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Obsession : le film-sensation sur l'horreur ordinaire du patriarcat

Thu, 30 Jul 2026 23:00:03 CEST

Révolution Permanente

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Obsession, un film d'horreur à petit budget a battu tous les records de box office et a fait de son réalisateur Curry Barker une nouvelle star du cinéma états-unien. Si le film fait aussi peur, c'est aussi parce qu'il résonne avec une expérience de l'oppression patriarcale dans le couple vécue par des millions des femmes.

Le film Obsession est sorti en salle en mai 2026, et est devenu le principal phénomène du cinéma cet été. Il s'agit d'un film d'horreur, interdit aux moins de 16 ans en France, avec un petit budget pour un film hollywoodien et un casting d'acteurs assez peu connus. Autant de facteurs qui ne prédestinaient pas ce film à un tel succès. Mais le film explore de façon fantastique des questions de genre à la fois terribles et banales, comme avant lui Get Out et Us de Jordan Peele utilisaient le genre du cinéma d'horreur pour dénoncer l'oppression raciste. Le film a généré énormément de commentaires et de discussions en ligne en révélant des clivages sur les façons de concevoir les interactions romantiques mais aussi les violences sexistes et sexuelles.

Bear est un jeune homme introverti, un peu perdu et sans objectifs clairs dans la vie, qui voudrait absolument avoir une relation amoureuse avec sa meilleure amie d'enfance, Nikki. Nikki est pour sa part sociable, généreuse et indépendante et veut quitter la ville pour devenir écrivaine. Bear ne sait pas quoi faire pour conquérir Nikki, et se sent absolument incapable de faire part de ses sentiments, même quand elle l'interpelle explicitement à ce sujet. Un jour, il achète un objet magique lui permettant de faire le vœu que Nikki l'aime plus que tout au monde. Elle se transforme alors en un simulacre étrange de la Nikki d'avant, désormais obsédée par Bear, enfermée dans le cauchemar de son désir, au comportement imprévisible, sujette à de brusques changements d'attitude donnant parfois lieu à des résurgences de la « vraie » Nikki.

Tout cela rencontre une relative indifférence, voire une complicité de la part du cercle amical des protagonistes, qui juge toujours plus durement les comportements déviants de Nikki et présume toujours le meilleur de Bear. Cela rejoint les dynamiques de gaslighting (la manipulation d'une femme par la mise en doute de sa parole) et de psychiatrisation des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, souvent selon les plaintes et le récit des auteurs de ces violences.

Finalement, Bear est désarçonné par les comportements déviants et de plus en plus surnaturels de Nikki, mais finit par chercher à profiter de la situation, en commettant viol après viol contre une femme piégée dans son propre corps. Il tente de modifier son vœu, pensant que les symptômes de la Nikki possédée pourraient être liés à une simple erreur de formulation, car il avait demandé qu'elle l'aime plus que tout au monde – alors que tout le propos du film est de présenter Nikki comme prisonnière d'un vœu qui nie son agentivité et son individualité, indépendamment du degré d'amour demandé par le protagoniste. Dans une scène glaçante, Bear appelle le service client de la compagnie qui a créé l'objet magique qui a exaucé son vœu. Il apprend alors que la vraie Nikki est piégée en enfer et souffre énormément, mais cela n'empêchera pas Bear de continuer à utiliser et dominer la Nikki possédée...

La force d'Obsession est non seulement d'être un bon film d'horreur, avec Inde Navarette excellente dans son rôle de Nikki, mais aussi de mettre en scène un registre très large de thématiques liées au sexisme. On peut dresser un parallèle entre le vœu impliquant le rétrécissement du monde de Nikki et les effets du contrôle coercitif dans les violences conjugales. L'attitude de l'entourage de Nikki et de Bear qui ne remarque que le comportement étrange de Nikki fait écho à la force de l'invisibilisation des violences sexistes et sexuelles qui stigmatise les victimes pour les symptômes que ces violences engendrent. Les résurgences et les changements d'attitudes de Nikki possédée évoquent les traumas de viol, qui restent souvent latents et s'expriment par des réactions brusques et apparemment inexplicables.

Mais le fantasme de Bear montre aussi son incapacité de construire des relations autrement que par le contrôle total et déshumanisant de sa partenaire. Il est obsédé par Nikki en ce qu'elle est inaccessible et refuse de voir les autres relations plus saines qu'il pourrait nouer, avec sa collègue Sarah par exemple qu'il commence à poursuivre seulement après s'être senti piégé par la « folie » de Nikki. L'obsession de la Nikki possédée est un reflet de l'obsession de Bear pris dans ses schémas machistes et dans son immaturité relationnelle.

Sans même que Bear se revendique explicitement de mouvances masculinistes, beaucoup de jeunes femmes ont trouvé le film très évocateur de ce qu'elles peuvent vivre dans leurs relations avec des hommes. La misogynie traditionnelle se trouve combinée à la perte d'identités collectives pour des jeunes hommes qui à la fois finissent par attendre énormément des femmes de leur entourage pour compenser leur isolement mais sont incapables de nouer des relations sincères avec elles, et n'hésitent pas à les manipuler voire à recourir à la violence pour obtenir ce qu'ils veulent.

Au contraire, beaucoup d'hommes qui commentent le film sont passés tout à fait à côté du propos du film, s'identifiant par exemple au désarroi de Bear (après tout, le film est raconté de son point de vue et non de sa victime) quand Nikki demande de l'attention de façon déviante parce qu'ils se sentent eux-mêmes piégés par leur petite amie qui leur demande de répondre aux textos, révélant à quel point ils ne se préoccupent pas des besoins de leur partenaire et perçoivent la moindre demande comme une attaque personnelle.

Avec Obsession, il s'agit clairement d'un film qui commente les rapports de genre chez des jeunes adultes à une époque donnée, celle de l'Amérique qui traverse le second mandat de Donald Trump, l'époque d'explosion du masculinisme, des incels et de la crise des opioïdes. Sa force est de faire voir cette réalité dans ce qu'elle a de plus quotidien et de plus banal, de révéler l'horreur ordinaire qui se produit et que est infligée aux femmes dans les relations de couple sous le capitalisme patriarcal.

Crédits image : Capture d'écran Youtube.

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