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France, Espagne, Algérie : la Méditerranée brûle, les gouvernements sont responsables

Thu, 23 Jul 2026 23:29:55 CEST

Révolution Permanente

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Des dizaines de milliers d'hectares ont brûlé en France, en Espagne, en Italie et en Algérie, faisant plusieurs morts et provoquant des évacuations massives. Alors que le réchauffement climatique et l'austérité aggravent la catastrophe, les gouvernements refusent de renforcer les moyens nécessaires et continuent d'alimenter les causes profondes de la crise.

Des dizaines de milliers d'hectares ravagés, des populations évacuées et plusieurs pompiers morts : depuis le début de l'été, les incendies se multiplient en France et dans tout le bassin méditerranéen. Face à une catastrophe aggravée par le réchauffement climatique et le manque de moyens publics, les gouvernements désignent des responsables individuels et misent sur le marché plutôt que sur un véritable plan d'urgence.

Une crise qui ne faiblit pas en France

Depuis des semaines, des incendies frappent de très nombreux départements français, calcinant plus de 40 000 hectares de forêts et de terres agricoles, un record depuis vingt ans à la mi-juillet, et contraignant plusieurs dizaines de milliers de personnes à évacuer temporairement leur foyer.

Dans la Drôme, l'incendie déclenché par la foudre dans le massif du Justin, au-dessus de Die, a constitué le plus important feu de forêt qu'ait connu le département depuis plusieurs décennies. Dans les Pyrénées-Orientales, l'incendie parti le 4 juillet de Trévillach a calciné 5 000 hectares, touché une trentaine de communes, forcé l'évacuation de plus de 10 000 habitant·es et détruit une cinquantaine de maisons, devenant là aussi le plus important feu qu'ait connu le département depuis cinquante ans.

Plusieurs incendies majeurs se sont également déclarés ces derniers jours. Dans le Var, un feu parti le 21 juillet a parcouru plus de 2 500 hectares et entraîné l'évacuation d'environ 400 personnes, avant d'être « fixé ». En Gironde, près de 3 000 hectares ont déjà été ravagés autour de Saumos et du bassin d'Arcachon, tandis que plus de 20 000 habitant·es et touristes ont dû être évacué·es. Le feu, toujours actif, reste loin d'être maîtrisé. Toujours en Gironde, deux pompiers sont décédés le 21 juillet à Saint-Médard-en-Jalles en luttant contre un autre incendie. Ils rejoignent le sapeur-pompier volontaire de 22 ans mort le 8 juillet en Savoie dans le lourd bilan humain de cette saison.

Le sud de l'Europe aussi durement touché

La catastrophe dépasse largement les frontières françaises. En Sicile, des dizaines d'incendies font rage. Un pompier est mort, tandis qu'une centaine d'habitant·es et 22 patient·es d'une clinique ont dû être évacué·es. Près de 50 feux restaient actifs mercredi soir, mobilisant 6 000 personnes et vingt moyens aériens. Dans la Calabre voisine, plus de 160 incendies ont également été recensés en vingt-quatre heures.

L'Espagne est encore plus durement frappée : près de 123 000 hectares y ont brûlé depuis le début de l'année, soit déjà davantage que la moyenne annuelle enregistrée au cours de la dernière décennie. Le pays a connu 22 grands incendies en 2026, quatre fois plus qu'à la même période l'année précédente.

Dans la province de Guadalajara, à une centaine de kilomètres au nord-est de Madrid, le feu de La Mierla a ravagé plus de 32 000 hectares depuis le 16 juillet. Devenu l'un des plus importants incendies de l'histoire récente du pays, il représente à lui seul plus d'un quart des surfaces brûlées en Espagne cette année. Quelques jours plus tôt, dans la province d'Almería, en Andalousie, treize personnes avaient perdu la vie dans un incendie ayant ravagé 6 600 hectares.

L'Algérie connaît également une vague meurtrière d'incendies : six personnes sont mortes et près de 1 550 départs de feu ont été recensés en douze jours. Dans la wilaya d'Annaba, les flammes ont endommagé près de 150 habitations et entraîné l'évacuation de plus d'une centaine de personnes.

La catastrophe climatique n'est pas locale : elle embrase et asphyxie tout le pourtour méditerranéen.

Les travailleur·euses paient les choix de leurs gouvernements

Face à cette catastrophe généralisée, les gouvernements cherchent pourtant moins à s'attaquer à ses causes qu'à masquer leurs propres responsabilités. À Fontainebleau, Emmanuel Macron a ainsi promis d'être « intraitable contre les négligences et les comportements criminels ». En Gironde, après la mort de deux pompiers, Laurent Nuñez a surtout mis en avant l'interpellation de 128 personnes, présentées comme des « incendiaires présumés ». En Algérie aussi, le pouvoir mise sur la répression pour masquer sa propre responsabilité : quatre personnes accusées d'avoir volontairement déclenché des incendies ont été placées en détention provisoire et leur dossier confié au pôle pénal antiterroriste, concentrant là encore le récit sur quelques « pyromanes présumés ».
Cette réponse policière permet de désigner quelques coupables et de masquer l'essentiel : si une étincelle peut désormais ravager des milliers d'hectares, c'est à cause du dérèglement climatique, de la sécheresse et du démantèlement des moyens de prévention et de secours.

Faire des incendies une simple affaire de responsabilité individuelle revient à blanchir les choix des gouvernements et la responsabilité du mode de production capitaliste.

Les réponses gouvernementales restent elles-mêmes enfermées dans cette logique. En Espagne, le gouvernement a annoncé une ligne de 300 millions d'euros destinée aux PME et aux start-up innovant contre le changement climatique : une nouvelle manière de transformer la catastrophe en marché pour le secteur privé. Ni les promesses d'innovation technologique ni la commande dérisoire et tardive de 6 000 climatiseurs par le gouvernement français ne permettront d'enrayer le réchauffement climatique, de protéger durablement les populations ou de donner aux services de secours les moyens nécessaires.

Face à la catastrophe en cours et à celles qui se préparent, le mouvement ouvrier doit imposer son propre plan d'urgence, un plan ouvrier et populaire pour protéger les populations, les travailleur·euses et les territoires face aux incendies et aux canicules : renforcer massivement les services de prévention et de secours, réquisitionner les moyens privés utiles à la lutte contre les feux, arrêter les activités non essentielles lors des fortes chaleurs et réorienter la production vers les besoins de la population.

Rien de tout cela ne pourra être imposé sans s'affronter à l'État et la bourgeoisie, qui organisent la pénurie des moyens de secours tandis que les budgets militaires explosent. Seul le monde du travail a intérêt à imposer de véritables solutions et dispose de la force nécessaire pour le faire, par les grèves, les manifestations et la construction d'une mobilisation d'ensemble contre le système qui produit ces catastrophes.

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