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« La crise à Ceuta et Melilla rappelle qu'il faut mettre fin à l'Europe forteresse. » Billet d'Anasse Kazib

Fri, 31 Jul 2026 17:25:03 CEST

Révolution Permanente

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Des dizaines de milliers de Marocains ont traversé la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta au cours de cette semaine. En réaction, le gouvernement de Sanchez choisit de déployer l'armée et d'organiser les expulsions, une réponse adaptée aux demandes de l'extrême droite. Billet d'Anasse Kazib.

La situation à Ceuta rappelle plusieurs choses. La première, et la plus importante, c'est l'urgence de lutter pour l'ouverture de toutes les frontières, ainsi que pour la liberté de circulation et d'installation pour toutes et tous. Les images montrent à quel point les populations d'Afrique et du Sud global sont opprimées et empêchées de traverser librement les frontières. La massivité du nombre de migrants cette semaine témoigne de la rétention qui existe en temps normal. Lorsqu'elles tentent de le faire, c'est soit au péril de leur vie, soit au risque de subir la répression, en abandonnant tout derrière elles.

Elles sont vues avec haine par une grande partie de la classe politique bourgeoise, tandis que ces mêmes dirigeants peuvent aller où ils veulent, librement, une coupe de champagne à la main dans un avion, sans risquer la mort, sans risquer d'être piétinés ou de perdre une chaussure dans la traversée. L'extrême droite internationale veut nous faire croire que cette situation est le résultat de la politique du « progressiste » Sánchez.

Giorgia Meloni a proposé de fermer l'espace Schengen avec l'État espagnol, recevant le soutien immédiat de Bruno Retailleau, qui « demande la suspension de la libre circulation des personnes avec l'Espagne au sein de l'Union européenne » sur X. De leur côté, l'extrême droite de Vox en Espagne, mais aussi Éric Zemmour et Marine Le Pen en France, agitent le spectre d'une menace civilisationnelle pour toute l'Europe. Cette dernière a déclaré sur X : « la France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières. Et en 2027, nous stopperons cette folie en réservant la libre-circulation Schengen aux nationaux de l'UE ». Et le gouvernement français a immédiatement profité de la situation pour lancer une campagne autoritaire, avec les déclarations de Laurent Nuñez : « Dès hier soir, j'ai donné des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole. Par ailleurs, j'active la Force Frontière d'intervention rapide pour des contrôles en profondeur ».

En réalité, tout cela n'est qu'un jeu politique entre le Maroc et l'Espagne. On joue avec la vie des gens, on instrumentalise la misère humaine pour exercer des pressions diplomatiques. Voilà maintenant que le « progressiste » Sánchez a annoncé interrompre les moyens consacrés à la lutte contre les incendies en Espagne pour envoyer l'armée repousser les migrants présents à Ceuta, tandis que les autorités marocaines, satisfaites des négociations diplomatiques, pourront reprendre leur rôle de gardes-frontières.

Je vous jure que ces images me font mal au cœur, car j'y vois mes frères et sœurs, mes cousins, mes oncles, mes tantes, fuyant la pauvreté. Je sais qu'ils le font le cœur lourd, mais aussi parce qu'ils considèrent cela comme leur dernière chance d'espérer un avenir. Ils préféreraient mille fois rester chez eux, dans leur maison, auprès de leurs proches.

Il faut aussi rappeler une évidence trop souvent passée sous silence : Ceuta et Melilla sont les vestiges de la colonisation espagnole en Afrique. Derrière les bla-bla sur le pseudo progressisme du gouvernement espagnol, ils continuent de conserver des enclaves coloniales en Afrique, transformées aujourd'hui en forteresses militarisées contre celles et ceux qui fuient la misère et les conséquences d'un ordre mondial dont ces mêmes puissances sont responsables. La lutte pour l'ouverture des frontières est aussi une lutte contre les héritages du colonialisme, de l'impérialisme et contre les rapports de domination qui perdurent encore aujourd'hui.

Il y a quelques semaines, Mélenchon avait pris position contre la régularisation de tous les sans-papiers et contre l'ouverture des frontières. Ces images rappellent ce qui nous différencie, nous, communistes révolutionnaires, de la gauche institutionnelle : nous considérons qu'il ne peut pas y avoir de politique progressiste pour les uns sur le dos des autres.

Nous affirmons que chacune et chacun a le droit de vivre, de circuler et de s'installer librement. Je défendrai avec détermination, durant la campagne présidentielle de 2027, la régularisation de tous les sans-papiers, sans distinction, la liberté de circulation, la liberté d'installation et l'ouverture des frontières. La lutte contre l'extrême droite ne se mène pas avec des mesures coercitives, mais avec une politique de rupture capable de briser les fondements politiques et idéologiques sur lesquels elle prospère. Les frontières en sont l'un des plus puissants symboles.

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