Retour

Billet. Attentat contre la Pride à Berlin : refuser l'instrumentalisation islamophobe et sécuritaire

Mon, 27 Jul 2026 20:20:41 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Alors qu'un nouvel attentat a frappé la communauté LGBTI lors de la Pride de Berlin, l'extrême droite et la classe politique tentent déjà d'utiliser l'émotion pour renforcer leurs politiques islamophobes, racistes et sécuritaires. Face à cette instrumentalisation, nous devons défendre nos manifestations en indépendance de l'État et de ses institutions.

Orlando, Oslo, Bratislava, Colorado Springs, Tbilissi, et désormais, malheureusement, Berlin. Un nouvel attentat a visé la communauté LGBTI, et toute ma solidarité va aux victimes. Mais nous devons aussi dénoncer fermement l'instrumentalisation cynique de cette attaque à des fins islamophobes, racistes et de durcissement sécuritaire.

Ce samedi, une voiture a foncé dans le défilé de la Berlin Pride (Christopher Street Day), tuant une femme et blessant au moins trente personnes. La communauté LGBTI en Allemagne est aujourd'hui traversée par une profonde angoisse quant à son avenir. Le maire de Berlin, Kai Wegner, et le chancelier, Friedrich Merz, ont dénoncé l'attaque. Mais ce gouvernement est-il réellement du côté de la communauté LGBTI ? Ces dernières années, la CDU et ses dirigeants ont multiplié les offensives contre les droits des personnes LGBTI.

Friedrich Merz a notamment soutenu le retrait du drapeau LGBT du Bundestag, estimant que le Parlement allemand « n'est pas un cirque ». Il a également soutenu la décision de Donald Trump de reconnaître légalement qu'il n'existe que deux sexes, une offensive transphobe et patriarcale, et s'est opposé à l'autodétermination des personnes trans en Allemagne. Bref, en réalité, pour la CDU, cet attentat est juste une opportunité de mener une nouvelle offensive sécuritaire au nom de nos droits.

Quant à l'extrême droite d'Alice Weidel et de l'AfD, mais aussi à Marine Le Pen en France, qui instrumentalisent déjà cet attentat à des fins islamophobes, homonationalistes et xénophobes, faut-il rappeler que ce sont les militants d'extrême qui organisent des contre-manifestations pour s'opposer aux Marches des fiertés dans toute l'Allemagne ?

Ces mêmes figures d'extrême droite qui instrumentalisent cyniquement cet attentat aujourd'hui s'attaqueront demain aux droits des enfants et des adultes trans, aux ateliers drag destinés aux enfants, ainsi qu'à l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes LGBTI demandent : « Mais que faisait la police ? » La réponse est simple, mais elle est largement passée sous silence par les médias : le même jour que cette attaque, la police berlinoise tabassait et interpellait des personnes migrantes queer pro-palestiniennes lors de l'Internationalist Queer Pride, la marche des fiertés radicale de Berlin.

Cela illustre une fois de plus que nous ne pouvons pas laisser la protection de nos Prides à la police et à l'État : elle doit relever de nos propres services d'ordre. Rien à attendre de la police, une institution structurellement raciste et sexiste, infestée par l'extrême droite à tous les niveaux, qui réprime nos marches dès lors que nous voulons leur redonner un caractère politique et que nous élevons la voix en solidarité avec le peuple palestinien.

Nos luttes queer seront antiracistes et antifascistes ; nous ne laisserons jamais l'extrême droite les mettre au service de ses campagnes racistes. Pour protéger nos marches et nos événements face à l'extrême droite et à tout type d'attaque, le recours au durcissement sécuritaire est une impasse totale.

Nous devons nous organiser en toute indépendance de l'État et mettre en place des services d'ordre unitaires de nos organisations queer, trans, politiques, associatives et syndicales : c'est la seule réponse qui permettra de protéger nos adelphes !

/ / / / / / / / / /