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Déclaration. Ceuta : contre la militarisation, les refoulements immédiats et l'Europe-forteresse

Sun, 02 Aug 2026 16:36:58 CEST

Révolution Permanente

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Nous relayons cette déclaration en date du 31 juillet du Courant révolutionnaire des travailleurs et travailleuses (CRT) et de Corriente Roja – IVe Internationale, organisations de l'État espagnol qui réagissent à la grave situation humanitaire à Ceuta et à la vague de discours racistes qu'elle a entraînée.

Cette déclaration a été publiée le 31 juillet, avant que la majeure partie des marocains entrés à Ceuta ne soient expulsés. Nous la publions car ses principaux éléments politiques restent d'actualité.

Entre vendredi et samedi la semaine dernière, des milliers de personnes sont entrées à Ceuta depuis le Maroc. La grande majorité d'entre elles sont des jeunes, dont beaucoup sont mineurs, qui ont traversé à la nage ou par le passage du Tarajal au péril de leur vie. Différents médias avancent des estimations allant jusqu'à 40 000 personnes, ce qui équivaut à près de 50 % de la population recensée de cette enclave coloniale. Ce chiffre est quatre fois supérieur à celui de mai 2021.

Nous ne sommes pas face à une « avalanche », ni à une « invasion » : il est primordial de lutter contre ces discours racistes que la droite, une grande partie des médias et aussi de nombreux « progressistes » sont en train de construire en ce moment même pour justifier la répression. Nous sommes face à des milliers de jeunes qui fuient un pays où ils n'ont aucun avenir. Une situation qui résulte principalement des politiques de pillage impérialiste qui ravagent la région, et du régime servile de Mohamed VI à leur service. Tandis que la droite attise les discours de haine, le gouvernement « progressiste » leur refuse l'aide humanitaire la plus élémentaire et a une fois de plus déployé l'armée pour les traiter comme des ennemis. Tout cela alors qu'il négocie avec le régime répressif marocain des renvois immédiats et une militarisation accrue de la frontière des deux côtés.

Une crise humanitaire qui exige des mesures d'urgence immédiates

La situation à Ceuta constitue, à l'heure actuelle, une urgence sociale et humanitaire de premier ordre. Les maigres structures d'accueil de l'enclave ont été submergées dès le premier jour. Des milliers de personnes passent leurs nuits à la belle étoile, sur les plages, dans les terrains vagues et dans les rues, sans nourriture, sans eau en quantité suffisante, sans vêtements secs, sans soins médicaux, sans aucune information sur leur situation. Il y a des mineurs non accompagnés. Il y a des personnes blessées et épuisées après des heures passées en mer. Des dizaines de décès en mer ont déjà été recensés.

Face à cette situation, le gouvernement n'a proposé aucune mesure d'aide significative. Ni renfort sanitaire, ni hébergement, ni nourriture, ni assistance juridique. La logique appliquée est celle de l'encerclement : s'il n'y a pas les moyens de survie élémentaires, il sera plus facile pour les gens de « se rendre », de quitter Ceuta par leurs propres moyens ou d'opposer moins de résistance à une expulsion forcée. La faim et le froid comme méthode de gestion des frontières.

Nous exigeons l'ouverture immédiate d'espaces publics d'accueil tels que des installations sportives, des bâtiments institutionnels, des hôtels et des locaux, réquisitionnés si nécessaire, le déploiement urgent de ressources sanitaires et alimentaires, la protection effective de tous les mineurs et une assistance juridique garantie à chaque personne entrée sur le territoire. Et nous exigeons que des voies soient ouvertes pour que ceux qui souhaitent poursuivre leur trajet vers la péninsule puissent le faire.

Sánchez se rend à Ceuta tout en déployant l'armée : contre la militarisation et les expulsions

La première réaction du gouvernement du PSOE et de Sumar a été de renforcer la police avec l'armée et de fermer les frontières de cette enclave coloniale ainsi que celles de Melilla. Des militaires patrouillent sur les plages et dans les rues aux côtés de la Police nationale et de renforts anti-émeutes, tandis qu'un accord est en cours de négociation avec Rabat pour « accélérer » les renvois immédiats.

