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Maroc : le journaliste Ali Lmrabet remis en liberté, mais toujours dans le viseur du régime

Sat, 18 Jul 2026 21:51:19 CEST

Révolution Permanente

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Arrêté le 12 juillet à son arrivée au Maroc, le journaliste Ali Lmrabet, figure historique de la presse indépendante critique du régime, a été remis en liberté 3 jours plus tard. Son arrestation s'inscrit dans la poursuite de la vague de répression déclenchée après le mouvement GenZ 212.

Figure historique de la presse indépendante marocaine et critique du régime, Ali Lmrabet, 66 ans, a été interpellé le 12 juillet à son arrivée à l'aéroport de Tanger en provenance d'Espagne, où il réside depuis plusieurs années pour poursuivre son travail journalistique. Les autorités l'accusent d'avoir publié des contenus numériques comportant des propos « diffamatoires et injurieux » visant des personnes et des institutions. Placé en garde à vue puis transféré à Casablanca, il a été remis en liberté ce 15 juillet, bien que l'enquête reste ouverte. Durant son arrestation, il explique avoir été frappé par des agents en civil lors de son transfert, tandis que son téléphone, ses deux ordinateurs et une clé USB ont été saisis.

Selon le journaliste, les [interrogatoires ont porté sur ses vidéos consacrées à Abdellatif Hammouchi, qui dirige la police et le renseignement intérieur, à Fouad Ali El-Himma, principal conseiller du roi Mohammed VI, ainsi qu'à Fouzi Lekjaa, ministre chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football. Lmrabet y décrit une « structure de l'ombre », à travers laquelle de hauts responsables, des membres de l'entourage royal et de puissants intérêts économiques exercent une direction parallèle du pays.

Pendant sa garde à vue, les enquêteurs l'auraient également soupçonné d'entretenir des relations avec des responsables algériens et des membres du Front Polisario. Lmrabet a répondu qu'il s'agissait de sources journalistiques et a refusé de révéler leurs identités. Le recours au soupçon de proximité avec l'Algérie ou les indépendantistes sahraouis constitue une arme politique particulièrement lourde au Maroc, où toute remise en cause du discours officiel sur le Sahara occidental expose journalistes et militants à une répression féroce et systématique. L'interpellation de Lmrabet ne constitue ainsi pas un épisode isolé mais s'inscrit dans une offensive plus large contre toutes les formes de contestation du régime.

Pour Lmrabet, cette répression n'est d'ailleurs pas nouvelle. Il la côtoie depuis maintenant plusieurs décennies. À l'époque, il s'était fait remarquer par des entretiens avec des figures longtemps considérées comme intouchables, dont l'opposant marxiste Abraham Serfaty et Malika Oufkir, fille du général Mohamed Oufkir. Directeur des hebdomadaires satiriques Demain Magazine et Doumane, il a été condamné en 2003 pour « outrage au roi », tandis que ses deux publications étaient interdites. Il a par la suite été privé du droit d'exercer le journalisme au Maroc entre 2005 et 2015 pour avoir décrit les Sahraouis des camps de Tindouf comme des « réfugiés », plutôt que comme des « séquestrés », terme imposé par le pouvoir marocain.

Ses enquêtes et ses prises de position l'ont conduit à critiquer la politique marocaine au Sahara occidental, la concentration du pouvoir autour du Palais et la normalisation avec Israël, qu'il a présentée comme un abandon de la Palestine en échange de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara.

Il a dénoncé en septembre dernier la répression féroce du pouvoir monarchique contre la mobilisation populaire de la jeunesse marocaine et du mouvement GenZ 212. À l'époque, son téléphone figurait déjà parmi les appareils ciblés par Pegasus, le logiciel espion de la société israélienne NSO Group.

Cette arrestation intervient dans le prolongement de la répression massive déclenchée après les manifestations de GenZ 212, mouvement de jeunesse apparu en septembre 2025 pour exiger de meilleurs services publics de santé et d'éducation, la fin de la corruption et une réorientation des dépenses publiques. Des milliers de personnes avaient alors fait l'objet de poursuites judiciaires et ont été placées en détention. La répression a également fait de nombreux blessés et au moins trois morts, abattus par les forces de l'ordre.

Deux semaines avant l'arrestation de Lmrabet, Zineb Kharroubi, figure du mouvement, a reçu une peine de 6 mois de prison avec sursis. Le rappeur et réalisateur Mehdi El Youbi, connu pour ses textes politiques et soutien du mouvement GenZ 212,a également été arrêté à Casablanca cette semaine, dans des conditions dénoncées par ses soutiens. Après sa libération, le journaliste rappelle : « le fait que je pratique un journalisme indépendant semble déranger beaucoup de monde. Mais c'est mon métier ».

Cette libération ne doit pas masquer le véritable objectif de cette opération : intimider l'ensemble de celles et ceux qui contestent le Makhzen, qu'ils soient journalistes, artistes ou militants. Après la répression du mouvement GenZ 212, les poursuites contre Zineb Kharroubi, l'arrestation de Mehdi El Youbi et le harcèlement judiciaire d'Ali Lmrabet témoignent d'une même offensive contre toutes les voix critiques du régime. Depuis la France, il est nécessaire de construire une solidarité active avec ces militants et la diaspora marocaine pour exiger l'abandon des poursuites et la libération de toutes les personnes emprisonnées pour leur engagement politique.

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