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Incendies en Gironde : 220 000 évacués et 42 000 hectares brûlés, il faut un plan d'urgence ouvrier

Sun, 26 Jul 2026 13:24:17 CEST

Révolution Permanente

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Après cinq jours d'incendies hors de contrôle, la Gironde compte déjà 42 000 hectares brûlés et 220 000 évacués, et le feu menace désormais les abords de la métropole bordelaise. Derrière la sécheresse, c'est bien l'État et les politiques du gouvernement qui nourrissent le désastre.

Depuis mercredi, la Gironde est touchée par des feux de forêt d'une violence inédite. Les principaux foyers se situent à Saumos, au nord du bassin d'Arcachon, d'où l'incendie s'est propagé vers Le Porge puis jusqu'aux abords de Lège-Cap-Ferret, entraînant l'évacuation de la presqu'île. Selon le procureur de Bordeaux, l'origine du sinistre serait « humaine mais accidentelle », une opération de débroussaillage menée pour le compte d'Enedis à proximité de lignes électriques étant pointée du doigt, dans un contexte de sécheresse extrême qui a immédiatement transformé une simple étincelle en brasier incontrôlable.

Selon le dernier bilan de la préfecture de Gironde, à 4 heures ce dimanche 26 juillet, 42 000 hectares étaient partis en fumée. Dans la nuit, de nouvelles communes situées au sud-est du Bassin ou proches de la métropole ont été évacuées — Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios et Cestas — soit 55 000 personnes supplémentaires. Ce sont désormais 220 000 personnes au total qui ont dû quitter leur logement, l'une des plus grandes évacuations jamais organisées en France à la suite d'incendies. Dans l'après-midi de vendredi, 27 sapeurs-pompiers blessés ont été pris en charge, tandis qu'une quarantaine de maisons ont été détruites à Lège-Cap-Ferret et plus de 140 sur toute la surface touchée par les flammes. Face à l'ampleur du sinistre, près de 1 000 pompiers ont dû être déployés sur le terrain, un chiffre qui n'a cessé de grimper heure après heure à mesure que le feu s'étendait.

Sur le terrain, les pompiers décrivent une lutte à armes inégales face aux flammes. « On est impuissants, complètement impuissants. Il va trop vite, le vent ne nous aide pas et la végétation est totalement sèche », confie l'un d'eux dans un reportage de France 3 d'une voix éraillée par la fumée et la fatigue.

Un scénario pire qu'en 2022

La comparaison avec les incendies historiques de l'été 2022, partis de La Teste-de-Buch et qui avaient ravagé près de 30 000 hectares, s'impose dans toutes les analyses. Mais les projections sont cette fois encore plus pessimistes. « Nous sommes confrontés à un incendie hors normes, dans des conditions pires qu'en 2022. Notre massif est dans un état de sécheresse beaucoup plus important », alertait ce vendredi 24 juillet Marc Vermeulen, contrôleur général des sapeurs-pompiers de la Gironde.

Interrogé par France 3, Bruno Lafon, président de l'Association de défense des forêts contre les incendies (DFCI) en Aquitaine et maire de Biganos, sur le bassin d'Arcachon, partage le même constat : « Au lancement de la saison des feux de forêt, le 3 juillet, j'avais dit que nous étions dans une situation explosive, avec du vent et une sécheresse plus importants qu'en 2022, alors que nous n'étions qu'au début du mois de juillet ». Selon lui, les conditions météorologiques des dernières semaines ont considérablement aggravé le risque : « La troisième canicule a été terrible pour nous et pour le massif forestier, avec des températures élevées en permanence ». A cela s'ajoutent des vents changeants qui compliquent la tâche des pompiers ainsi que leurs prévisions, notamment pour définir les pare-feux. « Nous avons un feu qui est devenu un monstre. Il va partout, se crée son propre vent », explique encore Bruno Lafon.

