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Prendre part à la solidarité, défendre les intérêts de notre classe. Billet de Petra Bernus

Wed, 29 Jul 2026 16:05:10 CEST

Révolution Permanente

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Alors que les canicules s'enchaînent, les incendies qui dévastent la Gironde et leurs fumées toxiques représentent un nouveau danger pour la santé des travailleurs. Face au mépris de l'État et du patronat, nous devons opposer une solidarité ouvrière et reprendre la main sur nos conditions de travail. Billet de Petra Bernus, étudiante infirmière, volontaire au parc des expo et militante à Révolution Permanente.

Des lits à perte de vue. Depuis quatre jours, le Parc des Expositions de Bordeaux est devenu le cœur névralgique de la crise sociale provoquée par les méga-feux qui ravagent la Gironde. C'est ici que je suis volontaire, en tant qu'étudiante infirmière, pour participer à l'accueil des sinistrés. Face à une catastrophe d'une telle ampleur, il m'était indispensable d'être présente, d'aider concrètement celles et ceux qui ont tout perdu et d'être sur le terrain, au plus près de la réalité vécue par par la population touchée. Plusieurs milliers de personnes peuvent y être hébergées, dormir sur des lits de fortune et se restaurer grâce à un immense élan de solidarité qui a permis de remplir les stocks de denrées de première nécessité.

Derrière ces chiffres, il y a des familles qui ont dû quitter leur maison dans l'urgence, des personnes âgées, des enfants, des travailleurs qui ne savent pas quand ils pourront rentrer chez eux. En quelques heures, leur quotidien a basculé. Face à cette catastrophe, la solidarité est indispensable. Mais elle ne doit pas faire oublier les responsabilités politiques derrière une crise dont les conséquences sont aggravées par des années d'austérité et de destruction des services publics. C'est particulièrement frappant ici, au Parc des Expositions, où l'élan de solidarité des bénévoles, des associations et des habitants dépasse largement l'action des autorités locales.

Alors que Thomas Cazenave se met aujourd'hui en scène dans la gestion de la crise, il a été l'un des principaux artisans de l'austérité menée par le gouvernement ces dernières années. En tant que ministre délégué des comptes publics, il a coupé 10 milliards d'euros dans le budget de 2024, dont 2 milliards dans le budget du ministère de l'écologie et 52 millions à la sécurité civile qui ont conduit à l'annulation d'une commandes de deux canadairs. En vérité, ce sont avant tout les centaines de bénévoles et de travailleurs qui permettent d'accueillir dignement les sinistrés.

Au-delà des de tous ceux qui ont été évacués, la situation touche des centaines de milliers de travailleurs. Depuis plusieurs jours, en Gironde, on ne respire plus vraiment : on inhale des fumées chargées de particules toxiques. Si, dans les zones évacuées, entre 100 000 et 130 000 salariés se retrouvent en chômage partiel en raison de la fermeture de 13 000 entreprises, dans le reste de la métropole, d'autres sont contraints de continuer à travailler, au péril de leur santé, voire de leur vie.

Ce lundi, la mairie expliquait aux accueils de loisirs que les fumées dégagées par les incendies n'étaient aucunement toxiques. Pourtant, ces fumées n'ont rien d'un simple désagrément olfactif que l'on pourrait balayer d'un revers de main. Un rapport de l'Anses, publié le 20 juillet, le confirme noir sur blanc : elles contiennent des particules fines, du monoxyde de carbone, des composés organiques volatils et des hydrocarbures cancérogènes, un cocktail capable de s'infiltrer jusqu'aux alvéoles pulmonaires avant de passer directement dans le sang.

Après les incendies de 2022, les passages aux urgences pour des crises d'asthme avaient explosé dans les semaines qui avaient suivi, et pas seulement chez les personnes souffrant déjà de pathologies respiratoires : des personnes en parfaite santé s'étaient soudain retrouvées à suffoquer. Et le même scénario semble se répéter. Hier, une femme de 26 ans, sans antécédents médicaux, me racontait avoir dû se rendre aux urgences après une crise d'asthme provoquée par les fumées.

Même les pompiers, pourtant en première ligne et censés être les mieux équipés, dénoncent l'insuffisance de leur protection. « On nous envoie au charbon. Il faut nous donner des moyens pour nous protéger : on a les camions, sauf que, pour respirer, on a des cagoules qui ne sont même pas au niveau d'un FFP1 », témoignait un représentant de la CFDT Pompiers. Quand celles et ceux dont le métier est de nous protéger du feu ne sont pas eux-mêmes protégés des gaz toxiques qu'ils respirent, on mesure l'ampleur du mépris et du sous-investissement dans les moyens de protection.

Et la trêve n'est même pas pour bientôt. Une quatrième vague de canicule débute cette semaine, avec des températures qui pourraient dépasser 40 degrés sur les trois quarts du pays. Les trois vagues de chaleur que nous avons connues cette année ont déjà éprouvé nos corps et le système de santé, sans compter que c'est cette même sécheresse qui a nourri les flammes actuelles. Rien que la dernière aurait fait près de 6000 morts entre le 17 juin et le 2 juillet. Pour la majorité des travailleurs des zones épargnées par l'évacuation, cette nouvelle canicule viendra simplement s'ajouter aux fumées : mêmes cadences, mêmes horaires, et toujours une poignée de masques en guise de plan de protection.

Personne ne viendra nous protéger à notre place, ni l'État ni le patronat, dont toutes les décisions prises ces derniers jours visent avant tout à préserver leurs profits. Face à cette double peine imposée aux travailleurs, c'est à nous de nous organiser sur nos lieux de travail, en assemblées, pour imposer les mesures nécessaires à notre protection, y compris l'arrêt de l'activité lorsque les conditions l'exigent avec, partout, la garanti d'un maintien des salaires.

Dans l'élan de solidarité globale que provoque cette catastrophe, cette perspective n'est pas à perdre de vue. Elle ne doit pas cacher ceux qui portent une lourde responsabilité dans la catastrophe actuelle. Elle doit s'organiser en toute indépendance de l'État et du patronat, en dénonçant la responsabilité de ces gouvernements pompiers-pyromanes qui détruisent les services publics et les moyens de prévention avant de prétendre gérer les conséquences de leurs propres politiques.

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