pour lutter contre le « narcotrafic ».
Ces arrêtés autorisent la « captation, l'enregistrement et la transmission d'images […] au titre de la prévention des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans le cadre d'opérations de lutte contre le narcotrafic et de sécurisation du quartier ». Concrètement, toute capture vidéo d'un acte considéré comme « portant atteinte à la sécurité des personnes et des biens », sans que cela ne soit clairement défini, pourra être utilisé comme pièce à conviction par les forces de l'ordre.
Si la préfecture insiste sur le caractère prétendument limité de l'autorisation, on peut aussi lire dans ces arrêtés qu'en réalité, « la surveillance des points de deal doit s'installer dans le temps » et que « seule une présence policière continue est de nature à [...] rétablir l'ordre public », ouvrant la voie à un prolongement de leur durée d'utilisation ou à un recours accru à ce dispositif dans les mois à venir. Par ailleurs, celui-ci avait déjà été mis en place à Rennes et dénoncé par la Ligue des Droits de l'Homme en avril 2025.
De plus, le choix de zones ciblées par les arrêtés est tout sauf anodin. Emmanuelle Dubée, connue notamment pour avoir supervisé la répression violente des manifestant·es de Sainte-Soline, dossier dans lequel Mediapart avait révélé l'impunité totale des forces de l'ordre s'en prend aujourd'hui directement aux quartiers populaires de Rennes. Comme le montre son dernier coup de communication, avec sa visite dans le quartier du Blosne,mais aussi le choix des quartiers concernés par la surveillance par drone : Le Blosne, Villejean, Cleunay, Maurepas.
L'utilisation de plus en plus fréquente de tels outils de surveillance fait écho à l'enquête de Disclose concernant le logiciel de reconnaissance facial installé sur tous les téléphones des policiers et gendarmes depuis 2022, accélérant une politique sécuritaire et raciste en ciblant particulièrement les personnes racisées ou sans papiers. Si les deux dispositifs répondent aujourd'hui à des usages distincts, leur développement simultané témoigne d'un renforcement continu des capacités de surveillance, de contrôle et de répression de l'État, qui touche en premier lieu les quartiers populaires.
Nous dénoncions déjà, lors des municipales de 2026, la criminalisation des quartiers populaires menée au nom de la « lutte contre le narcotrafic » par l'ancien préfet Franck Robine. L'arrivée d'Emmanuelle Dubée est cohérente : le déploiement de drones s'inscrit dans la continuité d'une politique qui répond aux problèmes de la population par toujours plus de surveillance et de répression.
Derrière cette politique, c'est une logique de surveillance permanente qui s'installe. Les quartiers populaires deviennent des laboratoires de politiques sécuritaires qui, une fois banalisées, pourront être étendues bien au-delà. Pourtant, les violences liées aux trafics ne peuvent servir de prétexte à cet agenda répressif. Ce sont d'abord les habitantes et habitants de ces quartiers, en particulier les jeunes personnes racisées, qui en subissent les conséquences. Par exemple, au Blosne, le taux de pauvreté atteignait 49 % en 2024, et le quartier comptait près de 2 200 demandeurs d'emploi. La misère ne se combat pas avec des drones, mais en investissant dans des logements dignes, l'éducation, la santé, les services publics, les emplois et les salaires.