Une catastrophe climatique et un État « pompier-pyromane »

« Ça fait quatre ans qu'on s'y attendait », confie au Monde un habitant de 86 ans de la presqu'île du Cap-Ferret. Le scénario était connu. Depuis des années, scientifiques, pompiers, élus locaux et acteurs de la forêt alertent sur l'aggravation du risque d'incendie sous l'effet du changement climatique et sur le manque de moyens consacrés à la prévention et à la lutte contre les feux. Si la sécheresse alimente aujourd'hui les flammes, la gestion de l'État est criminelle dans le sens où elle a ignoré les alertes tout en menant un rôle actif dans la casse des services de prévention et de lutte contre les incendies, désormais privés des moyens nécessaires pour faire face à la situation.

Sur le terrain, les pompiers pointent eux aussi ce manque de moyens. « Il y a un sentiment de colère dans les troupes au sol. Comment on n'a pas pu mettre les moyens avant ? On a l'impression de réagir toujours en retard. Ça fait des années qu'on dit que le système de sécurité civile craque », dénonce Bruno Ménard, secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires. Sandy Leroy, déléguée CGT du SDIS des Landes, dénonce quant à elle, au sujet de la mort des deux pompiers à Mérignac, qu'« à chaque fois qu'il y a des morts, il y a des hommages, mais [que] le problème de fond des moyens n'est pas traité. »

Face à ce constat accablant, le gouvernement préfère mettre en avant la responsabilité individuelle pour masquer la sienne, en préparant une surenchère répressive contre les auteurs de feux. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a ainsi déclaré hier soir sur le plateau de TF1 que « les procureurs de la République, comme celui de Gironde, vont durcir les sanctions et poursuivre les auteurs. »

En insistant sur l'origine humaine du départ de feu ou en appelant les habitants à la prudence, le ministre déplace le problème pour mieux cacher le désengagement organisé de l'État. Cette stratégie de responsabilisation individuelle vise à masquer des années de politiques austéritaires qui ont réduit les moyens consacrés à la prévention des feux de forêt et au renouvellement de la flotte aérienne de lutte contre les incendies : en 2024, le budget du gouvernement Attal avait ainsi annulé la construction de deux Canadair supplémentaires.

Dans le même temps, l'État avance à marche forcée dans la militarisation. Le projet de loi de finances 2026, qui ne dégage que 209 millions d'euros pour deux bombardiers d'eau supplémentaires livrables entre fin 2032 et 2033, prévoit en même temps la commande de 60 Rafale supplémentaires et 11,7 milliards d'euros comme décrit dans la dernière version de la Loi de programmation militaire. Des milliards pour les avions de chasse, des miettes pour les avions qui éteignent les feux, tel est le visage de la militarisation et de l'austérité.

Le scandale révèle un problème plus profond, celui du délabrement d'une flotte pourtant essentielle à la lutte contre les incendies. A l'heure actuelle, la France ne dispose que de 12 Canadair, et ils sont rarement tous en état de voler : mardi 8 appareils étaient disponibles, vendredi seulement 5. Parmi les indisponibles, l'un a été endommagé lors de l'incendie de la forêt de Fontainebleau, un autre est hors service depuis un accident survenu en mai 2025 en Corse, sa coque ayant été percée en heurtant un haut-fond pendant une manœuvre d'écopage. Grégory Prats, pilote de Canadair interrogé par Franceinfo, dénonce une flotte « vieillissante » et le fait que « l'industriel privé qui s'occupe de la maintenance n'arrive pas à suivre le rythme ». De fait, les réparations se font aujourd'hui à partir de pièces de réemploi qui ne sont tout simplement plus fabriquées, tandis que les brevets encore en vigueur empêchent leur production à plus large échelle, condamnant la flotte à un entretien au jour le jour.

Derrière la question des budgets s'en pose une autre : celle de savoir qui décide de ce qui est produit, pour qui, et selon quels intérêts. Le seul avion amphibie bombardier d'eau au monde est aujourd'hui la propriété d'un groupe privé, le canadien De Havilland, qui a racheté les certificats de type à Bombardier en 2016 et arrêté la production faute de rentabilité suffisante. Il ne l'a relancée qu'en 2022, sous la forme du DHC-515, après une commande groupée de 22 appareils passée par six États européens — dont la France. Quatre ans plus tard, le premier exemplaire n'est toujours pas assemblé, la certification a pris du retard, et l'appareil se négocie entre 35 et 60 millions d'euros l'unité. Autrement dit : les entreprises capitalistes et les gouvernements qui mènent une politique ultra-austéritaire décident tous deux des équipements dont la population et la nature ont pourtant un besoin urgent pour faire face aux catastrophes que la crise climatique aggrave. Alors que la maintenance de la flotte existante est confiée à la sous-traitance et bute sur des pièces devenues introuvables, on assiste aux conséquences habituelles et dramatiques d'une production organisée par et pour le profit.

