Marine Tondelier : le féminisme bourgeois s'invite dans les présidentielles
Tue, 28 Jul 2026 18:26:31 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que Marine Tondelier cherche à s'imposer comme la candidate naturelle des Écologistes pour 2027, dans un contexte de crise profonde de son parti, elle cherche aussi à se construire une image de figure féministe. Mais derrière cette communication se dessine un féminisme bourgeois, punitif et va-t-en-guerre, bien éloigné des intérêts des femmes des classes populaires.

À l'heure où l'échéance présidentielle approche, Marine Tondelier cherche à s'imposer chez les Écologistes comme la candidate naturelle après l'échec de la primaire de la gauche, au prix de tensions internes croissantes. D'un côté, une aile autour de Yannick Jadot prône une alliance avec le Parti socialiste et Raphaël Glucksmann ; de l'autre, une aile autour de Sandrine Rousseau et de la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, défend l'ouverture de discussions avec La France insoumise. Des divisions qui risquent de fracturer le parti, alors qu'une partie des Écologistes a d'ores et déjà fait choisi de mener la campagne aux côtés de La France insoumise
Malgré ces contradictions qui risquent de faire imploser son parti, Marine Tondelier cherche encore à apparaître comme la figure incontournable de l'écologie, mais aussi comme la candidate du féminisme. L'annonce de sa grossesse au printemps, largement saluée comme un geste brisant les tabous autour de la maternité, de la PMA ou des fausses couches, s'inscrivait dans cette séquence et avait d'ailleurs déclenché une flopée de réactions sexistes des plateaux de RMC jusqu'à Fabien Roussel.
Mais au-delà de ces attaques, la vraie question est ailleurs : quel féminisme Marine Tondelier incarne-t-elle réellement ? Parce que derrière cette image soigneusement construite se dessine un féminisme bourgeois, punitif, va-t-en-guerre et parfaitement compatible avec l'ordre établi, très, très loin des intérêts des femmes des classes populaires.
Un « féminisme » contre les femmes les plus précaires
Dans son nouveau programme pour les présidentielles, le parti des Écologistes érige le fait « d'amplifier la politique féministe » en priorité avec des propositions de mesures autour d'éducation sexuelle et d'accès aux soins reproductifs. « L'égalité réelle entre les femmes et les hommes est une condition de justice, de liberté et de progrès pour toute la société », affirment-ils. Mais derrière ces grandes déclarations, la réalité politique est tout autre. Les Écologistes ont joué un rôle clé dans l'adoption d'un budget marqué par des coupes massives dans les services publics. En s'abstenant, ils ont ainsi permis le passage d'un projet réalisant plus de 3,6 milliards d'euros d'économies dans la santé. Ces coupes frappent en premier lieu les femmes qui assurent l'essentiel du travail de soin, et restreignent l'accès aux soins pour les patientes, dans la continuité des politiques austéritaires qui ont fermé 130 centres d'IVG en 15 ans et 40% des maternités depuis 2000.
Après avoir permis l'adoption du budget Bayrou, qui fragilise toujours plus l'accès à la santé reproductive tout en se revendiquant d'un discours féministe, EELV est également loin d'être exemplaire sur la question de la PMA.
Si Marine Tondelier a proposé des mesures visant à sensibiliser davantage au don de gamètes, elle ne remet aucunement en cause les logiques discriminatoires qui structurent encore l'accès à la PMA, soulignant pourtant que les pénuries actuelles rallongent considérablement les délais « avec encore plus de difficulté pour les personnes racisées ».
La logique est similaire sur la question du logement : interrogée sur les passoires thermiques, Marine Tondelier a validé la possibilité de continuer à louer des logements insalubres, condamnant les plus précaires (majoritairement des femmes) à vivre dans des conditions indignes.
Même sur la question des retraites, Marine Tondelier a défendu une approche qui oppose les enjeux sociaux aux enjeux écologiques. Alors que la réforme des retraites était massivement rejetée par la population, elle affirmait que « la vraie urgence, aujourd'hui, c'est l'urgence climatique », contribuant ainsi à opposer deux combats et à s'opposer en définitive à la lutte de classe.
