Ceuta : le gouvernement Sanchez répond par la force et s'adapte aux demandes de l'extrême droite
Fri, 31 Jul 2026 19:05:49 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDes dizaines de milliers de personnes ont traversé la frontière espagnole cette semaine. L'extrême droite en profite pour alimenter son discours raciste, et le gouvernement du PSOE et de Sumar renforce ses frontières et conclut un accord avec le Maroc. Une crise causée par le pillage impérialistes des multinationales européennes et par les politiques sécuritaires de l'Europe forteresse.

Cet article est initialement paru dans la Izquierda Diario, le journal de la section espagnole du Courant Révolution Permanente.
Au cours des dix derniers jours, environ 60 000 personnes seraient arrivées à Ceuta, selon des sources du gouvernement local. La plupart d'entre elles auraient atteint à la nage la côte de cette exclave espagnole située sur la côte marocaine et héritée de la colonisation espagnole du Rif. Cette situation a entraîné l'effondrement des maigres dispositifs d'accueil, et donné lieu à une nouvelle offensive politique et médiatique qui présente ceux qui fuient la pauvreté, les guerres et le pillage impérialiste comme une « menace » pour la sécurité.
Le gouvernement de Pedro Sánchez (PSOE) et de Yolanda Díaz (Sumar) a immédiatement déployé une politique répressive, qui ne diffère pas de celle que la droite réclame depuis des années, et que d'autres gouvernements du continent, comme celui de Meloni en Italie, mettent en œuvre. Le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, s'est rendu à la frontière et a convenu avec les autorités marocaines de « faciliter » le renvoi des personnes entrées à Ceuta. Un euphémisme pour désigner l'accélération des expulsions que de nombreuses organisations de défense des droits de l'homme dénoncent comme des « renvois à chaud », incompatibles avec les garanties reconnues par le droit international et le droit d'asile. Sur les plus de 50 000 personnes ayant passé la frontière, 37 000 personnes auraient été renvoyé au Maroc selon les dernières informations.
Aucune des personnes retenues et que l'on entend expulser immédiatement ne pourra, par exemple, demander l'asile si elle se trouve en situation de persécution. Il s'agit là d'une violation flagrante de l'article 14 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui stipule : « En cas de persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile dans n'importe quel pays. »
Cinq ans après la crise de mai 2021, lorsque le gouvernement du PSOE et d'Unidas Podemos avait expulsé sommairement des milliers de personnes, dont 800 mineurs, le soi-disant gouvernement « progressiste » démontre une nouvelle fois que, en matière de politique migratoire, il partage avec la droite l'objectif de fortifier les frontières de l'Europe-forteresse.
Ceuta et Melilla : deux enclaves coloniales au service de l'Europe forteresse
Ceuta et Melilla remplissent à nouveau la fonction qui est la leur : être deux enclaves coloniales espagnoles en Afrique du Nord, désormais transformées en éléments stratégiques du dispositif frontalier de l'Union européenne. Le débat public, qui rassemble un large éventail politique et médiatique allant de l'extrême droite au soi-disant « progressisme », s'articule une nouvelle fois autour de la question du renforcement du contrôle policier et militaire de la frontière.
Le président du PP (parti de la droite traditionnelle) de Ceuta, qui gouverne avec le soutien de Vox (parti d'extrême droite), réclame la déclaration de l'état d'urgence national et la mise en place d'un commandement unique pour gérer la situation. Une demande qui reprend simplement la décision prise par le gouvernement de gauche en 2021 de déployer l'armée de terre sur les plages de Ceuta. Une politique honteuse, qui avait à l'époque reçu le soutien d'Enrique de Santiago, secrétaire général du Parti Communiste Espagnol (PCE), qui a qualifié l'arrivée des migrants d'« attaque contre la souveraineté nationale ».
