Gironde : La Poste veut faire rattraper les heures aux salariés évacués, les postiers ripostent par la grève
Sun, 02 Aug 2026 15:34:50 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors qu'en plein mégaincendie, La Poste a continué de faire travailler ses agents dans les fumées et sans protections jusqu'à la dernière minute, la direction a annoncé vouloir faire rattraper les heures aux salariés évacués et leur retirer des congés. Face au mépris absolu de leurs conditions de travail, les postiers s'organisent et appellent à la grève.

Cortège des postiers de Gironde en 2024 à Bordeaux. Crédits photo : Sud PTT
Distribuer à tout prix
Dans sa communication officielle, la direction de l'entreprise s'est félicitée du fait que La Poste a adapté les tournées des facteurs et mis le courrier en sécurité dans les zones menacées par les flammes. La réalité est toute autre : auprès de Sud Ouest, les agents ont raconté avoir été sommés de continuer de distribuer le courrier au milieu des fumées toxiques, chargées de particules fines, le tout sous une chaleur accablante.
La gestion de la catastrophe à la Plateforme Industrielle de Courrier (PIC) de Cestas illustre ce refus d'anticiper les risques sanitaires pour maintenir la production à tout prix. Dès le vendredi 24 juillet, les représentants syndicaux CGT-Sud ont émis une alerte claire signalant que les fumées toxiques des incendies environnants constituaient un danger important pour la santé des agents, alors même que des communes voisines commençaient à être évacuées.
Mais cette alerte est restée sans réponse. La Poste a fait le choix de maintenir l'activité normale de la plateforme durant toute la journée du samedi. Au fil de la journée, les changements de vents ont rabattu les fumées directement à l'intérieur de la PIC de Cestas. Malgré les relances répétées des militants syndicaux, la direction a refusé d'interrompre le travail. À 19h, alors que la CGT tentait d'obtenir la fermeture d'urgence du site, le directeur a affirmé qu'il n'y avait « pas de problème » au vu de ses informations. Pourtant, sur le terrain, les employés constataient une situation déjà intenable en raison de l'infiltration des fumées.
Faire « récupérer » les sinistrés en heures supplémentaires ou en congés payés
Il a fallu attendre que l'incendie se rapproche à 1,5 kilomètre de la PIC de Cestas pour que la direction n'ait d'autre choix que d'évacuer le site, la commune l'ayant été entièrement. Mais ça n'est pas tout : face à cette situation de force majeure, la direction de La Poste a choisi de faire adopter une mesure de récupération stricte des heures non travaillées depuis le dimanche soir « à raison d'une heure par jour maximum. Ce sont des heures supplémentaires non payées », explique le Johnny Perré, délégué syndical CGT.
François, délégué syndical CGT à la PIC de Cestas, dénonce sur Instagram cette violence patronale : « La Poste dit : le site est fermé certes, mais lorsque vous reprendrez le travail, pendant des mois et des mois, on vous fera récupérer heure par heure toutes les heures que vous n'avez pas pu effectuer parce que le site est fermé à cause des incendies. C'est proprement scandaleux. »
Cette mesure touche directement les agents de Cestas, dont presque un tiers sont alors évacués de leur domicile et contraints de dormir dans des gymnases. Pour les facteurs et agents des bureaux locaux de Gironde et des Landes, la situation est elle aussi intenable. Comme le révèle la presse locale, la direction prévoit d'imposer la prise de congés annuels ou de repos compensateurs aux agents évacués qui ne peuvent pas se rendre physiquement sur leur lieu de travail.
Cette provocation est vécue à juste titre comme une injustice par les agents qui voient leurs droits bradés alors qu'ils ont parfois tout perdu. Pour les postiers touchés, la colère est immense face à ce que tous résument d'une même voix : « C'est une double peine ».
Face au management brutal de La Poste, les travailleurs appellent à la grève !
Cette gestion indécente de la catastrophe ne tombe pas du ciel : elle s'inscrit dans la continuité des offensives néolibérales accentuées par la privatisation de 2010. La direction mobilise les règles les plus dures du privé tout en s'appuyant sur des prérogatives de droit public pour s'attaquer aux salaires, aux horaires et aux conditions de travail. Partout en France, La Poste impose des méthodes agressives et destructrices. Des réorganisations structurelles brutales visent à détruire la cohésion, à dégrader la santé des agents et à multiplier la précarité par le recours massif à l'intérim.
En parallèle de ces mesures punitives, La Poste refuse d'appliquer les moindres mesures de prévention sanitaire face à la saturation de l'air en particules fines. Malgré les alertes de l'Agence Régionale de Santé (ARS) concernant la dangerosité des fumées pour l'appareil respiratoire, aucune disposition n'a été prise pour recenser et protéger les salariés vulnérables, et aucun masque de protection FFP2 n'a été fourni aux agents sur le terrain. « Ils nous refont le coup du Covid ! », a alerté le représentant de la CGT-FAPT.
Face aux offensives de l'employeur, la fédération syndicale a officiellement déposé un signalement pour danger grave et imminent couvrant quatre départements : le Lot-et-Garonne, la Dordogne, la Gironde et les Landes. Cette procédure vise à contraindre l'administration à assumer ses responsabilités légales en matière de sécurité et de santé au travail.
Face à cette offensive globale, les postiers de la Gironde se mobilisent pour construire un rapport de force. Les syndicats exigent le maintien intégral des salaires de tous les sinistrés sans aucune perte de congés, ainsi que l'arrêt immédiat des tournées dans les zones polluées par les fumées. Pour imposer ces revendications légitimes, les postiers appellent à la grève à partir de lundi à la suite du dépôt d'un préavis illimité. Comme le conclut François : « La solidarité, clairement, elle vient d'en bas. Elle vient des agents, des travailleurs, des agriculteurs, des pompiers, des travailleurs agricoles, etc. Là, on voit qu'il y a une vraie solidarité. Quant à nos dirigeants, on voit qu'il n'y en a strictement aucune et qu'on n'a rien à attendre d'eux. »
En refusant de plier face au chantage à la récupération des heures et au vol de leurs congés payés, les travailleurs de la Poste rappellent que la lutte contre les conséquences de la crise climatique est indissociable de la lutte de classes. C'est par la grève collective et l'auto-organisation à la base que l'ensemble des travailleurs parviendront à imposer un plan d'urgence ouvrier pour protéger les vies, les emplois et les salaires de l'ensemble de la population face à la violence de la crise climatique provoquée par le capitalisme.