« Nous resterons là » : les travailleurs occupent des sites de Fibre Excellence contre les licenciements
Fri, 24 Jul 2026 20:36:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFace à une menace de fermeture, les travailleurs de Fibre Excellence occupent les sites de l'entreprise à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône). À quelques jours de la décision du tribunal de commerce, le gouvernement rejette un projet d'offre de reprise.

L'heure de la décision approche. Lundi 27 juillet, le tribunal de commerce de Toulouse doit trancher l'avenir de Fibre Excellence, principal fabricant français de pâte à papier marchande, placé en redressement judiciaire depuis trois mois. 660 salariés des sites de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône) sont menacés de perdre leur emploi, ainsi que 10 000 emplois induits sur toute la filière forêt-bois-papier, du transport et de la maintenance. Derrière ces chiffres, ce sont des travailleurs et leurs familles qui font vivre des territoires entiers, bien au-delà des murs des usines.
Face à cette situation, près d'une centaine de travailleurs se relaient jour et nuit pour occuper l'usine de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), depuis mardi 21 juillet. Des troncs d'arbre et des cuves d'eau barrent l'entrée du site : « L'usine est sous protection », expliquent les travailleurs sous les barnums de la CGT. Depuis leur mobilisation, ils lancent un avertissement : « Si Fibre Excellence est placée en liquidation judiciaire, nous resterons là ». Jeudi 23 juillet, les travailleurs du site de Tarascon ont suivi leur exemple, à l'appel d'une intersyndicale FO-CGT-CFDT.
Le gouvernement accompagne la casse sociale
Cette semaine, l'avenir de l'entreprise a été au centre d'un bras de fer entre le gouvernement et Matthieu Pigasse, porteur d'une offre de reprise soutenue par les salariés. En effet, le 6 juillet dernier, le banquier d'affaires Matthieu Pigasse avait mis sur la table, in extremis, une proposition de rachat de l'entreprise. Une offre qui permettrait de relancer l'entreprise, à travers un projet de reconversion, et de sauver les emplois tout en préparant des attaques contre les salaires et les conditions de travail.
L'offre du banquier prévoit un investissement de 91 millions, répartis entre des acteurs privés et les collectivités territoriales. En complément, le projet de Matthieu Pigasse s'appuie sur l'État : un apport de 190 millions d'euros déjà accepté, auxquels s'ajoutent 110 millions qui font toujours défaut. « Nous avons besoin que l'Etat aide à passer le cap difficile de la reprise, c'est-à-dire à rentrer au capital de Fibre Excellence, comme il a su le faire pour d'autres entreprises » a déclaré Cédric Caubère, secrétaire général de l'UD CGT 31, venu en soutien sur le site de Saint-Gaudens.
Bien que le rapport du cabinet d'expertise juge l'offre « crédible », le gouvernement a choisi de répondre par le mépris. Pour le ministre de l'Industrie Roland Lescure, « le compte n'y est pas », « c'est le tribunal qui tranchera ». Alors que Matthieu Pigasse soutient les candidats de gauche à l'élection présidentielle, le ministre a déclaré qu'« on ne peut pas faire de politique sur le dos des salariés ». Des propos hypocrites qui visent à instrumentaliser les positions politiques du banquier d'affaires, mandaté par Trump pour gérer la restructuration de la dette du Venezuela, pour légitimer les choix budgétaires antisociaux du gouvernement et faire payer aux salariés la crise de l'entreprise. De plus, pendant qu'il laisse des centaines d'emplois et une industrie à l'abandon, le gouvernement investit des milliards dans le budget militaire.
Face à la menace de la fermeture de l'entreprise et l'abandon du gouvernement, les travailleurs de Fibre Excellence ont raison de relever la tête. L'occupation de leurs usines témoigne de leur combativité. Mais face au mépris de l'État et au risque d'une liquidation, le plan de Pigasse apparait comme une solution de moindre mal qui continuera de faire payer aux travailleurs la crise de l'entreprise. En effet, le plan s'accompagnerait d'un gel des salaires pendant trois ans et d'une renégociation des conditions des nouveaux contrats. Une offensive ouverte contre les salaires des travailleurs qui s'inscrit comme une forme de chantage à l'emploi. Malgré la sauvegarde de l'emploi, ces mesures montrent que cette « victoire » s'obtiendrait au prix d'une dégradation des conditions actuelles. Dans un contexte de retour de l'inflation, le gel des salaires pendant trois ans serait synonyme d'énormes pertes de pouvoir d'achat. Les travailleurs n'ont pas à payer ainsi la crise dont les patrons de Fibre Excellence sont à l'origine.
Alors que des centaines de familles sur le territoire sont concernées par cette casse sociale, la mobilisation devrait chercher à s'élargir au-delà des frontières de l'entreprise, à travers la mise en place de comités de soutien sur la ville. Afin de structurer le mouvement à la base, des assemblées générales des travailleurs en lutte doivent décider du plan de bataille à suivre. L'enjeu est d'imposer un rapport de force qui permette d'imposer le maintien de l'emploi, mais aussi d'anticiper une éventuelle fermeture, en cas de liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Toulouse, lundi 27 juillet. Face à la solution de « moindre mal », saluée par la CGT et le PS, les travailleurs de Fibre Excellence doivent continuer de se mobiliser pour qu'il n'y ait aucun licenciement et pour la sauvegarde d'un emploi digne avec le maintien intégral de tous les salaires. Si le patronat et l'Etat sont incapables de sauver l'industrie, il faudra imposer la nationalisation de l'entreprise, sans indemnités ni rachat, sous contrôle des travailleurs.
Crédit photo : Facebook UD CGT 31