Casse sociale : les grévistes du Samu social occupent leur siège à Paris avec des familles exilées
Sat, 25 Jul 2026 15:56:34 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès s'être mis en grève le 23 juin face à la casse de leur service et de leurs conditions de travail, les travailleurs du 115 ont lancé avec Utopia 56 et de nombreuses familles exilées et sans-abri une occupation devant le siège du Samu Social à Paris.

« L'oreille de la rue et la voix de la violence » : des travailleurs usés par la casse sociale
Les travailleurs du Samu Social parisien sont en grève depuis le 23 juin, pour dénoncer la suppression par leur direction de 1200 places d'hébergement. L'annonce, faite au détour d'un wébinaire, fait en effet totalement fi des alertes répétées des travailleurs sur la situation toujours plus critique des personnes sans-abri, de leur santé et de leur service. Alors qu'ils sont tenus jour après jour de refuser la prise en charge à des personnes extrêmement vulnérables, l'annonce de la direction renforce encore cette logique de tri social. Ainsi, « les victimes de viol en dehors du cadre conjugal ne sont plus prioritaires », nous confirme Eliott*, écoutant au 115. Des situations dramatiques, qui ne sont pas sans rappeler le tri de patients à l'hôpital public, normalisé par la pandémie du Covid-19 et généralisé lors des derniers épisodes caniculaires.
Ce webinaire est révélateur de la situation intenable du dispositif d'hébergement d'urgence pour les personnes sans domicile. Bien que la consigne ait été donnée d'héberger l'ensemble des personnes à la rue durant l'hiver, notamment avec l'activation du plan Grand Froid, aucun moyen supplémentaire n'a été alloué au service. Les crédits ont ainsi été largement consommés, menant à cette annonce dramatique qui menace plus de 1 200 personnes. Cette situation intervient alors même que les vagues de chaleur ont entraîné une augmentation de 122 % des décès en Île-de-France et que les personnes sans-abri figurent parmi les populations les plus exposées aux fortes chaleurs.
Le public et les travailleurs paient ensemble le prix de cette austérité dramatique. Les écoutants du 115 rapportent leur souffrance au travail, les conditions de travail dégradées et les sous-effectifs chroniques. Dans un mail envoyé le 10 juin, la CGT Samu Social 75 signalait l'existence d'un danger « grave et imminent » et des risques psychosociaux importants pour les travailleurs et alertait sur un « risque d'augmentation de détresse aiguë, de passage à l'acte suicidaire chez les personnes hébergées ».
Sur le parvis du Samusocial, une alliance se noue entre les personnes à la rue, les associations et les grévistes du Samu Social de Paris
Dans ce contexte, les grévistes du Samu Social et les militants associatifs d'Utopia 56 ont dépassé le fossé que la direction du 115 creusait entre eux. Depuis le début de la grève – la plus longue de l'histoire du Samu Social – des liens de solidarité importants se sont en effet noués. En témoigne le lancement le 16 juillet d'une occupation par l'association et des dizaines de familles exilées du parvis de l'organisme. Son double objectif ? « Rendre visibles celles et ceux que les politiques publiques abandonnent, exiger une mise à l'abri immédiate pour tous[tes] » et « faire gagner la grève » peut-on lire dans le communiqué de la CGT Samusocial et Utopia 56. Les grévistes eux-mêmes demandent non seulement les moyens nécessaires à leur missions et l'augmentation de leurs salaires, mais surtout le maintien des nuitées hôtelières en cours de suppression au 115, leurs transformations en places pérennes et la mise à l'abri des mineurs isolés.
Temporisation de la direction et mutisme de la Préfecture
Face à la combativité du mouvement lancé depuis le 23 juin, la Préfecture comme la direction du Samu Social jouent la montre en faisant un double pari.
