Crise à Ceuta : le gouvernement Sanchez déploie l'armée pour empêcher l'arrivée des immigrés
Fri, 31 Jul 2026 18:59:00 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa réponse du gouvernement PSOE-Sumar à l'arrivée de milliers de migrants à Ceuta a pris ces dernières heures un tournant ultra-réactionnaire, avec le déploiement de l'armée. Au moins 43 personnes auraient trouvé la mort en tentant de franchir la frontière.

Article initialement paru dans la Izquierda Diario, journal de la section espagnole du Courant pour la Révolution Permanente.
Le gouvernement espagnol vient d'approuver le déploiement de l'armée à Ceuta, alors que plusieurs dizaines de milliers de migrants marocains ont traversé la frontière ces derniers jours. Les premiers militaires patrouillent déjà dans les rues et sur les plages, dans le cadre d'opérations conjointes avec la Garde civile et la Police nationale. De son côté, l'Union européenne a proposé le soutien de Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières, responsable de dizaines de milliers de morts en Méditerranée.
Enfin, la dictature marocaine s'est accordée avec le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, pour accepter les expulsions sommaires des personnes entrées dans l'enclave coloniale espagnole. Les autorités tentent ainsi de faire face, par une répression dont on ignore jusqu'où elle pourrait s'intensifier, à une colonne de plusieurs kilomètres de migrants qui attendent près de la frontière pour la franchir. Les premières conséquences dramatiques sont déjà une réalité. Au moins 43 personnes auraient perdu la vie sous l'effet de la pression répressive toujours plus forte exercée contre celles et ceux qui tentent de franchir la frontière.
Le gouvernement du PSOE et de Sumar choisit de reprendre, ligne par ligne, une feuille de route qui répond aux exigences de l'extrême droite, de la droite et de ses partenaires européens. L'extrême-droite de Vox comme la droite du Partido Popular (PP) avaient réclamé le déploiement de l'armée et le refoulement immédiat de toute personne interceptée à la frontière. Le gouvernement de Pedro Sánchez et Yolanda Díaz s'emploie désormais à appliquer ce plan à la lettre.
Dans le même temps, le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas (PP), réclame la déclaration de l'état d'urgence nationale ainsi qu'un commandement unique pour gérer la situation. De leur côté, le PP et Vox en profitent pour exiger un durcissement encore plus important de la politique migratoire et de nouvelles réformes législatives destinées à faciliter les expulsions. Il est fort probable que ces propositions d'extrême droite finissent elles aussi par être reprises par le gouvernement « progressiste » de Sánchez.
L'image de soldats patrouillant à la frontière rappelle inévitablement la crise de mai 2021. À l'époque, le gouvernement de Pedro Sánchez, avec le soutien d'Unidas Podemos, avait répondu par des expulsions sommaires, y compris de 800 mineurs, ainsi que par une étroite coordination avec la monarchie marocaine afin de rétablir le contrôle de la frontière.
Cinq ans plus tard, la réponse est toujours la même : davantage de présence militaire, une coopération policière renforcée avec Rabat et de nouveaux refoulements accélérés afin d'empêcher celles et ceux qui fuient la pauvreté, l'absence de perspectives d'avenir ou la répression, d'exercer leur droit de demander une protection internationale.
Pendant ce temps, de l'autre côté de la frontière, une immense colonne de personnes attend l'occasion de traverser. Selon plusieurs sources, cette file s'étend désormais sur près de cinq kilomètres, illustrant l'ampleur d'une crise qui ne se résoudra ni par davantage de militaires ni par davantage de barbelés.
La pression migratoire continue de s'accentuer parce que les causes qui la provoquent s'aggravent elles aussi : le pillage impérialiste et les guerres qui contraignent des millions de personnes à quitter leur foyer. La responsabilité de l'impérialisme européen et espagnol dans ce pillage est historique et incontestable.
À cette escalade s'ajoute désormais l'implication directe de l'Union européenne. Frontex a proposé son assistance à l'État espagnol pour renforcer le contrôle de la frontière extérieure de l'UE, une initiative qui replace une nouvelle fois l'agence européenne au cœur d'une politique migratoire fondée sur la sécurisation des frontières, leur militarisation et la sous-traitance aux gouvernements semi-coloniaux des mesures les plus brutales, telles que les camps de concentration ou les violations les plus graves des droits humains.