La gauche réformiste chargée de la gestion de l'État espagnol a clairement à cœur de défendre avant tout les intérêts de l'impérialisme national. Elle est bien loin d'évoquer les responsabilités historiques de l'impérialisme européen et espagnol sur le continent africain, de mettre fin au pillage actuel des ressources et aux ingérences politiques et militaires, ou encore de défendre le droit des personnes à migrer.
Pendant ce temps, le gouvernement marocain reprend le rôle qu'il joue depuis des années : celui de gendarme de la frontière sud de l'Europe, en utilisant par ailleurs le contrôle des flux migratoires comme un levier de négociation permanent avec Madrid et Bruxelles. La coopération entre les deux gouvernements ne vise pas à garantir des droits, mais à empêcher des milliers de personnes d'exercer un droit aussi fondamental que la liberté de circulation.
Le nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile durcit encore davantage le régime frontalier
Cette nouvelle offensive répressive intervient à peine quelques semaines après l'entrée en vigueur du nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile, dont la mise en œuvre a débuté en juin de cette année et qui établit de nouveaux mécanismes de filtrage aux frontières, l'accélération des procédures et le renforcement des renvois comme axe central de la politique migratoire européenne.
Ce pacte consolide une stratégie qui se développe depuis des années : externaliser le contrôle migratoire vers des pays tiers, multiplier les accords avec des gouvernements tels que celui du Maroc et transformer les frontières extérieures de l'Union européenne en espaces d'exception où les garanties juridiques sont systématiquement annulées.
Pour ce faire, comme il serait mal vu d'installer des camps de concentration dans le « jardin européen », l'UE paie les gouvernements bourgeois d'Afrique du Nord pour qu'ils les construisent et les gèrent, comme cela a déjà été convenu avec l'Égypte, la Libye, la Tunisie ou la Mauritanie. Elle les incite également à prendre toutes les mesures nécessaires pour barrer la route aux migrants, comme on l'a vu lors du massacre à la barrière de Melilla perpétré par la gendarmerie marocaine avec la collaboration des autorités espagnoles, ou lors des abandons dans le désert, sans eau ni nourriture, de migrants capturés ou remis par l'État espagnol.
Les nouvelles mesures annoncées par le ministre de l'Intérieur s'inscrivent pleinement dans cette logique. La priorité est à nouveau de demander au Maroc de fermer ses frontières, c'est-à-dire d'empêcher ses citoyens de quitter le pays, en violation explicite de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme, qui stipule que « toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ».
Parallèlement, la Police nationale et la Garde civile se préparent à accélérer les expulsions massives sans assistance juridique ni la moindre garantie légale quant à la manière dont ces personnes seront traitées par les autorités auxquelles elles seront remises.
L'impérialisme européen est responsable de la contrainte de millions de personnes à quitter leur pays
Ceux qui, aujourd'hui, risquent leur vie en traversant la mer ou des frontières militarisées ne sont responsables d'aucune crise. Ce sont les victimes d'un système et d'un ordre impérialiste qui, pendant des décennies, a pillé les ressources du continent africain, imposé des relations économiques de domination, soutenu des gouvernements autoritaires lorsque cela servait les intérêts européens et condamné des millions de personnes à la pauvreté ou au déplacement forcé.
Trois exemples illustrent le rôle des grandes entreprises européennes dans l'extraction des ressources naturelles en Afrique. La société espagnole Repsol participe à des projets d'exploration et d'exploitation pétrolière et gazière dans des pays comme la Libye et l'Algérie, s'inscrivant ainsi dans un modèle fondé sur l'exportation à bas coût d'hydrocarbures vers l'Europe, qui prive le pays d'origine de la majeure partie de la valeur de ces ressources. La société française Total Energies est l'un des plus grands opérateurs pétroliers du continent, avec d'importantes exploitations en Ouganda, en Angola, au Nigeria ou en République du Congo ; son projet pétrolier EACOP en Ouganda a été largement contesté par des organisations sociales et environnementales en raison de ses impacts sur les communautés locales et les écosystèmes. De son côté, l'entreprise allemande BASF, par le biais de sa participation dans la coentreprise Wintershall Dea, a mené des activités d'extraction de pétrole et de gaz en Libye et en Égypte, tandis que l'industrie allemande dépend également de l'approvisionnement en minerais stratégiques africains tels que le cobalt de la République démocratique du Congo, utilisé dans la fabrication de batteries et de composants industriels.
