Procès de Rima Hassan : un renvoi qui fragilise davantage les procès-bâillons contre les soutiens de Gaza
Sat, 18 Jul 2026 21:08:50 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe procès de la députée franco-palestinienne Rima Hassan pour « apologie du terrorisme » a été renvoyé mardi 7 juillet par le tribunal de Paris. Une audience qui a une nouvelle fois mis en lumière le rôle des parties civiles dans ces véritables procès-bâillons contre les soutiens de la Palestine.

Mardi 7 juillet à midi, un rassemblement de soutien à la députée franco-palestinienne Rima Hassan s'est tenu devant le tribunal judiciaire de Paris à l'initiative de La France insoumise. Un petit groupe de militantes de l'organisation sioniste Nous Vivrons a d'ailleurs tenté de perturber le rassemblement. L'audience de Rima Hassan, poursuivie pour « apologie du terrorisme » en raison de son soutien à la Palestine, s'est finalement tenue avant d'être renvoyée aux 19 et 20 octobre. Révolution Permanente et le Collectif d'action judiciaire étaient présents lors du rassemblement.
PARIS I « Génocide à Gaza, on ne se taira pas ! »
Début du rassemblement devant le Tribunal de Paris en soutien à Rima Hassan, réprimée pour son soutien à la Palestine. pic.twitter.com/c99CwoVaQr
— Révolution Permanente (@RevPermanente) July 7, 2026
Sur le parvis du tribunal, Anasse Kazib a dénoncé ces procès-bâillons qui visent à réprimer ceux et celles qui dénoncent un génocide : « La relaxe est tout ce que nous méritons face à cette infamie que sont les procès pour apologie du terrorisme. » Il a également appelé à la construction d'un front commun contre « tous ces cas de répression » à l'international tout en insistant sur l'importance de lier cette lutte à la lutte contre le génocide à Gaza : « S'ils répriment avec autant de sévérité, c'est qu'ils veulent faire en sorte que les mobilisations cessent. C'est pour ça qu'ils visent des personnalités publiques, pour faire taire toute la contestation qui existe ici en France »
« On est de nouveau devant le tribunal de Paris pour le procès de Rima Hassan. Cette criminalisation du soutien à la Palestine s'inscrit dans une vague de répression internationale alors que le génocide continue. On exige la relaxe pour Rima et tous les réprimés comme Olivia… pic.twitter.com/P70aSq1lb6
— Révolution Permanente (@RevPermanente) July 7, 2026
En effet, Rima Hassan est bien l'une des personnalités publiques les plus visées par la répression judiciaire depuis octobre 2023. Elle a été victime d'un véritable acharnement judiciaire : pas moins de 16 procédures ont été déclenchées contre elle, dont 13 ont déjà été classées sans suite, sans compter un nombre important de conférences interdites.
La procédure en cours a été déclenché après un signalement du ministre de l'Intérieur, auquel se sont ajoutés ceux de plusieurs associations, parmi lesquelles l'Organisation juive européenne (OJE) et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA). Autant d'organisations qui, lorsqu'elles ne sont pas elles-mêmes à l'origine des poursuites, se constituent systématiquement parties civiles dans les procès qui visent le soutien au peuple palestinien. Leur objectif ? Peser de tout leur poids sur la répression judiciaire qui frappe les soutiens de la cause palestinienne.
Au total, 8 parties civiles étaient présentes dans la salle d'audience, dont 7 associations ou collectifs, dont la LICRA et l'OJE, mais aussi Avocats Sans Frontières (ASF), l'Observatoire Juif de France (OJF), le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), l'association Contre la Haine, l'Antisémitisme, le Racisme (CHAR), ou encore l'Union des étudiants juifs de France (UEJF). Toutes sont intervenues pour soutenir l'accusation dans une logique assumée de criminalisation des voix qui dénoncent les massacres à Gaza.
C'est précisément le nombre de parties civiles qui était au cœur de la demande de renvoi formulée par l'avocat de Rima Hassan, qui a dénoncé le fait que plusieurs de ces organisations ont versé des conclusions et de nombreuses pièces au débat la veille du procès, voire le jour même, rognant ainsi sur les droits de la défense.
L'avocat a ainsi dénoncé, au-delà d'une procédure marquée dès son origine par « une incroyable sévérité », une « asymétrie liée au nombre de parties civiles qui donnent une vision déformée de la réalité », d'autant plus marquée que l'audience se tenait en présence « de deux représentants du ministère public », une situation particulièrement rare et symptomatique du durcissement de la répression.
Toutes les parties civiles se sont levées d'une seule voix contre cette demande de renvoi, dénonçant une « inversion accusatoire » (LICRA) et des « demandes abusives et dilatoires » (UEJF) et attaquant la défense qui se « plaint de la loi et se victimise » en « reprenant le mode de défense de sa cliente » (BNVCA).
Le tribunal a finalement ordonné le renvoi de l'affaire au nom du « respect des droits de la défense. » S'il ne s'est pas prononcé directement sur la place des parties civiles dans ce type de procès, il n'en reste pas moins que ce renvoi constitue un désaveu pour l'ensemble de ces organisations, puisqu'il acte que les conditions dans lesquelles elles ont investi la procédure justifient de reporter l'audience.
Une décision qui s'inscrit dans une séquence plus large autour de la place des parties civiles dans les procès pour « apologie du terrorisme ». Il y a une dizaine de jours, les avocates d'Anasse Kazib avaient par ailleurs soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur la question de la place des parties civiles dans ce type de procès, qui a été transmise à la Cour de cassation. Une première victoire contre les procès-bâillons des soutiens de la Palestine et un camouflet pour la Jeunesse française juive qui a engagé des poursuites massives contre les voix qui dénonçaient le génocide à Gaza tout en se faisant le relai en France des positions les plus radicales de l'extrême droite israélienne.
Face à cette première brèche dans les procès-bâillons, il y a urgence à poursuivre la mobilisation pour la relaxe immédiate de toutes les personnes réprimées pour leur soutien à la Palestine. Dans le même temps, alors que le génocide à Gaza se poursuit et que le plan ultra-colonial de Trump commence à se mettre en place, l'État français continue de soutenir politiquement et militairement Israël, il continue en effet de fournir à Israël sa meilleure arme : la répression des soutiens de la Palestine. Alors que les procès d'Omar Alsoumi, de Rima Hassan, d'Anasse Kazib, d'Olivier Zemor ou de Nicolas Shahshahani doivent avoir lieu dans les prochains mois et que Jean-Luc Mélenchon a été directement visé par une plainte pour apologie du terrorisme, il y a urgence à construire un grand bloc de résistance contre la répression d'État et le génocide, qui puisse également servir de point d'appui pour relancer les mobilisations en soutien au peuple palestinien.