Argentine : le FMI adoube l'austérité de Milei pour mieux intensifier le pillage impérialiste
Thu, 30 Jul 2026 14:05:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes félicitations de la directrice du FMI à l'égard de Javier Milei résument toute la politique réactionnaire du président argentin : derrière le « retour des équilibres financiers », une offensive brutale contre les travailleurs, tandis que s'ouvre une nouvelle phase de pillage des ressources du pays au profit des capitaux internationaux.

Ce lundi 26 juillet, la directrice générale du Fonds monétaire international Kristalina Georgieva était l'invitée d'honneur de Javier Milei à Buenos Aires. Ce voyage en Argentine de la dirigeante de l'une des principales organisations internationales de l'ordre impérialiste n'est pas équivoque : ce n'est rien de moins qu'un soutien politique clair au gouvernement de Javier Milei et à son programme d'austérité, qui fait porter le coût de la crise sur les classes populaires tout en garantissant les intérêts du capital financier international.
Plusieurs organisations syndicales, sociales et politiques ont fermement dénoncé cette visite. Le comité interne de l'ATE (principal syndicat du secteur public) du ministère de l'Economie a notamment appelé à se mobiliser contre sa venue, rappelant la responsabilité directe du FMI dans les politiques d'ajustement imposées à l'Argentine depuis le prêt colossal accordé en 2018 au gouvernement de Macri, prolongé et renégocié par les gouvernements suivants. À chaque étape, une même logique : imposer des politiques d'ajustement qui provoquent des baisses de salaires et du pouvoir d'achat, la précarisation XXL des travailleurs et de leurs conditions de vie, pendant que les capitaux continuent de fuir le pays.
Dès son arrivée à Buenos Aires lundi, Kristalina Georgieva a multiplié les éloges envers la politique menée par Milei. Lors de sa conférence de presse commune avec le ministre de l'Économie Luis Caputo, elle a affirmé que l'économie argentine était « beaucoup plus saine » qu'à son arrivée à la tête du FMI en 2019, présentant ces résultats comme le fruit du « travail acharné du gouvernement » et de la « persévérance et des sacrifices du peuple argentin ». Or, lesdits « sacrifices » ne sont rien d'autres que la destruction des conditions de vie de millions de personnes, considérée comme un coût acceptable au « retour de l'équilibre budgétaire ».
En effet, depuis son arrivée au pouvoir fin 2023, Milei mène contre les classes populaires argentines une offensive austéritaire d'une brutalité inédite : démantèlement de la protection sociale, chute des salaires réels sous l'effet d'une inflation toujours supérieure à 30 % par an, politique récessive provoquant notamment des destructions industrielles et des licenciements massifs, adoption de la loi BASES qui permet des privatisations importantes et qui renforce considérablement les pouvoirs de l'exécutif, ou encore de la dernière réforme du travail – qualifiée d'« esclavagiste » par la gauche argentine – qui organise une flexibilisation accrue du marché du travail au bénéfice des intérêts capitalistes, aggravant la précarisation et l'insécurité de millions de travailleurs.
Dans le même temps, le gouvernement Milei a réduit de 95 % les budgets des politiques de lutte contre les inégalités de genre, multiplie les attaques contre les droits des femmes et des personnes LGBTI – allant jusqu'à qualifier l'avortement de « meurtre aggravé » –, nie la réalité du dérèglement climatique et apporte un soutien inconditionnel au gouvernement israélien dans le contexte du génocide en Palestine.
Bref, c'est ça que le FMI acclame aujourd'hui comme un modèle de réussite. Et ce n'est pas une surprise : ses critères de réussite n'ont jamais été ceux des travailleurs et des classes populaires. Comme l'a expliqué Myriam Bregman, « le FMI décide qu'on ne peut pas augmenter les retraites, que de moins en moins de personnes partent à la retraite, le prix des carburants, le montant des tarifs ». Ses critères de réussite, ce sont ceux de la capacité d'un État à rassurer les marchés et à rembourser ses créanciers.
En validant publiquement les résultats de Milei malgré leur coût social [1] à moins d'un an et demi de l'élection présidentielle de 2027, le FMI envoie un message aux marchés financiers : l'Argentine reste un élève discipliné, prêt à poursuivre les réformes exigées par ses créanciers.