Il faut organiser la solidarité et imposer un plan d'urgence face à la crise

Face à cette gestion criminelle, il n'y a aucune confiance à avoir envers le gouvernement. Pour répondre à la crise, le mouvement ouvrier aura un rôle central à jouer en portant un programme d'urgence. Dans l'immédiat, il est vital d'organiser la solidarité la plus large possible, par en bas. A l'image de la CGT Energie de Gironde qui a ouvert les locaux de la Caisse mutuelle complémentaire et d'action sociale (CMCAS) de Gironde pour accueillir des jeunes de colonies de vacances évacués en urgence de la zone menacée. Dans le même temps, le groupe de supporters des Girondins, les Ultramarines, a organisé des collectes alimentaires pour les personnes évacuées. Des actions importantes, qui démontrent que ce sont les travailleurs organisés qui peuvent répondre aux besoins de la population.

Mais cet élan de solidarité doit permettre d'imposer des mesures d'urgence effectives, mises en place par les travailleurs et la population eux-mêmes. Il faut dès maintenant un plan d'urgence pour l'ensemble des sinistrés, impliquant l'hébergement digne et pérenne pour toutes les familles évacuées, la prise en charge intégrale des dégâts matériels et psychologiques, sans que les assurances ne puissent se défausser sur les propriétaires les plus modestes.

Un volet sanitaire doit également être garanti. Alors que les fumées toxiques des feux se répandent dans la région, il faut mettre en place un suivi médical gratuit pour les populations exposées, ainsi qu'un accès garanti à des masques FFP2 pour tous. De la même manière, l'ensemble des travailleurs exposés à ces fumées doit pouvoir appliquer un droit de retrait effectif, sans perte de salaire. Cela suppose enfin des moyens massifs et pérennes, et non de simples renforts dans la panique.

Il faut un plan d'embauche massif de pompiers professionnels et un plan de prévention des feux de forêts à la hauteur, financés en prenant sur les profits du patronat et les budgets faramineux de l'armement plutôt que sur le dos des travailleurs. Dans l'immédiat, il faut aussi réquisitionner l'ensemble des avions et hélicoptères privés disponibles — aviation d'affaires, jets des grandes fortunes, appareils agricoles ou touristiques — plutôt que de laisser nos vies dépendre d'une poignée de Canadair en état de voler.

Mais face à l'urgence de la catastrophe actuelle et de celles à venir, on ne peut laisser notre santé et la préservation de la planète entre les mains des capitalistes. « Reconstruire la flotte » ne peut pas se réduire à passer commande à un monopole privé qui livrera, peut-être, en 2033. Comme pendant la pandémie, où la propriété privée des brevets sur les vaccins a organisé la pénurie à l'échelle mondiale, la catastrophe climatique pose la question de l'abrogation des brevets qui ne protègent que les profits des multinationales impérialistes. Il faut exiger la levée des brevets et des certificats de type sur les bombardiers d'eau et leurs pièces détachées, l'ouverture des livres de comptes et des plans de De Havilland et de l'ensemble des entreprises du secteur, et la réquisition sans indemnités ni rachats et sous contrôle des travailleurs des chaînes de l'aéronautique française pour produire et entretenir ici les appareils dont nous avons besoin.

Ce sont les travailleurs et la population qui sont les mieux placés pour décider de ce qu'il faut produire face à l'urgence. C'est tout le sens du contrôle ouvrier sur la production : face à la gestion criminelle de l'État, qui choisit quels territoires sauver et lesquels laisser brûler, et contre des industriels pour qui un avion qui éteint les incendies vaut moins qu'un avion qui les provoque, le mouvement ouvrier doit s'organiser par ses méthodes afin de construire une mobilisation d'ensemble pour imposer un plan d'urgence face aux épisodes de chaleur et aux incendies à répétition.

capture BFM

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