L'Odyssée de Nolan : un blockbuster au service de la colonisation du Sahara occidental
Fri, 17 Jul 2026 19:17:42 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDe nombreux professionnels du cinéma en soutien au peuple sahraoui ont dénoncé le tournages de plusieurs scènes du dernier film de Christopher Nolan dans le Sahara Occidental occupé par le Maroc, participant ainsi à la légitimation de cette colonisation.

La sortie d'un film de Christopher Nolan a pour habitude d'être largement commentée dans la presse. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'une adaptation de l'Odyssée, avec un casting de superstars qui relance un tas de débats sur les projections Imax ou les costumes de films d'époque. Mais parmi tout l'effervescence médiatique qui s'est construite autour de ce film, une information ne semble que très rarement transparaître : plusieurs scènes du film ont été tournées près de Dakhla, une ville côtière du Sahara Occidental occupé par le Maroc, qui a reçu pour cela un soutien financier de la part du Centre Cinématographique Marocain.
Le choix de la localisation pour cette partie du tournage a été dénoncé dans un communiqué du Festival de film du Sahara Occidental (le FiSahara). Le communiqué demande aux producteurs et au réalisateur du film de reconnaître la situation critique de l'occupation marocaine et de retirer les scènes tournées à Dakhla. De nombreux professionnels du cinéma sahraouis et internationaux l'ont signé, dont des célébrités, telles que Rodrigo Sorogoyen, Paul Laverty, Pedro Almodovar ou Javier Bardem, soutien historique du FiSahara et de la cause sahraouie qui avait contribué au documentaire L'Enfant des Nuages en 2012.
Le Sahara Occidental lutte depuis de nombreuses années pour son autodétermination face à la colonisation du Maroc qui dure depuis plus de 50 ans et qui s'est construit au moyen de déplacements forcés de population et d'une répression féroce contre les sahraouis. La reconnaissance par Trump en 2020, puis par Macron en 2024, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental a participé à naturaliser les relations du Royaume avec les puissances impérialistes et a ouvert la voie aux tournages des films américains sur son territoire. Celui d'un blockbuster de cette ampleur pourrait donner énormément de prestige à l'industrie cinématographique marocaine.
L'État marocain cherche en effet à faire rayonner sa diplomatie culturelle en transformant Dakhla en une vitrine touristique et cinématographique. Ce processus de culture washing utilise le cinéma comme un vernis pour légitimer son occupation, que ce soit par la mise à disposition de décors naturels ou la création d'un festival de film, mais également d'une antenne de l'Institut supérieur des métiers de l'audiovisuel et du cinéma marocain, avec le soutien du CNC et du Ministère de la culture français, qui avait également érigé un bâtiment de l'Alliance Française à Laâyoune pour « promouvoir la langue et la culture » française.
Encore aujourd'hui, ce vernis culturel sert à masquer la réalité brutale de la répression du soutien à l'autodétermination du peuple sahraoui. Le Monde publiait les révélations d'un lanceur d'alerte témoignant des pratiques d'espionnage du royaume marocain et du ciblage spécifique des militants engagés pour l'indépendance du Sahara occidental. Le Maroc réprime également les journalistes, militants et artistes qui se sont exprimés en soutien au mouvement Gen Z 212 à l'instar de El Mahdi Lyoubi, cinéaste et rappeur arrêté à l'aéroport de Casablanca et placé en détention pour des posts de soutien au mouvement de jeunesse marocain.
Les géants de l'industrie du divertissement continuent de tirer profit des opportunités économiques offertes par la colonisation pour maximiser les recettes de leurs films. Face à cette politique réactionnaire, il apparaît plus que jamais nécessaire de défendre le droit fondamental du peuple sahraoui à l'autodétermination et d'organiser la solidarité internationaliste contre la colonisation du Maroc et son soutien par les puissances impérialistes au travers de leurs entreprises et institutions.
Crédit image : Site du FiSahara