Ces mêmes multinationales européennes qui exploitent les matières premières, contrôlent des secteurs stratégiques ou tirent profit d'accords commerciaux profondément inégaux sont celles-là mêmes qui réclament ensuite à leurs gouvernements des frontières hermétiques pour empêcher l'arrivée de ceux qui fuient les conséquences de ce même modèle, ou pour réguler cette arrivée de telle sorte que, lorsqu'ils arrivent, ils le fassent en tant que citoyens de seconde zone et sans droits, afin de pouvoir les exploiter brutalement.
Non aux politiques anti-immigration et à l'extrême droite
L'extrême droite tente d'opposer les travailleurs autochtones aux immigrés en utilisant le racisme comme outil pour diviser la classe ouvrière. Parallèlement, le rôle des partis conservateurs et « progressistes » et leurs politiques frontalières reproduisent et renforcent ce même cadre, en rivalisant pour savoir qui durcira le plus les frontières et en acceptant que l'immigration constitue un problème de sécurité. C'est ainsi qu'ils légitiment et renforcent précisément le discours réactionnaire qu'ils prétendent vouloir combattre.
Face à cela, une réponse totalement opposée et indépendante s'impose. La gauche anticapitaliste et les organisations ouvrières, à commencer par la gauche syndicale, aux côtés des collectifs antiracistes et du mouvement de défense des droits des migrants, doivent avant tout dénoncer et se mobiliser pour empêcher les renvois immédiats que le gouvernement prépare pour les prochains jours. Nous devons exiger que tous les droits des personnes migrantes soient pleinement respectés et que les ressources publiques nécessaires soient mobilisées pour garantir la satisfaction de leurs besoins fondamentaux.
Il est nécessaire de mettre en place un mouvement qui défende pleinement le droit à la migration, la régularisation totale assortie de tous les droits et, par conséquent, qui mette fin à la loi sur les étrangers, aux CIEs, à toutes les politiques meurtrières de l'UE et de l'État espagnol en matière de frontières, y compris la restitution au Maroc des enclaves coloniales de Ceuta et Melilla.
Nous devons mener cette lutte dans une perspective anticapitaliste, qui désigne les véritables responsables des grands problèmes sociaux. Face aux campagnes de peur qui présentent les immigrés comme une menace pour le « bien-être européen », il faut opposer la lutte pour des mesures telles que la répartition des heures de travail entre toutes et tous, l'expropriation des grands propriétaires immobiliers ou l'imposition des grandes fortunes et des bénéfices des entreprises afin de garantir des services publics suffisants et de qualité.
Il faut également adopter une perspective anti-impérialiste, en soutenant les luttes des peuples du continent contre le pillage et les ingérences européennes, contre leurs propres gouvernements et régimes fantoches, en luttant pour le retrait des multinationales européennes, la restitution des actifs, des capitaux investis et des installations, ainsi que pour une compensation, fondée sur l'imposition de leurs bénéfices et de leur patrimoine, pour ce qui a été pillé pendant des décennies.
Face à la vague réactionnaire menée par des gouvernements de différentes tendances sur le continent européen et qui donne des ailes à l'extrême droite, il faut ériger un rempart antifasciste fondé sur le développement de la lutte des classes. Ce n'est qu'en unissant les rangs de l'ensemble de la classe ouvrière, dont font partie des millions d'immigrés en tant que secteurs les plus précarisés et les plus exploités, et en faisant preuve de solidarité avec les peuples opprimés qui luttent contre l'impérialisme, que nous pourrons véritablement faire face au racisme d'État et à la montée de l'extrême droite.