Derrière le soutien à Milei, le FMI impose une nouvelle étape d'endettement et d'extractivisme en Argentine
La visite de Georgieva ne se limite pas aux déclarations de soutien depuis Buenos Aires. Son déplacement mardi à Neuquén, au cœur de Vaca Muerta – l'un des plus grands gisements d'hydrocarbures non conventionnels au monde – révèle le véritable sens de cette visite : montrer d'où viendront les dollars destinés au remboursement.
Comme l'a expliqué Myriam Bregman ce même jour à la radio : « Il s'agit d'un pillage et non d'une dette. S'il s'agissait d'une dette, on pourrait discuter de la manière dont cet argent a été dépensé, mais personne ne peut dire à quoi il a servi. Où est passée cette dette ? Ils ne peuvent pas le dire, car elle a servi à rembourser d'autres dettes et à financer la fuite des capitaux ».
Le FMI sait que l'excédent commercial énergétique de Vaca Muerta ne suffira pas à sortir l'Argentine de la « dette ». L'objectif, c'est de l'utiliser comme garantie pour ouvrir une nouvelle phase d'endettement, dans un mécanisme où chaque nouvelle dette sert à rembourser la précédente sans résoudre la crise structurelle. Pendant ce temps, l'endettement continue d'être utilisé comme un instrument de pression pour imposer les intérêts du capital financier international.
Le Fonds continue aussi d'exiger une aggravation de l'austérité en surveillant les objectifs budgétaires imposés au gouvernement argentin. Il pousse notamment à de nouvelles coupes dans les dépenses publiques, en particulier dans les retraites, la santé et l'éducation. Dans le même temps, il soutient le Régime d'incitation aux grands investissements (RIGI), mis en place par Milei, qui accorde des avantages fiscaux et considérables aux grandes entreprises, notamment dans le secteur énergétique. Derrière les orientations du Fonds, ce sont bien les intérêts des puissances impérialistes, en particulier ceux de Washington, qui continuent de peser sur l'économie argentine [2].
Le FMI : une institution au service du capital financier international et de la domination impérialiste
La politique imposée en Argentine par le FMI s'inscrit dans une offensive plus large à travers le monde, et notamment en Afrique et en Amérique latine. Le Fonds prête aux États en difficulté en échange de profondes transformations économiques et politiques. Ce faisant, partout, l'institution cherche à faire payer les crises économiques aux classes populaires tout en ouvrant de nouveaux espaces d'accumulation pour les capitaux privés et les multinationales.
C'est le sens de l'accord en discussion entre le FMI et le gouvernement de Rodrigo Paz en Bolivie, qui prévoit plusieurs milliards de dollars de financement et prépare une nouvelle offensive contre les ressources nationales et les acquis historiques du mouvement ouvrier [3].
En Argentine, cette offensive inclut aussi la « loi sur l'inviolabilité de la propriété privée » qui vise à renforcer la concentration des terres, faciliter leur accaparement par les grands propriétaires et ouvrir davantage l'accès aux ressources naturelles aux capitaux étrangers. La grande mobilisation prévue le 6 août contre ce projet s'inscrit dans le combat plus général contre la transformation de l'Argentine en zone d'exploitation privilégiée pour les grands groupes internationaux.
Il faut refuser l'idée que les peuples devraient payer indéfiniment des dettes contractées au bénéfice d'une minorité. Ce qui implique de défendre l'annulation de la dette extérieure envers les États impérialistes et le capital financier international, le rejet du paiement de la dette souveraine dans les pays dépendants, mais aussi la dissolution du FMI et des institutions financières internationales au service du capital.
Ce combat doit aller de pair avec l'expropriation, sans indemnisation et sous contrôle des travailleurs, des multinationales qui pillent les ressources naturelles et les secteurs stratégiques, pour que les richesses produites servent enfin les besoins des travailleurs et des classes populaires, plutôt que les profits d'une poignée de groupes impérialistes.
[1] Interrogée sur l'emploi, Georgieva a été contrainte de reconnaître que la transformation en cours était difficile et a admis que le secteur de la construction traversait une période de stagnation sous Milei ainsi que le faible taux officiel de chômage masquait une progression importante de l'emploi informel
[2] Les décisions sur les programmes d'aide et les révisions d'accords dépendent largement de son conseil d'administration, où les grandes puissances disposent d'un poids déterminant, notamment les États-Unis.
[3] Cet accord intervient alors que la direction de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) s'est rangée derrière le gouvernement pour mettre fin à plus de 50 jours de soulèvement et de révolte populaire dans le pays entre mai et juin 2025, permettant ainsi de stabiliser temporairement le régime et d'ouvrir la voie aux nouvelles exigences du FMI.