Pénurie de testostérone Besins : un médicament essentiel sacrifié sur l'autel de la rentabilité
Tue, 28 Jul 2026 17:23:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes hormones sexuelles font partie des médicaments régulièrement en pénurie, comme de nombreuses molécules essentielles dont la production est jugée insuffisamment rentable par les laboratoires pharmaceutiques. Aujourd'hui, c'est la testostérone Besins, une des seules remboursées par la Sécurité sociale, qui est devenue presque introuvable en pharmacie.

Depuis plusieurs mois déjà la testostérone Besins, commercialisée en France et remboursée par la Sécurité sociale depuis un an et demi est pratiquement introuvable. Cette pénurie fait suite aux fréquentes pénuries de l'Androtardyl, une autre forme de testostérone, remboursée depuis plus longtemps. Il s'agit de deux préparations injectables et ce sont, à l'heure actuelle, les seules formes de testostérone prises en charge par l'Assurance maladie.
L'arrivée en France de la testostérone Besins, dont les injections sont nettement plus espacées, était présentée par les pouvoirs publics comme une barrière contre de futures ruptures d'approvisionnement.
Seulement voilà : les mêmes causes produisent les mêmes effets. La testostérone n'est pas une molécule sous brevet, sa commercialisation rapporte peu aux laboratoires pharmaceutiques, qui se fixent des objectifs de production minimaux sans tenir compte des besoins de la population, ni même d'éventuelles perturbations sur les chaînes de production.
Si la situation est particulièrement marquée pour la testostérone, ces logiques marchandes avaient également conduit Novartis à cesser la commercialisation de patchs d'oestradiol transdermiques à haut dosage, distribués moins largement que les patchs à faible dosage, fréquemment utilisés pour traiter les symptômes de la ménopause.
En réalité, ces pénuries sont généralisées et concernent toutes classes de médicaments, et très souvent des médicaments essentiels. Anti-cancéreux, anti-rétroviraux, psychotropes, antibiotiques… Dès lors qu'une molécule est jugée peu rentable, l'industrie pharmaceutique privilégie une production à flux tendus, au risque de produire des ruptures d'approvisionnement à répétition.
Cette logique s'est généralisée dans l'industrie pharmaceutique et les pénuries de médicaments se multiplient depuis les années 2010, comme le dénoncent les travailleurs de Sanofi organisés au sein du collectif Anti-sanofric.
Concernant la situation actuelle, ce sont les personnes qui ne produisent naturellement pas assez de testostérone, ainsi que les personnes transmasculines, qui sont impactées dans la prise de leur traitement.
Selon les témoignages, cette situation peut donner lieu à des mauvais conseils de soignants ou de pharmaciens, qui peuvent recommander des passages à l'Androtardyl sans toujours prendre en compte les différences de posologie entre les deux spécialités faute de formation adéquate, ou encore des ruptures de traitement.
Or, un déficit en hormones sexuelles a des conséquences à court terme sur la stabilité de l'humeur, et peut, à moyen ou long terme, causer de l'ostéoporose, des démences, une fonte musculaire dangereuse, y compris du muscle cardiaque.
Ces conséquences exposent directement les personnes ne produisant naturellement aucune hormone sexuelle. Mais, même dans le cas de personnes trans non opérées, la reprise de la production naturelle d'hormones sexuelles nécessite au minimum plusieurs semaines. Des ruptures répétées de traitement risquent donc d'avoir des effets durables sur leur état de santé.
La pénurie se maintient dans le silence, et leur fréquence est aussi à replacer dans un contexte de transphobie structurelle, où les besoins des personnes trans pèsent encore moins face aux intérêts financiers des firmes pharmaceutiques.
Dès la première grande pénurie d'Androtardyl en 2019, l'ANSM avait recommandé aux pharmaciens de ne plus délivrer ce médicament aux personnes « ne souffrant pas d'un hypogonadisme sévère ». Une distinction impossible à établir à la seule lecture d'une ordonnance, mais qui encourage de fait certains pharmaciens à refuser la délivrance de testostérone dès qu'ils pensent avoir affaire à une personne trans.
Il est donc urgent de soustraire la production des médicaments aux logiques de profit. Les firmes pharmaceutiques organisent la pénurie d'hormones sexuelles et de nombreux médicaments essentiels déjà dans les pays impérialistes quand ils ne sont pas sous brevet.
A l'inverse, lorsqu'un traitement reste breveté, elles en organisent l'inaccessibilité économique dans les pays dominés, faisant par exemple prospérer la pandémie de VIH alors que les traitements permettant d'empêcher les contaminations et le développement de la maladie existent [1].
En tant que personnes trans, et en tant qu'usagers du système de santé, nous avons tout intérêt à nous battre aux côtés des travailleurs de la santé et de l'industrie pharmaceutique pour imposer une production qui tienne compte des besoins de la population et ne dépende pas des intérêts du patronat.
[1] Rappelons que, alors que les coupes américaines aggravent la crise sanitaire mondiale, Macron a lui aussi choisi de réduire les moyens consacrés à la lutte contre le VIH. Après avoir refusé d'annoncer une nouvelle contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, il a finalement diminué de 60 % la participation française pour la période 2026-2028 au nom des contraintes budgétaires, avant de choisir de priver la lutte contre le VIH/sida de plusieurs millions d'euros de financements en annulant le festival Solidays 2026