D'une part, elle table sur l'épuisement de la mobilisation dans un Paris caniculaire. Pour tenir l'occupation, les familles restent en effet sur un béton surchauffé, dont la température monte jusqu'à 60 degrés. Le parvis lui-même reste utilisé pour le stationnement de véhicules, qui circulent parmi les barnums. Difficile pour les nombreux enfants en bas âge de jouer et de s'occuper dans de telles conditions. Alors que la Préfecture reste muette, la direction enchaîne des négociations de façade avec les grévistes. La ligne rouge affichée et assumée ? Le refus de toute mesure financièrement coûteuse, si ce n'est une faible prime pour une activité structurellement surchargée.
D'autre part, la direction tente de diviser la mobilisation en séparant l'occupation de la grève. Cependant, les grévistes comme les militants associatifs et les familles refusent une telle disjonction. Tous insistent sur l'unité de cette mobilisation, inédite par la jonction de secteurs habituellement séparés. Des militants se relaient ainsi pour dormir sur les lieux de l'occupation des familles tandis que des grévistes dorment dans les locaux.
La direction, qui expliquait la suppression massive d'hébergements par un manque de moyens, semble finalement avoir assez de budget pour mettre en place un certain nombre de mesures répressives contre la mobilisation. Elle a ainsi recruté une société de sécurité privée pour empêcher l'accès aux étages du bâtiment.
Pour l'heure, la police n'est pas intervenue pour briser l'occupation, alors que la Mairie de Paris est propriétaire du parvis et qu'Emmanuel Grégoire craint sans doute pour son image si il en arrivait là. Mais ce n'est sûrement pas l'envie qui lui manque. Sa prédécesseuse Anne Hidalgo, dont il était l'adjoint de 2018 à 2024, avait pour rappel autorisé la police à intervenir violemment pour expulser l'occupation de la Gaîté Lyrique par des mineurs isolés en mars 2025.
Les seules propositions récentes d'hébergement ont été des orientations en sas régionaux, un dispositif temporaire qui éloigne volontairement les personnes sans-abris et exilées de la capitale tout en limitant leur accès aux services administratifs et nuisant à l'avancée de leurs démarches. Somme toute, la droite continuité de la politique de démantèlement et d'expulsion des campements d'exilés parisiens, systématisée à l'occasion des Jeux Olympiques en 2024. Cette violence est décuplée par la fermeture de nombreux tiers-lieux associatifs parisiens. A deux kilomètres du siège du Samu Social, les Amarres ont dû fermer leurs portes en juillet dernier. Leur accueil de jour assurait des services de première nécessité à près de 300 personnes chque jour.
Soutenons et visibilisons la grève
Face aux tactiques de la direction, grévistes, travailleurs et familles restent combatifs. Ensemble, ils continuent de revendiquer la réouverture immédiate des places ouvertes lors du plan canicule, leur pérennisation, la mise à l'abri immédiate des familles et des personnes isolées, l'annulation de la suppression des places, la mise à l'abri immédiate et systématique des mineurs en recours, des salaires dignes, davantage d'effectifs et de moyens et des conditions de travail à la hauteur de l'urgence sociale.
Grévistes, militants associatifs et familles appellent au soutien pour continuer la mobilisation. Financièrement, une caisse de grève a été ouverte par la CGT Samu Social de Paris. L'organisation logistique du quotidien demande de nombreuses denrées non-périssables, du matériel de première nécessité mais aussi des bénévoles pour préparer les repas ou encore des professionnels de santé pour assurer les premiers soins auprès des familles présentes.
Face à cette situation, la mobilisation rappelle que la lutte contre la misère sociale doit être menée contre ses responsables et ses causes profondes : les saignées budgétaires, le tri social dans la capitale parisienne et les attaques xénophobes de l'État français. Alors que près 2 900 000 logements parisiens sont aujourd'hui inoccupés, seule une réponse par le bas permettra d'imposer un programme pour mettre fin à l'urgence sociale : une hausse massive et immédiate des moyens matériels et humains, le contrôle par les travailleurs, la régularisation inconditionnelle de tous les étrangers et la réquisition des logements vides afin de garantir des logements pérennes.