Face aux méga-feux, refuser l'instrumentalisation et s'attaquer aux véritables causes du brasier
Sun, 02 Aug 2026 15:30:48 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFace aux méga-incendies, l'extrême droite et le gouvernement accusent les écologistes et les normes environnementales. Décryptage d'une instrumentalisation politique qui masque les vraies causes du désastre : la casse des services publics et une gestion forestière soumise à la logique capitaliste.

À chaque nouvelle vague d'incendies qui ravage des dizaines de milliers d'hectares, on a le droit à la même mécanique bien huilée. Sur les plateaux télé comme dans les rangs de la macronie et de l'extrême droite, les projecteurs sont braqués sur des boucs émissaires sur mesure : les militants écologistes, accusés de bloquer la gestion des forêts, ou les réglementations environnementales, dépeintes comme des entraves inutiles.
Cette surenchère accusatrice et cette tentative de criminalisation d'un mouvement qu'on essentialise en construisant la figure de l'ennemi intérieur que serait « l'éco-terroriste », ne doivent rien au hasard. Elles forment une stratégie d'esquive réfléchie : fabriquer une panique morale pour masquer la responsabilité du pouvoir et du capitalisme vert dans le désastre climatique.
Une inversion des rôles pour étouffer toute contestation
Cette offensive s'appuie sur des figures politiques bien identifiées. Le porte-parole du Rassemblement national Julien Odoul multiplie les sorties médiatiques pour accuser « certains écologistes » d'être responsables des incendies, quand la députée RN de Gironde Edwige Diaz dénonce des « normes écolos absurdes » qui pénaliseraient les secours en dénonçant par exemple la destruction de réserves d'eau sur ordre de la justice à l'issue de la mobilisation de militants écolo. Des accusations reprises en boucle sur les plateaux télés
Mais ces accusations ne résistent pas à l'examen des faits. En effet, le jugement invoqué par Edwige Diaz concerne des méga-bassines situées dans les Deux-Sèvres et en Charente-Maritime, à plusieurs centaines de kilomètres des incendies de Gironde, qui ne servent absolument pas à alimenter les pompiers en eau. Au contraire, les méga bassines, en accaparant toute l'eau d'un territoire, aggravent la sécheresse des nappes phréatiques, et favorisent ainsi les incendies.
En même temps qu'elle attaque le mouvement écolo, L'extrême droite souhaite faire du bruit en s'élevant contre des normes environnementales déjà limitées et démagogiques qui sont l'œuvre de gouvernements capitalistes qui participent activement à la destruction de la nature en soutenant des projets comme les méga-bassines.
Cette stratégie du bouc émissaire n'est pas propre à l'extrême droite : elle irrigue également le discours des organisations patronales du secteur forestier. Fransylva, qui représente les 3,5 millions de propriétaires forestiers privés, dénonce des « discours idéologiques dénigrant la sylviculture », sans jamais évoquer sa propre responsabilité dans la généralisation des monocultures de résineux, pourtant identifiée par les scientifiques eux-mêmes comme un facteur aggravant majeur de la propagation des incendies. Un tour de passe-passe révélateur : blâmer les normes environnementales pour mieux détourner l'attention du modèle de rentabilité forestière qui a transformé des massifs entiers en poudrières à ciel ouvert.
Derrière ce vacarme médiatique, il s'agit surtout de faire oublier les responsabilités directes de l'Etat à travers la casse organisée du service public. En effet, en deux décennies, l'Office national des forêts (ONF) a été vidé de ses effectifs, perdant plus d'un tiers de ses agents (passant de 12 500 à près de 8 000 salariés). Sur le terrain, la suppression des gardes et des techniciens territoriaux a détruit les capacités humaines d'anticipation, d'entretien et de surveillance des massifs.
Mais la casse budgétaire ne s'arrête pas aux lisières des forêts : elle touche l'ensemble de la chaîne de réponse aux risques majeurs. La Sécurité civile pâtit d'investissements chroniquement insuffisants pour maintenir et moderniser sa flotte d'aéronefs bombardiers d'eau (Canadairs, Dash), régulièrement confrontée à des pannes ou à des retards de renouvellement en pleine saison critique. Du côté des sapeurs-pompiers, la logique d'austérité et la recherche de rationalisation financière ont conduit à la fermeture de centres de secours de proximité et à une baisse des effectifs professionnels, tout en usant la ressource du volontariat. Les services d'urgence et de secours se retrouvent sous-dimensionnés et saturés dès le début des crises, contraints d'affronter des incendies d'une intensité inédite avec des moyens matériels et humains taillés pour le siècle dernier.
La monoculture et la recherche de profit : carburants des mégafeux
Ce qui brûle aujourd'hui à une vitesse incontrôlable, ce ne sont pas des forêts sauvages ou « trop protégées », mais des espaces façonnés par la recherche du profit à court terme. Les choix de gestion guidés par la logique marchande ont transformé nos territoires en véritables poudrières.
La généralisation des monocultures de résineux ou de pins alignés crée des couloirs thermiques parfaits pour la propagation des flammes. Ces essences résineuses, hautement inflammables, s'opposent à la diversité des massifs de feuillus qui, comme le rappellent les scientifiques, conservent l'humidité des sols et agissent comme des barrières naturelles.
Le passage d'engins lourds et les coupes rases détruisent la couche d'humus, tassent les sols et empêchent toute rétention d'eau. En parallèle, la destruction systématique des haies et le recul des pratiques agroforestières traditionnelles ont balayé les microclimats qui protégeaient historiquement les terres des sécheresses extrêmes.
Ne pas laisser l'extrême-droite et le gouvernement imposer leur agenda !
L'offensive idéologique portée par l'extrême droite, le gouvernement et le patronat a un objectif clair : imposer l'idée que la crise environnementale se résoudra par plus de dérégulation, plus de profits pour le secteur privé et plus de répression contre ceux qui se battent. Mais surtout il s'agit de faire oublier la responsabilité de ceux qui toute l'année votent ensemble pour rejeter ou assouplir des mesures environnementales et de prévention des risques forestiers. À l'Assemblée nationale, ils ont notamment rejeté des amendements proposant la création obligatoire de bandes pare-feux d'arbres feuillus au sein des monoplantations de résineux très inflammables, ainsi que des propositions visant à renforcer substantiellement les budgets et effectifs de prévention de l'Office national des forêts (ONF).
Face à cette instrumentalisation, l'enjeu est d'imposer le rapport de forces et la réalité des faits. Les méga feux ne sont pas la faute de celles et ceux qui alertent sur l'urgence écologique, mais le produit direct d'un système qui sacrifie les biens communs sur l'autel du rendement. La protection de nos conditions de vie ne viendra ni de l'extrême-droite, ni des renoncements écologiques du centre mais de la lutte contre le Capitalisme qui engendre le changement climatique.