« Bienvenue en France » : faute de pouvoir payer ses frais, un étudiant étranger risque la rue
Sun, 26 Jul 2026 09:01:20 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe décret raciste, qui impose aux étudiants étrangers de payer presque 4 000 euros l'année de Master, plonge les étudiants dans une précarité extrême. À Aix-Marseille, faute de pouvoir compléter son inscription, un étudiant n'a pas pu déposer son dossier au Crous et risque de se retrouver à la rue.

Depuis le passage en force du décret raciste « Bienvenue en France », les frais d'inscription à l'université pour les étudiants dits « extra-communautaires » passent à 2 850 euros par an pour une licence et à 3 879 euros par an pour un master – soit 16x plus que les étudiants Français et de l'Union européenne). Une politique qui commence déjà à précariser les étudiants.
C'est le cas de Denis*, qui risque de se retrouver à la rue. Faute de pouvoir payer les frais d'inscription exorbitants, il n'a pas pu déposer sa demande de logement auprès du Crous. Or, le service ferme début août et il doit quitter son hébergement actuel à la fin du mois.
Denis* est arrivé à Aix-Marseille Université l'an dernier en L3 en payant 724 euros, car la présidence n'a pas attendu Macron pour imposer une hausse des frais d'inscription dès la rentrée 2025. Cette année, puisqu'il passe en Master, l'université lui impose 3 950 euros, somme colossale. Malgré ses propositions de payer en plusieurs tranches, l'administration a initialement refusé quelconque aménagement.
Il nous relaie : « La préfecture me demande mon certificat de scolarité, et j'en ai besoin pour un logement CROUS [...] Je n'ai jamais voulu me retrouver dans une situation d'irrégularité, mais je suis bloqué indépendamment de ma volonté. » Il s'inquiète non seulement de pouvoir poursuivre ses études, mais aussi de se retrouver à la rue en situation irrégulière, ou dans l'obligation de quitter le pays.
Cette loi mène une politique de tri raciste qui cible avant tout les étudiants venant de pays semi-coloniaux, et s'inscrit dans le projet néolibéral de la casse des universités au profit du patronat sous Macron.
Si ce n'est pas la direction d'amU qui fait la loi, elle se fait depuis longtemps le relais des politiques nationales de tri raciste. Malgré les prises de position du président Eric Berton, allant jusqu'à s'indigner publiquement de la loi immigration, cela fait des années que sous sa présidence, la fac multiplie les attaques contre les étudiants : censure autour de la Palestine, suppressions de places, partenariats avec l'armée mais aussi l'application des frais différenciés des l'an dernier, alors que l'exonération générale était encore légalement possible, avant le nouveau décret.
Pourtant, dans un communiqué hypocrite à la suite du décret, le dirigeant d'amU affirme que « amU s'est toujours opposée au principe de la non-exonération » de même que « l'excellence de nos universités se construit avec les étudiants internationaux ». Il ne propose aucun soutien tangible aux étudiants jetés dans la précarité par ces mesures, uniquement des platitudes tout en abandonnant les concernés à leur sort.
Ce n'est qu'après un début de pression de la part des organisations étudiantes que l'administration a accepté d'exonérer l'étudiant à hauteur de 75%, le permettant de débloquer son certificat après avoir payé 988 euros. Une somme qui reste quatre fois plus chère que celle des étudiants nationaux. Si cela lui permet d'éviter de tomber dans une situation irrégulière, trouver un logement reste une urgence, compliqué par le fait d'avoir dû attendre son certificat aussi longtemps et débourser une telle somme. Dans le cas échéant, il sera contraint de quitter le pays même en ayant réglé ses frais d'inscription.
Ainsi, l'exonération de Denis* semble être avant tout une concession temporaire faite de manière officieuse afin d'éviter la responsabilité de la précarité de l'étudiant. Pourtant, rien n'empêche que d'autres étudiants se retrouvent dans cette même situation. À l'heure actuelle, d'après le site d'amU, les exonérations ne seront que appliqués à partir de… décembre, la somme intégrale étant réglée auparavant, et étudiées au cas par cas « dans la limite du contingent règlementaire applicable ».
Et quelle est cette limite ? Concrètement, selon le décret gouvernemental, l'exonération est plafonnée à 75% du montant initial (ce qui impose donc les frais tout de même 4x plus élevés qu'un étudiant français ou européen) et est limitée à une minorité des étudiants étrangers. Cette année, cette limite est de 30%, et sera baissée à 25% à la rentrée 2027-2028, chiffre qui continuera certainement de baisser dans un système capitaliste en crise qui accélère l'austérité d'année en année. Entre-temps, la direction joue un rôle d'arbitre de la misère qui jugera si les conditions des étudiants sont suffisamment lamentables pour mériter une exonération.
Si la modification dernière minute dans le cas de Denis* montre que l'action syndicale étudiante peut peser, elle doit être accompagnée d'une mobilisation plus large pour permettre qu'aucun étudiant ne soit isolé face à leur situation. Il est donc nécessaire de construire un mouvement en lien avec les étudiants concernés afin de garantir une exonération totale pour tous les étudiants étrangers, ainsi que l'abrogation totale de Bienvenue en France et de la suppression des APL. Pour témoigner de ta situation, être accompagné dans les démarches pour l'exonération, et te mobiliser contre Bienvenue en France, contacte Le Poing Levé !