États-Unis : l'extrême droite trumpiste veut supprimer le droit de vote des femmes
Fri, 17 Jul 2026 19:19:25 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que l'administration Trump accélère les attaques contre les droits démocratiques et l'ensemble des secteurs opprimés, une partie de l'extrême droite américaine remet maintenant en cause le droit de vote des femmes. Une offensive qui témoigne aussi d'une dynamique internationale de réaction contre les femmes et les personnes LGBTI.

À peine un an et demi après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, alors que son administration multiplie les attaques contre les personnes trans ou contre les politiques de lutte contre les discriminations, des secteurs ultraconservateurs liés au Parti républicain remettent désormais ouvertement en cause le droit de vote des femmes.
Derrière cette revendication se dessine un projet politique beaucoup plus large : remplacer le suffrage universel individuel par un « vote familial », où l'époux serait le seul à décider du vote exprimé au nom de l'ensemble du foyer.
Pendant longtemps, ce type de discours restait cantonné aux marges les plus radicales de l'extrême droite américaine. Mais il bénéficie désormais d'une audience bien plus importante, comme l'a montré une interview devenue virale, visionnée des dizaines de millions de fois, du militant d'extrême droite Nick Fuentes, qui a répondu sans détour qu'il retirerait le droit de vote aux femmes s'il en avait le pouvoir.
Parallèlement, lors du Sommet du leadership féminin de Turning Point USA organisé à San Antonio début juin, plusieurs femmes ont affirmé qu'elles étaient prêtes à abandonner leur droit de vote si cela permettait de faire triompher un projet de société plus conservateur, encouragées notamment par Erika Kirk, qui estime, au nom de sa foi chrétienne, que leurs maris doivent les « représenter » dans les urnes.
Et si les promoteurs de cette mesure invoquent la religion, la tradition ou une prétendue complémentarité entre les sexes, derrière ce discours se cache aussi un autre calcul politique évident : les femmes votant en moyenne davantage pour les démocrates que les hommes, leur retirer leur autonomie électorale permettrait de renforcer durablement le poids du camp conservateur.
Or, si toutes les composantes de la coalition de Trump ne défendent pas aujourd'hui la suppression du droit de vote des femmes, son retour au pouvoir comme dirigeant d'extrême droite en surfant notamment la montée du masculinisme a incontestablement renforcé les secteurs les plus réactionnaires de la droite américaine.
L'influence de ces courants ne se limite d'ailleurs plus aux marges. Pete Hegseth, secrétaire à la Défense de Donald Trump – ou plutôt « secrétaire à la Guerre », comme il aime lui-même se présenter –, qui appelle à une « revirilisation de la société étasunienne », est proche de ces milieux. Il a notamment invité le pasteur Douglas Wilson, figure influente de l'Idaho qui développe depuis des années une vision théocratique de la société américaine fondée sur la hiérarchie entre les sexes et la soumission des femmes, à diriger un office religieux au Pentagone. Il est même allé jusqu'à relayer une vidéo plaidant pour l'exclusion des femmes du corps électoral.
D'autres personnalités gravitant autour de l'administration républicaine, comme John McEntee, conseiller principal de la plateforme de réformes étatiques connue sous le nom de « Projet 2025 », ou Paul Ingrassia, responsable du Bureau du conseiller spécial, tiennent régulièrement des propos laissant entendre que seules les personnes « pleinement compétentes » devraient pouvoir exercer les droits politiques.
Dans le même temps, des figures ultraconservatrices comme le pasteur Dale Partridge prêchent un retour au « patriarcat biblique » et affirment ouvertement que le 19ᵉ amendement de la Constitution américaine, qui garantit depuis 1920 le droit de vote des femmes, devrait disparaître dans les années à venir. Selon eux, la société américaine souffrirait d'une prétendue « féminisation » de la politique qu'il faudrait corriger. Les femmes seraient ainsi « manipulables par les démons » et avant tout faites pour « porter et élever des enfants ».
Cette offensive est loin d'être un phénomène isolé : elle s'inscrit dans une dynamique internationale qui voit les nouvelles droites radicales, de Javier Milei en Argentine à Giorgia Meloni en Italie, d'Alice Weidel en Allemagne à Santiago Abascal dans l'État espagnol, mener une croisade idéologique contre les femmes et les minorités de genre, comme on en avait eu un aperçu l'année passée lors du « Sommet des patriotes ».
Face aux crises économiques, aux tensions géopolitiques et à l'accélération des préparatifs militaires, les classes dirigeantes cherchent à renforcer les mécanismes de contrôle social. Dans ce contexte, la famille hétérosexuelle traditionnelle est réaffirmée comme l'institution centrale de la reproduction sociale : les femmes sont renvoyées à un rôle assigné de mères, tandis que les personnes LGBTI sont désignées comme des ennemis intérieurs ; voire des menaces « terroristes » responsables d'un prétendu déclin civilisationnel.
Cette radicalisation intervient en outre dans un contexte où l'administration Trump est fragilisée. Le recul de l'hégémonie américaine consécutif notamment à la défaite des États-Unis en Iran et la baisse de popularité de Trump, y compris dans une grande partie de son propre camp, alimentent les réflexes les plus réactionnaires de l'extrême droite pour ressouder sa base.
Mais cette crise ouvre aussi des brèches. Et si l'incapacité du Parti démocrate à s'opposer à Trump ou à répondre aux revendications populaires nourrit une défiance croissante envers le système bipartisme, c'est parce que la véritable opposition à Trump, à l'extrême droite et à leurs offensives antidémocratiques viendra des mobilisations dans la rue, comme l'ont montré le soulèvement de Minneapolis qui a fait dégager les agents de l'ICE de la ville, les marches « No Kings » qui ont rassemblé des millions de personnes dans la rue pour dénoncer la politique bonapartiste et les agressions impérialistes de Trump, ou encore avant eux les milliers d'étudiants mobilisés dans les campements de solidarité avec la Palestine contre le génocide à Gaza.
Tout comme hier le suffrage féminin n'a jamais été un cadeau concédé par les gouvernements mais le produit de décennies de luttes par le bas du mouvement féministe, c'est uniquement dans ces luttes que pourront être défendus et étendus les droits démocratiques.
Capture d'écran : Le Parisien.