Incendies en Gironde : face à un État pyromane, seuls les travailleurs pourront éteindre le feu
Fri, 31 Jul 2026 21:50:46 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalVoilà plus d'une semaine que la Gironde fait face au plus important incendie qu'ait connu la France depuis un demi-siècle. Face à cette catastrophe, et à la responsabilité écrasante de l'État, le mouvement ouvrier doit se battre pour arracher un plan d'urgence pour renforcer tous les services publics, sous le contrôle des travailleurs et de la population.

Si à l'heure actuelle les principaux foyers de feux sont stabilisés, la Gironde est toujours ravagée par des incendies d'une ampleur exceptionnelle, qui ont déjà réduit en cendres près de 42 000 hectares de forêt et obligé à évacuer près de 220 000 personnes. Sur le terrain, plus de 2 750 pompiers sont toujours mobilisés dans des conditions éprouvantes, face aux températures extrêmes et les risques de reprises de feux importants. Faute de protections respiratoires suffisantes, le bilan humain s'alourdit chez les pompiers, avec 231 blessés, tandis que des milliers d'habitants ont déjà été évacués ou vivent encore dans la peur d'un nouvel embrasement. Malgré l'accalmie de ces dernières heures, nous ne sommes pas à l'abri de reprises des foyers, dans ce sens l'action des bénévoles en seconde ligne reste indispensable.
En Gironde, comme dans les Landes, en Algérie, en Espagne ou au Canada, derrière la fumée, ce sont les mêmes choix de classe qui sont à l'origine de la catastrophe. Partout, ils soulèvent les mêmes enjeux, la responsabilité de l'État et du patronat et l'impasse de leurs réponses pour faire face aux conséquences dramatiques de la destruction de l'environnement. Face à cette gestion criminelle, nous ne pouvons compter que sur notre propre organisation, en indépendance de l'État et du patronat. En ce sens, les initiatives de solidarité en Gironde – des « Chicanos » venus aider à éteindre les feux, aux agriculteurs ravitaillant les pompiers en eau, en passant par les milliers de bénévoles qui, au parc des expositions comme ailleurs, donnent de leur temps pour aider les sinistrés – montrent la voie pour une réponse indépendante des pyromanes qui nous gouvernent. Avec Révolution Permanente, nous participons à cet effort collectif ces derniers jours, que ce soit au travers des collectes de dons, de l'appui à l'accueil et au soin des sinistrés, ainsi qu'en contribuant à la surveillance des reprises sur les zones sinistrés.
Un crime social
Si l'étincelle qui a déclenché ce feu est probablement d'origine accidentelle, c'est bien l'État, par des décennies de politiques climaticides qui a réuni les conditions pour qu'il ravage des dizaines de milliers d'hectares et parcourt près de 120 kilomètres, jusqu'aux portes de la métropole bordelaise. Par exemple, la monoculture du pin maritime à des fins industrielles a fait de la région une cuve de combustible à ciel ouvert, grâce à la résine que ces arbres contiennent. Ce scénario, loin d'être inévitable, était connu de longue date. Mais, pour satisfaire les bénéfices d'une petite minorité, les gouvernements successifs ont encouragé l'industrie forestière à de grandes extensions de monoculture.
Ces plantations ont détruit l'autorégulation des forêts, facilitant le développement d'insectes ravageurs, de parasites et de champignons pathogènes. Elles ont aussi abaissé le taux d'humidité des sols, favorisant dans les forêts de pins la propagation d'incendies de grande ampleur. Les forêts « mélangées », en effet, sont bien moins inflammables, puisqu'elles incluent des espèces qui résistent mieux aux flammes. Si ces plantations font le bonheur des entrepreneurs forestiers, elles font le malheur de larges secteurs de la population travailleuse, qui subit des incendies périodiques dans la région.
Des choix politiques qui sont le reflet d'un système capitaliste, organisé autour de la recherche constante du profit, qui pousse à l'exploitation sans limite des ressources naturelles, alimentant le dérèglement climatique et la destruction de la planète. Ceux-ci sont directement responsables de l'ampleur des incendies. De fait, c'est le réchauffement progressif de la planète qui fait, année après année, voler en éclats les précédents records de feux de forêt. En 2025, 36 951 hectares avaient brûlé en France ; en juillet 2026, le seul incendie en Gironde avait déjà dépassé ce niveau.