Pendant ce temps, le PP (Parti Populaire) et Vox profitent de chaque image pour attiser une xénophobie ouverte : ils parlent d'« invasion », réclament davantage de répression et agitent des spectres pour susciter des mouvements réactionnaires au sein de la population, opposant autochtones et étrangers. Le gouvernement « progressiste » cède à leurs revendications les unes après les autres : comme il l'a déjà fait en 2021 et comme il l'a fait à Melilla en juin 2022, où des dizaines de personnes ont été tuées et 470 ont été expulsées « à chaud », à l'époque avec Podemos au Conseil des ministres.

Il faut le dire très clairement : il n'y a aucune différence de fond entre la feuille de route exigée par l'extrême droite et celle que met en œuvre le gouvernement. C'est précisément pour cette raison qu'il est urgent de se prononcer dès maintenant, avant que les expulsions n'aient lieu. Chaque heure qui s'écoule sans réponse de la base voit des centaines de personnes remises à la gendarmerie marocaine sans aucune garantie quant à ce qui les attend de l'autre côté. Contre le déploiement militaire et la fermeture des frontières. Contre les renvois immédiats qui bafouent le droit international de demander l'asile ou le refuge.

Contre l'externalisation des frontières : le « jardin européen » repose sur des prisons situées sur d'autres territoires

Ces derniers jours, une rumeur circule avec force selon laquelle l'afflux massif de jeunes à Ceuta serait une manœuvre de la monarchie marocaine visant à faire pression sur le gouvernement espagnol après son récent rapprochement avec Alger. On dit également qu'il s'agirait d'un complot orchestré par Israël et les États-Unis, via le Maroc, contre Sánchez en raison de ses positions sur la Palestine. On ne peut nier que la monarchie marocaine a, à de nombreuses reprises, instrumentalisé le désespoir de sa propre population ou son aspiration légitime à migrer à des fins de manœuvres diplomatiques. Mais en faire l'explication principale occulte l'essentiel et conduit à une conclusion réactionnaire. Selon ce récit, le problème serait que le « gardien de la frontière » au Maroc a cessé de bien faire son travail, et que la solution consiste à exiger qu'il recommence à le faire. On ne peut pas faire plus réactionnaire.

La réalité essentielle est toute autre. L'État espagnol, en tant que partie intégrante du flanc sud de l'Union européenne, a externalisé ses frontières. L'UE, par le biais de divers accords migratoires ou de « sécurité », finance le Maroc, la Turquie, les différents gouvernements de Libye, la Tunisie, l'Égypte ou la Mauritanie afin que la répression s'y déroule, loin des caméras, empêchant ainsi les départs vers l'Europe. Et elle le fait par le biais de financements directs aux forces répressives, de fournitures d'équipements, de fonds de « coopération », d'accords commerciaux, entre autres. L'accord UE-Turquie de 2016 a mobilisé 6 milliards d'euros. L'UE finance et équipe la dite garde côtière libyenne, qui renvoie les personnes vers des centres de détention où règnent les mauvais traitements et la torture. En Mauritanie, comme l'a révélé une récente enquête, l'État espagnol et l'UE ont financé deux nouvelles prisons pour migrants où sont même enfermés des bébés, dont le seul crime est d'avoir tenté de fuir.

Comme il est « mal vu » d'installer des camps de concentration au sein du « jardin européen », on paie d'autres pays pour qu'ils les construisent et les gèrent à l'extérieur. Tel est le véritable contenu du nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile et du règlement sur le retour adopté en juin grâce aux votes du PPE, des conservateurs et de l'extrême droite : filtrage aux frontières, prolongation de la détention, centres de retour dans des pays tiers et suppression de la suspension automatique des expulsions.

