Calais : les autorités effacent la mémoire des exilés morts à la frontière
Tue, 21 Jul 2026 18:27:59 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn février, le Cap Blanc-Nez, près de Calais, accueillait la pose populaire d'une stèle en mémoire des exilés morts à la frontière franco-britannique - ou plutôt du fait des politiques mortifères qui y sont menées. Récemment, celle-ci a été retirée, signe d'une volonté politique d'effacer la mémoire de l'exil sur le littoral nord de la France.

Courant février 2026 était apparue une stèle au Cap Blanc-Nez, falaise située à une dizaine de kilomètres de la ville de Calais et faisant directement face aux côtes anglaises, sur laquelle on pouvait lire les mots suivants : « Pour toutes les personnes tuées par les frontières / Ni oubli ni pardon / Liberté de circulation pour toustes ».
Témoin de l'absence manifeste d'indifférence d'une partie de la population pour le sort réservé aux exilés à la frontière franco-britannique, celle-ci vient cependant d'être retirée. En effet, comme le relate sur ses réseaux l'association L'Auberge des Migrants, la stèle a été vue pour la dernière fois le 15 juin 2026. Désormais, seuls quatre trous rebouchés dans le béton indiquent sa présence passée.
Si, pour l'heure, aucun des pouvoirs publics du littoral n'a communiqué à ce sujet, il ne fait aucun doute que le retrait de cette stèle correspond à une décision politique. Effectivement, comme le précise là encore L'Auberge des Migrants, la taille conséquente de cette stèle, ainsi que le fait qu'elle était scellée dans le béton, font que seule la mobilisation de moyens institutionnels pouvait permettre de la retirer.
Ce retrait est symptomatique d'une volonté plus large d'invisibiliser le sort des exilés à la frontière. Si on remonte une dizaine d'années en arrière, la mairie de Calais avait opposé une réponse négative et définitive à la demande de pose d'une plaque à la mémoire des exilés disparus au parc Richelieu, lieu même où se tiennent les rassemblements commémoratifs appelés par les militants, activistes et associatifs chaque lendemain d'un nouveau décès, et auxquels, d'ailleurs, aucun représentant des pouvoirs publics n'a jamais assisté. De la sorte, le seul hommage visible aux morts de la frontière se trouve, depuis 2020, sur la façade de l'église Saint-Joseph, qui est un bâtiment appartenant au diocèse.
Non contents d'être les relais d'une externalisation assumée et violente de la frontière britannique, à travers laquelle Londres verse des centaines de millions à Paris à condition que celle-ci obtienne des résultats satisfaisants dans la chasse aux étrangers, les pouvoirs publics du littoral mène ainsi une guerre contre toute manifestation, symbolique ou réelle, de solidarité avec des exilés.
Alors qu'un nouveau Centre de rétention administratif (CRA) (c'est-à-dire une prison pour étrangers) termine de sortir de terre dans les environs de Dunkerque, à Loon-Plage, il n'appartient qu'à nous, c'est-à-dire à la classe ouvrière et à l'ensemble du mouvement social, de faire vivre cette solidarité internationaliste et de classe avec ceux qui fuient d'abord les conséquences de l'impérialisme : liberté de circulation et d'installation pour tous, et régularisation de ceux souhaitant rester ici !