Depuis des années, Frontex est dénoncée par des organisations de défense des droits humains pour son rôle dans des refoulements illégaux et des violations du droit d'asile à différentes frontières de l'Europe. La réponse de Bruxelles reste la même : toujours plus de moyens pour empêcher le passage des personnes migrantes, tandis que des voies de migration sûres et légales leur sont refusées.
Le gouvernement insiste sur le fait qu'il mobilise « tous les moyens nécessaires » et maintient une étroite coordination avec le Maroc afin d'accélérer les rapatriements.
Sur l'essentiel, le gouvernement central, la droite et l'extrême droite partagent la même ligne. Tous défendent les causes structurelles qui poussent des milliers de personnes à risquer leur vie en mer : le pillage et l'ingérence impérialistes en Afrique et dans d'autres régions du monde.
Les mêmes multinationales européennes qui tirent d'immenses profits du pillage des ressources naturelles et de l'exploitation d'une main-d'œuvre à bas coût en Afrique, ainsi que les politiques commerciales et militaires de l'Union européenne, alimentent les conditions qui contraignent des milliers de personnes à prendre le chemin de l'exil.
Face au consensus du PSOE (parti de Pedro Sánchez), du PP, de Vox et de l'Union européenne en faveur de la fermeture des frontières, il est nécessaire de défendre une politique radicalement opposée : le droit à la libre circulation, la fin des expulsions, le respect effectif du droit d'asile, l'ouverture de voies de migration sûres et légales, ainsi que la lutte contre les politiques impérialistes qui condamnent des millions de personnes et de peuples à travers le monde à la misère et transforment la Méditerranée et la frontière sud en une gigantesque fosse commune.
Il est urgent que la gauche anticapitaliste, les organisations syndicales ainsi que les mouvements antiracistes et de défense des droits des immigrés organisent une riposte immédiate afin de mettre un coup d'arrêt à cette escalade répressive, qui pourrait avoir des conséquences fatales et continuer d'alimenter le monstre de l'extrême droite.
Cette riposte doit défendre sans ambiguïté le droit de migrer ainsi que la régularisation de toutes les personnes migrantes, avec la pleine reconnaissance de leurs droits sociaux, professionnels et politiques. Cela implique l'abrogation de la loi sur les étrangers, la fermeture des Centres d'internement pour étrangers (CIE), la fin des politiques d'externalisation et de verrouillage des frontières menées par l'État espagnol et l'Union européenne, ainsi que la restitution des enclaves coloniales de Ceuta et Melilla au Maroc.
Cette bataille exige également une perspective clairement anticapitaliste, qui fasse porter la responsabilité de la crise sociale sur les grands capitalistes, et non sur celles et ceux qui sont contraints d'émigrer. Face au discours qui présente les personnes migrantes comme une menace pour les droits sociaux, il est nécessaire de défendre des mesures profitant à l'ensemble de la classe travailleuse, telles que le partage du temps de travail sans baisse de salaire, l'expropriation des spéculateurs afin de garantir le droit au logement, ainsi qu'une forte taxation des grandes fortunes et des profits des grandes entreprises pour financer des services publics de qualité.
Dans le même temps, une perspective anti-impérialiste est indispensable, soutenant les luttes des peuples contre le pillage économique et l'ingérence des puissances européennes. Cela implique de dénoncer le rôle des multinationales qui s'enrichissent grâce à l'exploitation des ressources naturelles et de la main-d'œuvre en Afrique et dans d'autres régions du monde, d'exiger leur départ, la restitution des capitaux et des actifs qu'elles détiennent, ainsi que la réparation des préjudices causés par des décennies de pillage.
Face au durcissement des politiques migratoires, à la progression de l'extrême droite et au consensus toujours plus large en faveur de la fermeture des frontières, la meilleure réponse consiste à renforcer l'unité de la classe travailleuse, qu'elle soit née ici ou ailleurs. Seule l'organisation commune de celles et ceux qui partagent les mêmes conditions d'exploitation, conjuguée à une solidarité active avec les peuples qui résistent à l'impérialisme, peut offrir une alternative au racisme institutionnel, aux divisions sociales et à la montée des forces réactionnaires.
Crédits photo : chaîne YouTube de RFI