Cette externalisation des frontières est le mécanisme « externe » du racisme institutionnel des États européens, qui se maintient en interne par le biais des lois sur les étrangers, des centres de rétention, des expulsions, ainsi que d'un flux permanent de migration « régulée » visant à garantir une main-d'œuvre bon marché aux patrons. L'existence de travailleurs « de première » et de « deuxième » classe, privés de tous leurs droits ou se trouvant directement en situation irrégulière, permet de fragmenter la classe ouvrière entre « autochtones » et « étrangers », voire d'opposer les « bons migrants » aux « clandestins ». Autant de mécanismes visant à diviser la classe ouvrière et à permettre une exploitation et une précarité accrues.

Ceuta et Melilla sont des enclaves coloniales : nous exigeons leur restitution et la fin du pillage des multinationales impérialistes en Afrique

Ceuta et Melilla ne sont pas « l'Espagne en Afrique » : ce sont deux enclaves coloniales que l'État espagnol refuse de restituer en raison de leur valeur stratégique. Dans le cadre d'un programme anti-impérialiste, nous exigeons leur restitution au Maroc, ainsi que la reconnaissance du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui, trahi par l'engagement pris par Sánchez auprès de Mohamed VI en 2022 de soutenir le plan d'occupation marocain.

Si des milliers de jeunes se jettent à la mer, c'est parce qu'il n'y a pas d'avenir au Maroc. Le chômage des jeunes avoisine les 36 %, les systèmes de santé et d'éducation publics sont démantelés tandis que des milliards sont consacrés aux infrastructures de la Coupe du monde 2030. Et cette misère est le fruit du pillage impérialiste. Des multinationales espagnoles telles qu'Acciona, Sacyr, FCC, ACS et d'autres profitent depuis des décennies de ce vol légalisé, tout comme Repsol, TotalEnergies ou BASF tirent profit des hydrocarbures et des minerais stratégiques de tout le continent. Les multinationales impérialistes pillent – voilà la véritable « invasion » qu'il faut combattre – puis les États impérialistes imposent des contrôles migratoires à la demande des patrons, afin de garantir une main-d'œuvre bon marché et sans droits.

À bas l'Europe forteresse et impérialiste

La réaction des gouvernements européens ne s'est pas faite attendre. Meloni a immédiatement exigé la suspension de l'accord de Schengen avec l'État espagnol et Von der Leyen a déclaré sur X que les images en provenance de Ceuta étaient « inacceptables ». Ils crient au scandale en agitant le vieux discours des « barbares » qui viennent « envahir » l'Europe civilisée et démocratique. Mais il s'avère que les images du pillage de l'Afrique ne sont pas « inacceptables ». Pas plus que celles des camps de concentration que l'UE finance en Libye, en Tunisie, en Égypte ou en Mauritanie. Ni celles des centaines de milliers de personnes condamnées à la misère par le pillage des multinationales européennes. Ce qui est inacceptable, pour les gouvernements impérialistes, c'est seulement que ceux qui subissent les conséquences de cet ordre osent chercher une vie meilleure en franchissant leurs frontières. Tel est le discours de l'Europe raciste et impérialiste : les responsables du pillage se présentent comme des victimes, et les populations opprimées, comme une invasion.

Soutenons la résistance de la jeunesse marocaine

Ceux qui franchissent aujourd'hui la frontière sont la même génération qui, en septembre et octobre de l'année dernière, a envahi les rues d'Agadir, de Rabat, de Casablanca et de Tanger avec le mouvement GenZ 212, organisé à partir d'un serveur Discord comptant plus de 80 000 membres. Ils sont descendus dans la rue après la mort de huit femmes lors de leur accouchement à l'hôpital Hassan II d'Agadir, en scandant « La santé d'abord, on ne veut pas de la Coupe du monde ! ». Le régime a réagi en faisant des centaines de blessés, en envoyant un camion de police foncer dans la manifestation, en assassinant plusieurs jeunes aux mains de la gendarmerie à Leqliaâ, en inculpant au moins 2 400 personnes, en prononçant des peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison pour « rébellion armée », et en arrêtant des rappeurs comme Hamza Raid ou Souhaib Qabli pour leurs chansons de protestation. Cette dictature, qui emprisonne ceux qui chantent contre la corruption ou contre les navires transportant des armes à destination d'Israël, se maintient grâce au soutien politique, économique et militaire de Washington, Paris, Berlin et Madrid.