Ces prises de parole ne sont pas si étonnantes, puisqu'elles s'inscrivent dans l'orientation politique d'un parti profondément bourgeois et institutionnel, Tondelier incarnant, comme l'analyse Frustration Magazine, « la continuité du même, de l'ordre établi, du macronisme sous un autre nom, mais avec la bonne conscience de gauche en prime ».
Un féminisme punitif et sécuritaire
Si Marine Tondelier prétend incarner un féminisme qui parle au nom de toutes, son projet politique va à l'encontre des intérêts des classes populaires. Ainsi, l'orientation répressive du féminisme sauce EELV s'exprime dans la revendication d'une « loi intégrale pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles », alignée sur les positions de la Fondation des femmes qui propose une loi cadre avec un volet préventif mais également un volet répressif qui étend toujours plus l'arsenal judiciaire pour réprimer les VSS. Ce féminisme punitiviste est compatible avec les politiques néolibérales et ne remet jamais en cause les structures profondes d'oppression patriarcale dans le cadre du système capitaliste, se contentant d'en pointer les aspects les plus visibles.
Cette logique s'est encore illustrée après le meurtre de Lyhanna, Tondelier ayant appelé le gouvernement à envoyer un « signal fort » pour mettre fin à « l'impunité », déplorant le manque de magistrats et de procureurs en France par rapport aux 43 autres pays du continent européen. « On est 43e sur 44 », avait-elle déploré. Lors du débat sur la loi « protection des mineurs » portée par le gouvernement et l'extrême droite, c'est aussi le député écologiste Arnaud Bonnet, qui a amendé le texte afin d'y ajouter l'imprescriptibilité des crimes commis contre les mineurs, mesure qui permettra de lancer toujours plus de poursuites mais dont l'utilité est contestée par les militantes féministes.
Des politiques répressives repeintes en vert
Le soutien à l'appareil répressif de l'État de EELV est une constante. À Bordeaux, le maire écologiste Pierre Humic a ainsi donné à la police municipale des « armes de poing » létales. Une mesure tellement sécuritaire qu'elle a été revendiquée par Sarah Knafo, figure du parti d'extrême droite Reconquête, dans sa campagne municipale parisienne de 2026.
On se rappelle aussi le geste grotesque de Marine Tondelier, qui avait déposé des fleurs devant des CRS. Ou encore le tweet indécent publié lors des révoltes après le meurtre de Nahel : « Pensées à tous les élus locaux qui s'apprêtent à vivre une très longue nuit et à toutes celles et ceux qui se mobiliseront pour assurer la sécurité partout en France ». Plus récemment, elle renvoyait dos à dos violences d'extrême droite et militantisme antifasciste après la mort de Quentin Deranque, militant néo-nazi pour lequel les Ecologistes ont tenu une minute de silence avec tous les autres partis à l'Assemblée nationale.
Son agenda sécuritaire va de pair avec des ambiguïtés persistantes sur les questions de racisme et d'islamophobie. Sur le sujet du génocide en Palestine, Marine Tondelier s'est illustrée par exemple par son soutien tardif à l'utilisation du terme « génocide », ou encore son quasi-alignement avec la ligne gouvernementale, en défendant le droit d'Israël à se défendre. Récemment, elle a condamné « la violence politique » des militants pro-Palestine de Grenoble qui ont protesté contre le concert de la DJ signataire de la tribune de soutien à la loi Yadan Barbara Butch.
Plus grave encore, en 2023 elle avait condamné un rassemblement pour la Palestine en termes suivants : « Je rêve d'un monde où je pourrais manifester pour le peuple palestinien, le peuple israélien et pour la paix sans être amalgamée à des gens qui crient “Allah Akbar”, Place de la République, ce qui est débile et choquant dans le contexte », des propos pour lesquels elle a dû s'excuser.
Le féminisme de Marine Tondelier s'accommode donc très bien de l'impérialisme. Et ce sont bien des femmes qui paient le prix de ces politiques : les femmes les plus précaires, les femmes racisées, les femmes musulmanes ou assimilées comme telles.
