308 interpellations : le gouvernement réprime pour masquer ses responsabilités dans les incendies
Fri, 31 Jul 2026 21:41:35 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFace aux incendies historiques qui ravagent le pays, Laurent Nuñez met en avant les centaines d'interpellations pour détourner l'attention des responsabilités du gouvernement. Pendant que les pompiers dénoncent le manque de moyens, l'État privilégie toujours les dépenses sécuritaires et militaires.

Alors que le pays est confronté à une vague d'incendies dévastatrice, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a déclaré sur RTL ce vendredi 31 juillet que 308 personnes avaient été interpellées depuis le début des feux pour des « motifs criminels », notamment des mises à feu volontaires, dont 33 auraient été incarcérées. Parmi eux, 120 mineurs. D'après lui, neuf départs de feu sur dix seraient d'origine humaine, et les deux tiers des personnes interpellées le seraient pour des « mises à feu volontaires ». En pleine catastrophe écologique, le ministre de l'Intérieur a choisi de mettre en avant les chiffres de la répression.
Alors que le mégafeu de Gironde a déjà ravagé plus de 42 000 hectares, le gouvernement préfère mettre en avant les responsabilités individuelles pour avant tout masquer les responsabilités centrales de l'État dans cette catastrophe. Car, si les actes individuels existent, ils ne sauraient expliquer à eux seuls l'ampleur des incendies qui se multiplient sous l'effet du réchauffement climatique, de la sécheresse et du manque d'investissements. Depuis plusieurs années pourtant, les risques sont évidents, comme le résume cet habitant de 86 ans de la presqu'île du Cap-Ferret « Ça fait quatre ans qu'on s'y attendait. »
Surtout, cette mise en scène de la fermeté intervient alors que les sapeurs-pompiers alertent depuis des années sur le manque de moyens. Effectifs insuffisants, matériels vieillissants, difficultés de recrutement, recours massif aux volontaires : les témoignages de professionnels comme de syndicats se succèdent pour dénoncer une situation qui fragilise les capacités d'intervention face à des feux toujours plus nombreux et plus violents. « Il y a un sentiment de colère dans les troupes au sol. Comment n'a-t-on pas pu mettre les moyens avant ? On a l'impression de réagir toujours en retard. Ça fait des années qu'on dit que le système de sécurité civile craque », dénonce Bruno Ménard, secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires.
Alors que tous les signaux annoncent des catastrophes toujours plus fréquentes, la France ne dispose que de douze Canadair vieillissants et a annulé la commande de deux des quatre appareils promis. En parallèle, les politiques budgétaires qui privilégient constamment le renforcement des moyens policiers et militaires demeurent la priorité. La France dispose aujourd'hui de 152 Rafale et a voté récemment un budget supplémentaire de 36 milliards d'euros pour l'armée d'ici 2030. Une contradiction insupportable au moment où les incendies ravagent le pays et où les services publics, y compris ceux chargés de la sécurité civile, subissent des politiques d'austérité successives.
Le contraste est frappant : alors que le ministère de l'Intérieur se félicite de centaines d'interpellations, les pompiers continuent de lutter dans des conditions souvent extrêmement difficiles. La prévention des incendies, l'entretien des massifs forestiers, le renouvellement du matériel aérien et terrestre ainsi que le recrutement de personnels permanents restent très loin d'être à la hauteur des enjeux.
Face à des catastrophes qui risquent de devenir toujours plus fréquentes, une autre réponse est apparue dans la multiplication des actes de solidarité des classes populaires. Les agriculteurs qui s'organisent pour ralentir la progression du feu, les pompiers qui prennent des congés pour aller combattre les incendies, les habitants qui montent la garde et signalent les départs de feu, comme cela a été le cas en Algérie, montrent qu'une organisation populaire est possible.
Pour se doter des outils nécessaires afin de faire face à la catastrophe et de prévenir les prochaines catastrophes naturelles, les travailleurs sont les mieux placés pour décider à quoi doit servir leur travail : répondre aux intérêts collectifs plutôt qu'aux logiques de profit. Mais ces revendications ne pourront être imposées que sur le terrain de la lutte des classes.