Notre solidarité est totale avec cette jeunesse qui se rebelle contre un régime fantoche de l'impérialisme, ou qui traverse les frontières en émigrant pour fuir la misère. La classe ouvrière, la jeunesse et les mouvements sociaux de l'État espagnol doivent se mobiliser sans délai pour empêcher les renvois à chaud, la répression et une militarisation accrue des frontières. Pour lutter ensemble aux côtés de la jeunesse et des travailleurs du Maroc contre le pillage impérialiste et pour une sortie ouvrière et populaire de la crise.

Pour un programme d'urgence et une sortie de crise en profondeur

Répondre à l'urgence dès maintenant. Ouverture immédiate des espaces publics et réquisition des locaux vides pour un logement décent ; nourriture, vêtements, soins de santé et soutien psychologique ; protection de tous les mineurs ; assistance juridique garantie ; liberté de circulation vers la péninsule. Pas un seul renvoi forcé. Retrait immédiat de l'armée des rues et des plages de Ceuta et refus de l'entrée de Frontex, responsable de milliers de morts en Méditerranée.

À bas les politiques frontalières. Abrogation de la loi sur les étrangers et fermeture de tous les centres de rétention. Régularisation totale, permanente et assortie de tous les droits sociaux, du travail et politiques. Fin du Pacte européen sur la migration et l'asile et du règlement sur le retour. Rupture de tous les accords d'externalisation avec le Maroc, la Turquie, la Libye, la Tunisie, l'Égypte et la Mauritanie, et fermeture des centres de détention pour migrants financés par les deniers publics. Retour de Ceuta et Melilla.

Et d'où viendra l'argent ? La droite et le gouvernement affirment qu'« il n'y a pas de ressources ». C'est un mensonge : des milliards d'euros sont consacrés aux budgets militaires, pour alimenter la guerre impérialiste et pour respecter les nouveaux objectifs de dépenses de l'OTAN, qui ont fait grimper les postes budgétaires de la défense comme jamais auparavant. C'est là que se trouvent les ressources. Pas un euro pour le réarmement : tout pour le logement, la santé, l'éducation et l'accueil des migrants. Et pour garantir du travail pour tous : répartition du temps de travail sans réduction salariale, expropriation des grands propriétaires immobiliers, imposition des grandes fortunes.

Pour un anti-impérialisme cohérent. Multinationales espagnoles et européennes, hors du Maroc et de tout le continent africain ; restitution des actifs et du capital investi ; compensation pour des décennies de spoliation. Annulation de la dette illégitime et des accords commerciaux léonins. Restitution de Ceuta et Melilla. Autodétermination pour le peuple sahraoui et liberté pour les prisonniers politiques.

Développons la mobilisation. Face à cette situation grave, nous appelons dès à présent toutes les organisations à se mettre en contact et à organiser des rassemblements unitaires. Cela ne peut rester sans réponse. La plus large unité d'action est nécessaire pour faire face à la campagne raciste. Si les agressions racistes et les pogroms encouragés par l'extrême droite, ou l'escalade répressive de l'État, se poursuivent, le mouvement ouvrier et antiraciste aura pour défi d'organiser l'autodéfense des communautés migrantes et des quartiers.

Unissons par en bas ce qu'ils veulent séparer par en haut. Pas d'expulsions à chaud ! Armée hors de Ceuta ! Des papiers pour tous ! À bas l'Europe forteresse !

Courant révolutionnaire des travailleurs et travailleuses (CRT) – Courant rouge – IVe Internationale (CR-IV)

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