États-Unis. L'ICE tue à nouveau, l'administration Trump craint la résurgence des mobilisations populaires
Fri, 17 Jul 2026 19:14:11 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn six jours, l'ICE a abattu deux hommes. Face à la crainte d'une résurgence des mobilisations anti-ICE, le Département de la Sécurité intérieure a annoncé la suspension des contrôles routiers, avant de rétropédaler sous la pression du président. Un symptôme de la fébrilité de l'administration Trump

Le 7 juillet, Lorenzo Salgado Araujo, mexicain, 52 ans, ouvrier du bâtiment et père de 3 enfants, était froidement abattu par l'ICE à Houston. Un meurtre brutal intervenu lors d'un contrôle routier, alors que l'ICE avait arrêté le véhicule car Lorenzo Salgado Araujo « ressemblait » à une personne recherchée. Le 13 juillet, des faits similaires se produisaient à Biddeford, dans le Maine, où l'ICE tuait d'une balle dans la tête Joan Sebastion Guerrero, colombien de 26 ans, alors même que sa fille en bas âge se trouvait dans le véhicule.
Il s'agit des premiers meurtres commis par l'ICE depuis l'assassinat de Renee Nicole Good le 7 janvier dernier, puis d'Alex Pretti, tué dans le contexte des mobilisations anti-ICE qui ont suivi, quelques semaines plus tard. La suite, nous la connaissons : l'administration Trump et sa police de l'immigration ont été contraintes de reculer face à la mobilisation exemplaire des travailleurs, de la jeunesse et des quartiers populaires de Minneapolis. Le 12 février, Tom Homan, le « tsar des frontières », annonçait la fin des opérations de l'ICE dans la ville, une victoire partielle mais qui montrait la voie à suivre pour lutter contre les offensives xénophobes de l'administration Trump.
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Cet antécédent explique sûrement la réaction des autorités étasuniennes à la suite des deux meurtres de la semaine dernière. Alors que Reuters faisait l'état de manifestations spontanées dans le Maine, suivies le lendemain par de nouvelles manifestations dans l'Etat, mais également à Boston et à Houston, le Département de la Sécurité intérieure a annoncé interrompre temporairement les contrôles routiers réalisés par l'ICE. Le temps « d'être certains que les agents de l'ICE sont en sécurité et que les procédures sont adaptées », selon Tom Homan, qui assurait que malgré tout les opérations anti-immigration se poursuivaient bel et bien. Le lendemain, Trump intervenait pour annuler la suspension des contrôles routiers, soulignant qu'ils étaient l'un des outils « les plus importants et les plus efficaces ».
La séquence témoigne de la fébrilité de l'administration Trump, hantée par les événements de Minneapolis du début d'année. La décision du Département de la Sécurité intérieure d'immédiatement suspendre les contrôles routiers apparaît comme une tentative de prévenir la résurgence d'une mobilisation contre l'ICE. Certes, la décision a été désavouée et annulée par le président. Mais ce va-et-vient fait également apparaître des fractures du camp républicain – déjà polarisé par l'offensive impérialiste de Trump sur l'Iran – entre des secteurs qui craignent la colère populaire contre les politiques xénophobes du gouvernement, comme le secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin, et des secteurs qui fustigent les reculs accordés aux « élus modérés », comme Steve Bannon ou Mike Davis, figures du mouvement MAGA.
Comme l'explique Samuel Larkin, militant à Left Voice, organisation sœur de Révolution Permanente aux Etats-Unis, « Trump est faible. Il a subi une défaite militaire dans une guerre qu'il a lui-même déclenchée et qu'il reprend aujourd'hui contre l'Iran. Il est incapable de répondre à l'insécurité économique qui s'aggrave pour tant d'Américains, y compris dans des secteurs qui ont voté pour lui. Et ses dérives autoritaires ne sont pas populaires. Parallèlement, une profonde solidarité avec les communautés immigrées continue d'exister, la même qui était à l'origine des mobilisations à Minneapolis, ainsi que des affrontements précédents dans des villes comme Los Angeles et Chicago. Cela fait planer la menace qu'une lutte de classe contre l'ICE puisse éclater à tout moment ».
C'est parce qu'une mobilisation massive contre l'ICE constituerait un risque réel pour l'administration Trump que celle-ci réprime toujours plus brutalement celles et ceux qui sont la pointe avancée de cette lutte. En juin, 8 militants ayant pris part à une mobilisation contre un centre de détention de l'ICE au Texas ont été condamné à 450 ans de prison, marquant un saut inédit dans la criminalisation de l'antiracisme et plus largement du mouvement antifasciste. Ce renforcement de l'appareil coercitif et de l'arsenal juridique déployé pour faire taire les opposants politiques n'est qu'une preuve de plus de la fragilité de Trump, dont la légitimité est mise à mal par les débâcles de sa politique extérieure et par la défaite subie par l'ICE à Minneapolis en début d'année.
Face à la répression judiciaire, aux meurtres racistes et à la poursuite des offensives xénophobes menées par l'administration Trump, les travailleurs et les quartiers populaires étasuniens méritent mieux que d'attendre du parti Démocrate une quelconque opposition significative au projet du gouvernement. Comme le souligne toujours Samuel Larkin : « Le mouvement doit s'organiser indépendamment du régime bipartite, qui ne cesse de trouver de nouveaux moyens de détourner notre colère et de nous monter contre nos frères et sœurs de classe immigrés. Nous devons avoir confiance en notre propre force collective pour lutter jusqu'à l'abolition de l'ICE, puis poursuivre le combat afin d'obtenir des droits pour tous les immigrés. Car tant que chaque personne vivant aux États-Unis ne bénéficiera pas de la citoyenneté ainsi que de l'ensemble des droits politiques, économiques et sociaux, l'État trouvera de nouveaux moyens de terroriser nos familles, nos amis, nos collègues et nos voisins en se fondant sur un statut migratoire arbitraire ».