Incendies et austérité : un cocktail explosif
Les incendies records sont une conséquence de la destruction de la planète, largement amplifiée par l'austérité et les priorités dictées par les classes dominantes à la société. Si les derniers incendies d'ampleur dans la région remontent à 2022, il faut revenir à 1949, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour retrouver un sinistre d'une telle ampleur. À l'époque, 52 000 hectares avaient été détruits et 82 personnes avaient perdu la vie. Depuis, les technologies et les connaissances scientifiques sur les feux ont largement progressé, des avions bombardiers d'eau aux camions-citernes. Pourtant, c'est le complexe militaro-industriel et l'appareil répressif qui est aujourd'hui le premier bénéficiaire des moyens technologiques, scientifiques, humains et financiers les plus importants, tandis que les classes populaires sont sacrifiées sur l'autel de l'austérité.
Le feu a ainsi particulièrement révélé l'ampleur des attaques des gouvernements successifs contre les pompiers, qui n'ont aujourd'hui même pas les moyens de se protéger des fumées toxiques. Le système de protection contre les incendies tient à bout de bras sur la base du volontariat de milliers de travailleurs, avec 78% d'effectifs volontaires, indemnisés au lance pierre, et avec des moyens vétustes. Dans le même temps, les effectifs de l'Office national des forêts ont été réduits de moitié en 30 ans, passant de 16000 en 1985 à 8000 aujourd'hui.
La stratégie de responsabilisation individuelle face à la catastrophe sert à occulter des années de politiques d'austérité qui ont méthodiquement affaibli les moyens consacrés à la prévention des incendies, à la protection civile et au renouvellement de la flotte aérienne de lutte contre les feux de forêt. En 2024, le gouvernement Macron-Attal avait notamment renoncé à la commande de deux Canadair supplémentaires.
Sur les plateaux de télévision, l'extrême droite, pourtant soutien constant des politiques d'austérité, mène de concert avec le gouvernement une offensive politique qui désigne les militants écologistes comme boucs émissaires. Ils sont accusés d'entraver la gestion des forêts, tandis que les réglementations environnementales sont présentées comme des obstacles absurdes à la prévention des incendies.
Pendant ce temps, l'un des artisans de ces politiques d'austérité, aujourd'hui maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, et la préfète de Gironde, Sophie Brocas, s'emploient à rassurer la population sur la non-toxicité des fumées et à accélérer la reprise de l'activité économique. L'objectif est clair : remettre au plus vite en marche les centres de production et de distribution. Au Porge, les habitants paient le prix des coupes budgétaires dans la prévention des incendies, la sécurité civile, la santé publique et des effets d'un modèle forestier dominé par la monoculture : leur village a été ravagé par les flammes.
Il faut un programme de lutte
L'enseignement que nous devons tirer de toutes ces catastrophes et des initiatives de solidarité par en bas qui en émergent, c'est que face à l'urgence de la catastrophe actuelle et de celles à venir, on ne peut laisser notre santé et la préservation de la planète entre les mains des capitalistes. En Gironde, ce que l'on retient, ce n'est pas seulement la désolation de milliers d'hectares ternis par le feu, c'est aussi les réponses qui ont émergé par en bas : le courage des agriculteurs et des pompiers, des étudiants et de travailleurs, les cantines solidaires, les cuves prêtées, les caisses de grève ouvertes, les guetteurs bénévoles.
Le feu ne doit pas attiser le désespoir face à la catastrophe climatique, il doit réveiller la colère du mouvement ouvrier, du mouvement étudiant et des classes populaires que le gouvernement sacrifie sur l'autel de l'austérité. Si les agriculteurs ont joué un rôle central, le mouvement ouvrier aussi aurait un rôle décisif à apporter face à la catastrophe, à l'image de ce qu'a pu développer la CGT énergie 33 durant les premiers jours des évacuations. Les confédérations syndicales ne peuvent pas rester silencieuses et passives face à la catastrophe. Nous devons prendre part activement à la solidarité au travers de nos syndicats, et ce en toute indépendance de l'État pyromane.
