Franchises médicales : le gouvernement veut prendre 750 millions d'euros dans les poches des plus fragiles
Thu, 23 Jul 2026 23:55:17 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe gouvernement envisage de passer le plafond des franchises médicales de 100€ à 200€ dès cet été, anticipant les difficultés pour imposer un nouveau budget 2027 ultra-austéritaire. L'objectif ? Prendre 750 millions d'euros dans les poches des plus fragiles.

Sébastien Lecornu profite de l'été pour avancer ses nouvelles propositions austéritaires : dans un entretien accordé à Paris Match ce mercredi 22 juillet et consacré au budget 2027, le Premier ministre ouvre la porte à un doublement du plafond des franchises médicales dans le prochain budget. Sous le prétexte habituel de « demander un effort » aux malades, il remet sur la table une mesure déjà proposée par le gouvernement Bayrou il y a tout juste un an. Une petite phrase glissée en plein mois de juillet, mais qui vise concrètement le porte-monnaie de millions de travailleurs. Et sa Ministre de la santé, Stéphanie Rist, n'a guère attendu avant d'annoncer ce jeudi matin sur RMC que le gouvernement pourrait mettre en place cette nouvelle attaque dès cet été par décret.
Concrètement, de quoi parle-t-on ? Les franchises et participations forfaitaires sont ces sommes prélevées directement sur le remboursement des soins : 1 euro par boîte de médicament, 1 euro par acte paramédical (infirmier, kiné, etc.), 4 euros par transport sanitaire, ainsi que 2 euros par consultation médicale, le tout plafonné à 50 euros plus 50 euros par an. Un système déjà durci une première fois en 2024, lorsque le montant unitaire de ces franchises avait été doublé par le gouvernement. Cette fois, c'est le plafond global qui est visé : le gouvernement est prêt à le faire passer de 100 à 200 euros par an, une mesure qui doit permettre de dégager 750 millions d'euros.
En envisageant un passage en force « dès cet été » pour ne pas attendre un budget 2027 qui s'annonce très difficile à faire passer, l'exécutif tente de profiter de la période estivale pour imposer une mesure qu'il sait hautement impopulaire et inflammable. Mais le timing de cette annonce est particulièrement révélateur de la violence de cette nouvelle attaque : alors qu'une canicule meurtrière frappe le pays depuis semaines et a déjà fait des milliers de morts parmi les plus fragiles, elle rappelle avec brutalité à quel point nos hôpitaux, exsangues, sont au bord de la rupture, conséquence directe de décennies de ce type de politiques anti-ouvrières. C'est dans ce contexte que le gouvernement choisit, une fois de plus, de s'attaquer à l'accès aux soins des classes populaires pour financer le réarmement et les cadeaux au patronat.
« Demander un effort aux malades » pour financer la présence militaire française au Moyen-Orient ?
Derrière les fausses justifications technocratique d'un « plafond qui n'a pas évolué depuis 20 ans » de sa Ministre de la santé, Sébastien Lecornu l'a assumé sans détour : il vise les patients qui « achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an » ou qui « vont plus de 25 fois chez le médecin par an ». Autrement dit : les malades chroniques et les plus fragiles d'entre nous.
Pour justifier ce ciblage, Sébastien Lecornu pointe du doigt une prétendue « surconsommation des soins ». Une vieille rengaine des classes dominantes, brandie par le gouvernement pour masquer une politique anti-travailleurs et culpabiliser les malades. Car cette mesure va particulièrement toucher les personnes qui souffrent de maladies chroniques ou lourdes, qu'elles bénéficient d'une reconnaissance d'affection de longue durée (ALD) ou non. Et les personnes qui ont obtenu l'ALD ne bénéficient d'aucune exemption de franchise. Ce sont donc les personnes atteintes de cancers, de maladies psychiques, de diabètes, d'atteintes cardiovasculaires ou encore de maladies inflammatoires auto-immunitaires qui seront sacrifiées pour financer, une fois de plus, les économies budgétaires du gouvernement.
Un chiffre suffit à le démontrer : selon la Cour des comptes elle-même, pourtant pas connue pour ses positions pro-ouvrières, les personnes en ALD payent en moyenne 78 euros de franchises et participations par an, contre 41 euros pour les autres malades. Avec une moyenne à 78€, nul doute que des milliers de personnes proches de 100€ ou à 100€ de franchises payées vont voir leur montant annuel déboursé augmenter, voire doubler directement. Malgré cet écart déjà criant, la Cour des comptes se ressaisit rapidement et juge qu'il ne serait « pas pertinent » d'exempter les malades en ALD du système, au prétexte qu'ils seraient « mieux couverts » par la Sécurité sociale que les autres assurés. Un argument fallacieux, comme on l'a vu encore récemment avec l'exemple récent du remboursement des fauteuils roulants, présenté en grande pompe par le gouvernement, mais dont les plafonds de remboursement, les nombreux suppléments non couverts et le contrôle institutionnel renforcé sur les usagers réduisent considérablement la portée réelle.
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Outre le fait que la Sécurité sociale a renforcé ces dernières années le contrôle et les critères permettant d'obtenir l'ALD, une grande partie des besoins médicaux et para-médicaux des personnes en ALD ne sont déjà pas prises en charge par l'assurance maladie. On pensera par exemple au CBD pour les douleurs chroniques, ou tout ce que la Sécurité sociale désigne comme « médecine douce » (ostéopathe, psychologue, etc.).
Vivre avec une pathologie chronique ou lourde dans un pays où les déserts médicaux ne cessent de s'étendre et les services publics s'effondrent, c'est déjà devoir renoncer à des soins faute de soignant disponible à proximité. Augmenter encore la facture qui pèse sur ces mêmes patients revient à ajouter une double peine à des travailleurs et des classes populaires déjà les plus exposés, socialement et géographiquement, aux ruptures dans le parcours de soin.
De l'argent dans la santé, pas pour l'armée !
Pour ce gouvernement, ce qui mérite réellement d'être financé n'est ni notre santé ni celle de nos proches. La veille de l'annonce de la Ministre de la Santé, Sébastien Lecornu justifiait lui-même la difficulté à réduire le déficit public par le coût de la présence militaire française au Moyen-Orient, évoquant sans ciller le « surcoût de l'activité de nos forces armées dans le Golfe ». Le lendemain, Stéphanie Rist prétend augmenter les franchises « pour continuer à investir dans notre hôpital » et « l'accès aux soins ». Le gouvernement demande aux malades de payer pour continuer à garantir les intérêts impérialistes de la France au Moyen-Orient, tout en prétendant que cet argent ira à l'hôpital public. Seule leur hypocrisie rivalise avec leur cynisme, alors qu'une canicule meurtrière vient de faire des milliers de morts parmi les personnes les plus fragiles. C'est cette même austérité, année après année, qui prive aujourd'hui les travailleurs et les classes populaires des moyens de faire face aux urgences qu'elle contribue elle-même à aggraver.
Face à un gouvernement fragile mais qui persiste à faire payer sa crise aux malades, aux travailleurs et aux plus précaires, il est urgent de reconstruire dès maintenant une riposte d'ampleur, sans attendre la rentrée ni les prochains budgets. Face aux classes dominantes qui s'octroient le droit de choisir qui peut ou ne peut pas se soigner et à quel prix, imposons le droit à la santé pour toutes et tous ! Alors que ces économies sur notre santé et nos soins vont servir à garantir les profits de Total et des autres grandes multinationales françaises, nous devons exiger un investissement massif d'urgence dans le système de santé et pour la gratuité totale des soins, financé directement par les profits du patronat.
Flickr, CD78-N.DUPREY