Feux de forêt dans la péninsule ibérique : un crime social face à la crise climatique !
Tue, 28 Jul 2026 12:23:33 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFace à la vague d'incendies qui ravage la péninsule ibérique, le CRT, l'organisation soeur de Révolution Permanente en Espagne, défend un plan d'urgence fondé sur le renforcement des services publics et la fin de la sous-traitance, sous contrôle des travailleurs et de la population.

Nous relayons la déclaration du Courant Révolutionnaire des Travailleurs, organisation sœur de Révolution Permanente dans l'État espagnol, initialement parue dans les colonnes d'Izquierda Diario, le 25 juillet.
La vague d'incendies qui ravage la péninsule ibérique, avec une intensité particulière dans la Communauté de Madrid et à Ávila, n'est pas une catastrophe naturelle inévitable, mais le résultat d'une crise climatique aggravée par des décennies de politiques au service des intérêts du patronat. Du manque de moyens à la précarisation des pompiers des forêts en passant par l'abandon de la prévention, les gouvernements d'Ayuso et du PSOE-Sumar sont responsables d'un modèle qui privilégie les profits du capital au détriment de la protection de la vie et des territoires. Avec le CRT, nous défendons un plan d'urgence fondé sur l'investissement dans les services publics, la fin de la sous-traitance et le contrôle démocratique des travailleurs, des scientifiques et des habitants des zones touchées pour affronter les incendies et avancer vers une planification sociale face à la logique du capitalisme.
Crise climatique et réchauffement planétaire
Le réchauffement progressif de la planète fait que, d'année en année, le record du nombre d'incendies est battu. Les incendies ont déjà ravagé plus de 131 000 hectares cet été. À titre de comparaison, en 2025, environ 26 000 hectares avaient brûlé ; aujourd'hui, nous dépassons cinq fois ce chiffre. Il en va de même pour les incendies : alors qu'en 2025, on comptait 7 grands incendies, on en dénombre aujourd'hui 32. Il s'agit sans aucun doute d'une catastrophe climatique majeure, qui affecte les écosystèmes, la flore, la faune et la population, avec près de 90 000 personnes déjà déplacées en raison de la progression des incendies. Avant même la fin de l'été, la Communauté de Madrid est confrontée à la pire vague d'incendies de son histoire récente.
Les trois grands foyers déclarés dans la Sierra Oeste ont fusionné pour former un incendie d'une ampleur considérable qui a déjà ravagé environ 35 000 hectares, contraint quelques 20 000 personnes à évacuer et touché, entre évacuations et confinements, plus de 60 000 habitants. Pendant ce temps, dans tout le pays, l'urgence climatique a déjà causé 2 680 décès attribuables aux fortes chaleurs depuis le 15 mai.
Dix ans après l'accord de Paris, l'augmentation de 1,5 °C du réchauffement climatique par rapport aux niveaux préindustriels est devenue une réalité et ses conséquences se font déjà sentir : les incendies de grande ampleur deviennent la norme. En raison de la détérioration de la couche d'ozone et des rejets de gaz des grandes industries dans l'atmosphère de la planète, les incendies deviennent plus fréquents, plus rapides et plus intenses. Ce mois-ci, la température en Espagne a augmenté de 3,3 °C par rapport à la normale. Pendant ce temps, le lobby extractiviste du pétrole et du gaz continue de faire des affaires.
Nous sommes face à un crime social et non à une catastrophe naturelle
Ce scénario et les ravages subis par la Communauté de Madrid ne peuvent être présentés comme un phénomène inévitable provoqué par les températures élevées. Il est vrai que la crise climatique fait grimper les températures, prolonge les sécheresses et génère des incendies de plus en plus rapides et incontrôlables. Mais le fait que ces phénomènes se transforment en tragédies humaines d'une telle ampleur est le résultat de décisions politiques concrètes.
Face à la situation particulière qui règne à Madrid et à Ávila, les gouvernements de droite, à l'instar de celui d'Isabel Díaz Ayuso, cherchent hypocritement à montrer qu'ils sont à l'avant-poste de la gestion de l'urgence, alors qu'ils ne cessent depuis des années de réduire les budgets des services publics, de les privatiser et de dégrader les conditions de travail. Les pompiers madrilènes des forêts dénoncent eux-mêmes depuis des années l'insuffisance des effectifs, le caractère temporaire des contrats, la précarité salariale, le manque d'investissement dans la prévention tout au long de l'année et l'externalisation d'une grande partie du dispositif. Alors que les incendies s'aggravent, la Communauté de Madrid réagit même par des procédures disciplinaires et des menaces à l'encontre de ceux qui ont dénoncé publiquement ces lacunes et se sont proposés d'intervenir pour lutter contre le feu.
Mais la responsabilité n'incombe pas uniquement au gouvernement régional. Celui du gouvernement central, formé par le PSOE et Sumar, ne peut pas non plus cacher ses responsabilités. Pendant des années, il a maintenu un modèle fondé sur la sous-traitance, la précarisation des pompiers des forêts, la coordination insuffisante entre les administrations et la subordination de la politique climatique aux intérêts des grandes entreprises énergétiques, des groupes de construction et des fonds d'investissement. Alors que des milliards sont consacrés au réarmement militaire, la prévention des incendies de forêt, l'adaptation au changement climatique et les services publics sont soumis à l'austérité.