Une écologie de guerre aux antipodes du féminisme
Alors oui, quand Tondelier explique vouloir « une écologie des 99% » en reprenant à son compte le terme du « Féminisme des 99% », il s'agit d'une imposture totale. Car si le Manifeste d'un féminisme pour les 99 % a le mérite de s'opposer au féminisme libéral de représentation, à savoir celui qui célèbre l'ascension de quelques femmes au sommet de l'État ou des grandes entreprises sans jamais remettre en cause le système, Tondelier s'inscrit précisément dans cette tradition.
Le féminisme de Tondelier, c'est le féminisme d'Hillary Clinton, de Kamala Harris, dont la candidature, soutenue par Tondelier, a été présentée comme une victoire historique pour les femmes et les personnes racisées alors même qu'elle a construit sa carrière dans l'appareil répressif américain et a soutenu le génocide à Gaza. Un féminisme qui présente le fait que quelques femmes brisent le plafond de verre comme une victoire pour l'ensemble des femmes, alors même qu'elles défendent des politiques d'austérité, de répression et de guerre qui frappent d'abord les femmes des classes populaires.
On rit doucement, alors, quand on l'entend expliquer qu' « après la nuit du 4 août 1789, nous devr[i]ons mettre en place une nuit du 4 août 2027 d'abolition des privilèges climatiques ». Parce qu'aux antipodes d'une ligne politique révolutionnaire, comme le rappelle notamment l'auteur Vincent Rissier, « les défenseurs de la transition et d'un verdissement progressif du capitalisme n'ont jamais été des modérés ou des réalistes, mais des défenseurs radicalisés d'un état de fait qui conduit l'humanité à la catastrophe ».
C'est même peut-être sur cette question que le vernis féministe de Marine Tondelier se fissure le plus nettement. Car derrière son discours écologique, sa ligne politique accompagne bel et bien la militarisation en cours. En se disant ouverte à l'augmentation des budgets militaires ou en défendant une forme d'« écologie de guerre », elle défend une orientation profondément opposé à toute perspective d'émancipation.
Car la guerre implique la défense des intérêts de l'impérialisme français et du patronat, tout en servant de levier pour imposer de nouvelles politiques d'austérité au détriment des plus précaires, en siphonnant les ressources des services publics vers l'armée. Elle renforce aussi les normes de genre patriarcal : aux hommes le front, aux femmes le foyer et la reproduction. Derrière la militarisation, il y a toujours une remise au pas de ces corps, et en premier lieu de ceux des femmes..
Alors Tondelier a beau s'être dite « choquée – comme beaucoup de personnes concernées par les parcours de PMA – par les propos culpabilisants du président de la République sur le réarmement démographique du pays », il y a derrière l'« écologie de guerre » qu'elle défend et sans laquelle EELV prétend qu'aucune « une transition énergétique et écologique » n'est possible dans son Livre vert - une guerre contre toutes les femmes. Et de ce féminisme-là, on n'en veut pas.
Contre le féminisme bourgeois, défendre un féminisme socialiste et révolutionnaire
Face à ce féminisme bourgeois, il ne suffit pas d'opposer un « féminisme des 99 % » qui, malgré ses critiques du néolibéralisme, reste trop souvent arrimé à des perspectives institutionnelles et électoralistes. Il faut défendre un féminisme socialiste et résolument révolutionnaire, ancré dans le mouvement ouvrier, sur la base de l'auto-organisation pour combattre toutes les formes d'exploitation et d'oppression par la lutte des classes. Dans les présidentielles de 2027 qui viennent, cela signifiera refuser de se ranger derrière une candidature bourgeoise qui défend l'ordre établi, qu'importe qu'elle repeinte aux couleurs de l'écologie ou faussement présentée comme une avancée pour les femmes parce qu'elle serait portée par l'une d'elles.
Dans cette élection, les femmes et les minorités de genre ont besoin d'une candidature indépendante des partis institutionnels, capable de porter les intérêts de celles qui font tourner vraiment la société : celles et ceux qui subissent l'exploitation, les bas salaires, l'inflation et les coupes budgétaires, le racisme d'État, les violences patriarcales. Et, avec Révolution Permanente, c'est cette candidature qu'on présente avec Anasse Kazib, pour faire, enfin, entendre la voix de la nouvelle classe ouvrière, avec un programme réellement anticapitaliste et anti-impérialiste - le seul capable de s'attaquer aux racines matérielles de l'oppression patriarcale.