Cela implique de se doter d'un programme offensif, qui permette d'accompagner les initiatives par en bas, et de lier la lutte contre les incendies en cours au combat pour en finir avec la catastrophe climatique. Avec Révolution Permanente, nous portons les revendications suivantes en ce sens :
• La mise à disposition immédiate de tous les moyens nécessaires pour éteindre les incendies et éliminer les foyers pour éviter les reprises de feu pendant les prochains mois, en réquisitionnant sans indemnités les moyens des entreprises privées du BTP, l'agriculture etc, selon les modalités définies par les travailleurs et la population.
• Des moyens sanitaires à la hauteur des besoins et la distribution gratuite de masques FFP2 à l'ensemble de la population exposée à la fumée, en donnant la priorité aux personnes âgées, aux mineurs et aux populations vulnérables.
• La garantie d'un hébergement décent pendant les évacuations ainsi que pour les sinistrés ayant perdu leur maison. Réquisition des complexes hôteliers de la région pour loger les familles dans de bonnes conditions, ainsi que les 30 000 logements vides de la CUB.
• La nationalisation des sociétés d'assurances, sous contrôle des travailleurs et de la population, pour garantir une indemnisation rapide et fluide des sinistrés, ainsi que l'octroi immédiat de crédits à taux zéro, imposé aux grands groupes bancaires, pour financer la reconstruction et la mise en place d'infrastructures nécessaires à la prévention et pour combattre les incendies.
• Des congés exceptionnels pour tous les travailleurs résidant dans les zones touchées sans perte de salaire.
• L'arrêt de la production dans des zones où les fumées dépassent le seuil maximal de particules qui peuvent nuire à la santé des travailleurs.
• Une augmentation salariale de 500€ pour l'ensemble de la sécurité civile et l'ONF ainsi qu'un investissement massif pour le renouvellement et la modernisation de tous les équipements (véhicules, camions et outils). Ces dépenses seront financées par les profits des grands groupes propriétaires des sites stratégiques et classés Seveso, qui bénéficient d'un traitement privilégié en raison de leur importance aux yeux de l'État français.
• L'embauche des effectifs de la sécurité civile ainsi que des pompiers volontaires, le passage à 50% d'effectifs professionnels. Une retraite à 55 ans et une revalorisation de la prime de feu à 50% du salaire de base pour tous les sapeurs-pompiers et pompiers volontaires.
• L' embauches massive d'employés de l'Office national des forêts. Augmentation du budget de l'ONF, financée par un impôt sur les grandes fortunes.
• La suppression immédiate de l'externalisation des entreprises de travaux forestières et de la sous-traitance en matière de prévention et de lutte contre les incendies. Il faut des services publics à la hauteur des besoins, stables et placés sous le contrôle démocratique des travailleurs et de la population.
• Mise en place d'une commission d'enquête indépendante sur l'état des infrastructures, les moyens pour combattre les incendies ainsi que sur tous les facteurs de risque potentiels, et sur les responsables de la crise actuelle qui ont amplifié l'ampleur de la catastrophe.
• Le démantèlement de la monoculture de pin, mis en place et surveillé par les travailleurs de l'ONF.
• La mise en place de comités de prévention d'incendies composés de pompiers, de personnels scientifiques, de travailleurs forestiers, des organisations écologistes, des petits agriculteurs et des habitants des zones touchées, qui décident et mettent en œuvre les politiques urgentes en matière de prévention, d'aménagement du territoire, de réponse aux situations d'urgence ainsi que d'estimation des budgets nécessaires.
• Enfin, pour arrêter le massacre des services publics et enrayer la militarisation : la réaffectation d'une partie des milliards destinés au réarmement militaire vers la prévention des incendies. Achat de Canadair, Dash et Air Tractor, investissement massif dans la gestion forestière, la sécurité civile, la santé publique et l'adaptation à la crise climatique.
Ce programme est un programme d'action, qu'il faudra arracher par les méthodes du mouvement ouvrier, en construisant partout où cela est possible des cadres d'auto-organisation sur la base de l'immense réseau de solidarité qui se développe. Le combat pour ces mesures doit être un levier pour stimuler l'organisation à la base et la lutte de notre classe, en alliance avec l'ensemble des secteurs qui subissent les conséquences de ce système. Mais il ne pourra aboutir que par le renversement du capitalisme, à l'origine de la destruction de la planète.
Capture TF1