La crise climatique ne surgit pas de nulle part. Elle est la conséquence directe d'un modèle économique fondé sur la recherche du profit, la consommation massive de combustibles fossiles, la destruction des écosystèmes et l'aménagement du territoire au service de la spéculation. Les grandes entreprises de l'énergie, de la construction et du secteur financier continuent d'engranger des bénéfices extraordinaires tandis que la population subit les conséquences : des quartiers étouffés par la chaleur, des villages évacués, des logements détruits et des travailleurs contraints d'exercer leur métier dans des conditions de plus en plus dangereuses.
Les pompiers des forêts dénoncent depuis des années ce qui apparaît aujourd'hui comme une évidence pour l'ensemble de la population. Il ne peut y avoir de politique efficace de lutte contre les incendies avec des travailleurs embauchés uniquement pendant la campagne estivale, des salaires gelés depuis plus de quinze ans, des effectifs insuffisants et des services fragmentés entre différentes entreprises et administrations. La prévention ne peut pas commencer au moment de l'apparition du premier incendie, mais elle doit avoir lieu tout au long de l'année, grâce à des travaux forestiers, au débroussaillage, à la surveillance à l'aménagement du territoire et à la stabilité de l'emploi pour ceux qui effectuent ces tâches.
C'est pourquoi nous rejetons le discours officiel qui présente ces incendies comme un malheur inévitable. Ils ne sont pas inévitables. L'ampleur de la catastrophe est le résultat d'un modèle politique et économique qui privilégie les profits du patronat au détriment de la protection de la vie et des territoires.
Face à cette situation d'urgence, nous défendons un programme de lutte
Nous exigeons comme mesures immédiates :
• La mise à disposition immédiate de tous les moyens nécessaires pour éteindre les incendies, en réquisitionnant si nécessaire les moyens des entreprises privées, selon les modalités définies par les travailleurs.
• Des ressources sanitaires suffisantes et la distribution gratuite de masques FFP2 à l'ensemble de la population exposée à la fumée, en donnant la priorité aux personnes âgées, aux mineurs et aux populations vulnérables.
• La garantie d'un hébergement décent pendant les évacuations. Ainsi que la reconstruction des logements et leur remise en état complète pour toutes les familles touchées, financées intégralement par des fonds publics.
• Des congés rémunérés pour tous les travailleurs résidant dans les zones touchées.
• L'application effective et immédiate de la loi fondamentale n° 5/2024 relative aux pompiers des forêts dans toutes les communautés autonomes : catégorie professionnelle unique, reconnaissance pleine et entière, primes de risque et contrats à l'année.
• Augmentation salariale indexée sur l'IPC (indice des prix à la consommation) pour les pompiers des forêts, ainsi qu'un investissement urgent pour le renouvellement et la modernisation de tous les équipements (véhicules, camions et outils).
• Retrait immédiat de toute procédure disciplinaire ou menace judiciaire à l'encontre des pompiers de l'INFOMA qui ont dénoncé le manque de moyens et se sont proposés de venir aider la lutte contre les incendies.
Mais ces revendications ne peuvent se limiter à la gestion des conséquences. Il est indispensable de transformer en profondeur le modèle de prévention et de gestion du territoire, avec :
• La suppression immédiate de l'externalisation et de la sous-traitance en matière de prévention et de lutte contre les incendies. Il faut des effectifs publics, stables et placés sous le contrôle démocratique des travailleurs.
• La réaffectation des milliards destinés au réarmement militaire vers la prévention des incendies, la gestion forestière, la protection civile, la santé publique et l'adaptation à la crise climatique.
• Une enquête publique et indépendante sur l'état des infrastructures électriques et sur tous les facteurs de risque potentiels, qui ne soit pas confiée aux entreprises qui sont elles-mêmes chargées de leur entretien.
• La mise en place de comités d'urgence composés de pompiers, de personnels scientifiques, de travailleurs forestiers, des organisations écologistes et des habitants des zones touchées, qui soient dotés d'un réel pouvoir de décision en matière de prévention, d'aménagement du territoire et de réponse aux situations d'urgence.
Mais même ces mesures s'avéreront insuffisantes tant que le territoire restera soumis à la logique du profit. Si nous voulons lutter de front contre le changement climatique et les catastrophes engendrées par le capitalisme, nous devons viser l'expropriation des grands groupes économiques qui contrôlent des secteurs stratégiques comme l'énergie, les infrastructures, le secteur bancaire et les grandes entreprises liées à la gestion du territoire, afin de les nationaliser sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière.
Ce n'est qu'ainsi qu'il sera possible de planifier rationnellement les ressources, de privilégier la prévention plutôt que la spéculation, de protéger les écosystèmes et d'orienter l'ensemble de l'économie vers la satisfaction des besoins sociaux et environnementaux, plutôt que de garantir les profits d'une minorité.
Les incendies qui ravagent aujourd'hui Madrid constituent un avertissement sur l'avenir du capitalisme en période de crise climatique. Le choix est clair : continuer à laisser nos vies et notre environnement entre les mains de ceux qui les exploitent ou construire, à partir de l'organisation de la classe ouvrière et de l'ensemble des secteurs populaires, une alternative capable de faire passer la vie, l'environnement et les besoins sociaux avant les profits du capital.