Vietnam. Derrière les déclarations pro-palestiniennes, le gouvernement approfondit ses liens avec Israël
Sat, 18 Jul 2026 21:15:14 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDerrière ses déclarations de soutien au peuple palestinien, le gouvernement vietnamien continue de renforcer ses relations économiques et militaires avec Israël. Une politique qui met en lumière le fossé entre le discours officiel de Hanoï et l'approfondissement de sa coopération avec l'État israélien.

Le 29 juin, au siège du ministère israélien de l'Économie et de l'Industrie à Jérusalem, une réunion s'est tenue entre l'ambassadeur du Vietnam en Israël, Nguyen Ky Son, et le ministre Nir Barkat, afin de renforcer la mise en œuvre de l'Accord de libre-échange entre le Vietnam et Israël (VIFTA). Une rencontre qui a de quoi étonner, alors que quatre jours plus tôt, le secrétaire général du Parti communiste vietnamien et président du pays To Lam avait proclamé le soutien indéfectible du Vietnam à la lutte du peuple palestinien lors de la réception de l'ambassadeur de Palestine au Vietnam, Saadi Salama.
Cette contradiction révèle l'hypocrisie du gouvernement vietnamien, divisé entre des déclarations creuses de soutien à la lutte palestinienne et des liens concrets avec l'impérialisme et Israël. La réunion de Jérusalem a mis en évidence la poursuite de l'expansion des relations économiques entre les deux pays, qui ne sont pas nouvelles. Ainsi, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 1,6 milliard de dollars au cours des cinq premiers mois de 2026, dont 462 millions de dollars d'exportations vietnamiennes vers Israël.
Relations militaires entre Israël et le Vietnam
Confronté aux tensions maritimes persistantes avec la Chine au large de ses côtes, le Vietnam cherche depuis plusieurs années à développer un vaste réseau de partenaires stratégiques. Dans ce contexte, la coopération entre les industries de défense israéliennes et le Vietnam, ainsi qu'avec d'autres pays de la région Asie-Pacifique, a continué de s'approfondir, notamment dans le contexte des embargos occidentaux croissants contre Israël en lien avec les guerres récentes. Par exemple, l'Italie n'a pas renouvelé son accord de défense avec
Israël et a suspendu ses livraisons d'armes à Israël à la suite du mouvement Blocchiamo Tutto, qui a pris de l'ampleur à l'automne 2025 lorsque deux millions de personnes sont descendues dans la rue pour porter des revendications de classe axées sur des hausses de salaires, l'opposition au réarmement et la fin de la complicité dans le génocide en Palestine.
Le Vietnam entretient aujourd'hui une coopérations militaires particulièrement développées avec Israël, au point que c'est devenu progressivement son deuxième fournisseur d'armes après la Russie.
Du côté israélien, l'exportation de matériel militaire est une dérivée directe des guerres permanentes menée par le pays au Moyen-Orient, et lui permet d'accompagner sa diplomatie de profits qui se comptent en milliards. En 2025, les exportations militaires israéliennes ont atteint un niveau record de 19,2 milliards de
dollars, dont 6,1 milliards de dollars provenant d'achats réalisés par des pays de la région Asie-Pacifique.
La coopération entre les deux États s'est donc concrétisée par une série d'accords majeurs dans les domaines de la défense et de l'industrie. Parmi eux figure un contrat de 250 millions de dollars signé avec l'entreprise publique israélienne Rafael Advanced Defence Systems pour acquérir et produire localement la munition Spike Firefly, utilisée par Tsahal à Gaza.
À cela s'ajoute un accord signé entre l'entreprise israélienne 4Model et la société vietnamienne Dong Nam afin de fournir des solutions dans les domaines du traitement de puces de précision et de la fabrication de composants complexes.
Hanoï a également acquis des systèmes de missiles israéliens, des drones de surveillance Heron, ainsi que le système de défense aérienne SPYDER.
Vietnam a vaincu, Palestine vaincra !
Au-delà de ce partenariat commercial, les liens entre le Vietnam et Israël se sont récemment renforcés avec la décision du gouvernement vietnamien de rejoindre le Conseil de la paix à Gaza, après avoir participé en janvier dernier à la cérémonie de signature de sa charte fondatrice.
Conçu par Donald Trump et ses proches alliés, ce projet colonial vise à écarter les organisations palestiniennes de la gouvernance de Gaza et, à terme, à placer l'enclave palestinienne sous une occupation militaire arabe et un gouvernement technocratique au service de l'impérialisme, facilitant ainsi la poursuite du génocide en cours.
Bien que le Parti communiste vietnamien (PCV) maintienne une façade de soutien à la juste lutte du peuple palestinien, les multiples accords militaires et commerciaux conclus avec Israël révèlent l'hypocrisie de toutes ces déclarations.
La situation est particulièrement révoltante au regard des similitudes historiques entre les
mouvements nationaux vietnamiens et palestiniens, qui furent tous deux des symboles de la lutte anti-impérialiste pendant une grande partie de la Guerre froide.
Aujourd'hui encore, la révolution vietnamienne demeure une référence pour la génération qui lutte contre le génocide à Gaza.
Face à l'hypocrisie du Parti communiste vietnamien, la seule réponse des travailleurs, des étudiants et des militants pro-palestiniens doit être de construire un mouvement de masse indépendant réclamant la libération de la Palestine ainsi que l'arrêt complet de tous les partenariats militaires et économiques entre le Vietnam et Israël.
Comme tous les travailleurs d'Asie, le peuple vietnamien n'a aucun intérêt à soutenir un gouvernement qui collabore avec un État menant actuellement un génocide ayant déjà fait plus de 70 000 morts palestiniens.