183 maisons détruites par le feu : en Gironde, les habitants du Porge attaquent l'État en justice
Thu, 30 Jul 2026 17:51:46 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn Gironde, l'incendie tend à se stabiliser, mais l'étendue du désastre qu'il a laissé derrière lui apparaît au grand jour. Au Porge, 183 maisons sur 240 sont parties en fumée. Face au manque de moyen dans la protection, les habitants dénoncent le « sacrifice » de leur commune et s'organisent en collectif pour attaquer l'État en justice.

En Gironde, le dur combat contre les flammes tend à se stabiliser, après des jours de lutte et des centaines de pompiers mobilisés. C'est dans ce répit que l'étendue des dégâts causés par l'incendie apparaît au grand jour. La commune la plus touchée est celle du Porge : 183 maisons sur les 240 recensées ont été détruites, soit près de 76 % du bâti communal parti en fumée. Un village quasiment rayé de la carte. Sur France Info, une habitante témoigne : « J'ai tout perdu [...] Le Porge est désormais un village fantôme ». D'autres témoignages affluent sur les réseaux sociaux, où des habitant·es publient les images de leurs maisons calcinées, parfois accompagnées de la mention du peu de moyens déployés pour protéger leur secteur.
La colère des habitants face au manque de moyens déployés pour la défense du village ne cesse de monter. Beaucoup expriment le sentiment d'avoir été abandonnés au profit du Cap-Ferret, où plusieurs dizaines de maisons ont été détruites. Sur BFM TV, un habitant a exprimé sa colère : « Je pense que ce qu'ont vécu les habitants du Porge, c'était les portes de l'enfer. Le vendredi, ils ont vécu l'enfer et il n'y avait personne avec nous. Ils [les pompiers] ont désobéi aux ordres et sont restés pour sauver le village, tout le patrimoine de familles de gens modestes qui ont travaillé toute leur vie pour avoir une maison. Ce ne sont pas des résidences secondaires sur une presqu'île avec des stars. Ici, ce sont des gens qui travaillent, qui se lèvent à 5 heures du matin, qui triment toute la journée, qui gagnent le Smic ». Sur les 12 000 habitations que compte Lège-Cap-Ferret, 6 900 sont des résidences secondaires, un chiffre qui vient nourrir ce sentiment d'abandon face à une commune plus favorisée.
Face à cette situation, 700 habitants du Porge ont décidé de s'organiser collectivement pour saisir la justice contre l'État, responsable du manque de moyens déployés pour défendre la commune. L'objectif : obtenir des réponses, comprendre « la stratégie adoptée pour contenir le feu » et les « prises de décision », sans pour autant remettre en cause l'immense travail mené par les pompiers face aux flammes dans tout le département. « Le collectif a été constitué dans une logique d'entraide, de solidarité et de coopération. Il y a eu un certain nombre d'incompréhensions et un sentiment, une réalité concrète et physique d'abandon au Porge », déclare Sylvain Galinat, avocat du collectif, sur RTL.
Cette situation révèle surtout le manque criant de moyens accordés aux pompiers, contraints à des choix impossibles. « Au Porge, c'est la guerre. On se fait peur avec les bouteilles de gaz qui explosent et des maisons qui prennent feu. L'eau manque. Ce sont des conditions dégradées », témoigne un pompier sur France Info. Le maire du Porge, Martial Zaninetti, confirme cet arbitrage : « Les moyens des pompiers étaient énormes, mais pas suffisants, et il était nécessaire de protéger d'autres secteurs, où il y avait des vies à protéger. Les habitants du Porge avaient été évacués. C'est vrai que les moyens ont été déployés à Lège alors qu'il y avait encore beaucoup de boulot au Porge. »
Ce que révèle en réalité cette situation, c'est la conséquence catastrophique de plusieurs années de casse des services publics, menée par la macronie au nom d'une politique austéritaire pleinement assumée. Le 21 février 2024, Gabriel Attal, alors Premier ministre, avait signé un décret annulant dix milliards d'euros de dépenses publiques dans plusieurs domaines, dont près de 53 millions d'euros de dépenses prévues dans la sécurité civile. Cette coupe a contraint la DGSCGC (Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises) à renoncer à la commande de deux Canadair supplémentaires, des moyens qui, quelques étés plus tard, auraient pu faire la différence face aux flammes.
En conséquence, la France ne dispose aujourd'hui que de 12 Canadair, quand elle compte 220 avions de combat, dont 60 encore en commande. Un choix budgétaire qui en dit long sur les priorités de l'État : les crédits alloués à l'armée et à la police ne cessent d'augmenter, pendant que les services publics, eux, continuent de s'effondrer. Cette austérité n'a rien d'une fatalité budgétaire, c'est un choix politique conscient et c'est ce choix qui porte la responsabilité du sacrifice du Porge. Faute de moyens suffisants, les pompiers eux-mêmes se retrouvent contraints d'arbitrer entre les vies et les villages à sauver, sacrifiant parfois des communes entières.
Face à ce constat, la seule issue durable ne viendra pas d'un gouvernement qui a démontré, une fois de plus, son mépris pour les classes populaires et les services publics. Elle passe par les travailleurs et les habitants eux-mêmes, dont cette séquence a montré qu'ils étaient seuls capables de combattre les flammes et d'apporter la solidarité nécessaire aux sinistrés, comme en témoigne l'immense élan de solidarité qui a traversé toute la région.
Face à la crise climatique et à ses conséquences déjà bien réelles, l'issue ne viendra pas d'un simple ajustement budgétaire, mais de l'imposition d'un plan d'urgence placé sous le contrôle des habitants et des travailleurs — à commencer par les pompiers, en première ligne face aux flammes. Cela suppose un plan de refinancement massif des services publics et la nationalisation des assurances, afin de prendre en charge dignement l'ensemble des sinistrés ayant tout perdu dans cet épisode.
En s'organisant collectivement pour faire face à l'État devant la justice, les habitants du Porge tracent une voie face à l'abandon institutionnel. Leur démarche illustre à sa manière que ce sont les travailleurs et la population eux-mêmes qui sont les mieux placés pour décider des moyens à déployer pour protéger leurs vies et leurs biens, plutôt qu'un État qui choisit quels territoires sauver et lesquels laisser brûler.
Crédits photo : Capture d'écran France Info.