Incendies à Fontainebleau : l'État pointe des boucs émissaires pour occulter sa responsabilité
Fri, 17 Jul 2026 19:29:36 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn visite à proximité de Fontainebleau, Macron a promis la plus grande fermeté à l'égard des responsables accidentels ou non des incendies. Une manière de nier la responsabilité de l'État dans la catastrophe actuelle.

Alors que la vague de canicule de ces dernières semaines touche provisoirement à sa fin, ses conséquences sont toujours bien présentes. La plus évidente est sans doute la multiplication des incendies, que les milliers de pompiers mobilisés partout en France peinent à contenir, notamment à Fontainebleau en Seine-et-Marne (77). En effet, l'assèchement brutal de ces dernières semaines, les chaleurs étouffantes, les orages, les vents violents et le manque de moyens pour les pompiers favorisent les départs de feu et leur propagation rapide.
Corse, Île-de-France, Isère, Bretagne, Ariège, peu de régions françaises semblent épargnées. D'ailleurs, à l'étranger, en Espagne ou au Canada, la situation est semblable.
Face à cela, la stratégie médiatique a été de focaliser l'attention sur l'origine de ces incendies. « 9 incendies sur 10 sont d'origine humaine », pointait Sébastien Lecornu. En déplacement près de Fontainebleau ce jeudi 16 juillet, Emmanuel Macron s'est aussi empressé d'affirmer, à propos des initiateurs des incendies qui ont dévasté plus de 10% de la forêt, que « des gens ont été appréhendés, rien ne sera lâché [...], il n'y aura aucune tolérance ». Pour le président, il s'agit d'être « intraitables contre les négligences et les comportements criminels ». Une rhétorique qui n'aspire qu'à renvoyer la responsabilité sur les comportements individuels, et donc à faire de la répression de ces personnes la finalité de la lutte contre les incendies. Ces discours visent donc à masquer un fait essentiel : les départs de feu ne deviennent des catastrophes de grande échelle que parce que le dérèglement climatique en accentue la propagation et la fréquence. Surtout, ces discours mettent volontairement sous le tapis les années de politiques austéritaires qui ont contribué à détériorer la prévention et les moyens de lutte contre les feux de forêt, de même que les causes structurelles du réchauffement climatique à l'œuvre.
Les déclarations de l'exécutif ont vite été accompagnées d'actions concrètes : deux jeunes de 18 ans ont été placés en détention provisoire pour avoir provoqué des départs de feu volontaires, tandis que deux ouvriers de la société de travaux Aximum ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire pour avoir allumé un feu accidentellement. Ces derniers auraient en effet provoqué une étincelle avec une disqueuse alors qu'ils réparaient une glissière de sécurité.
Alors que leur patron les faisait donc travailler en pleine canicule et en plein soleil, dans des conditions insoutenables affectant nécessairement leur discernement et à proximité de la forêt, c'est eux qui sont poursuivis pour « destruction involontaire par incendie par manquement à une obligation de sécurité ou de prudence ».
Cette rhétorique individualisante, qui sert à détourner l'attention du problème systémique du réchauffement climatique et de l'inaction gouvernementale en réprimant très durement quelques individus isolés a été rapidement reprise par tout le champ politique, de l'extrême droite à la gauche.
Face à cette manœuvre de la bourgeoisie, nous ne devons surtout pas nous laisser duper. Pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique, notamment les incendies, c'est à ses causes profondes qu'il faut s'attaquer, en nous appuyant collectivement sur la capacité du monde du travail à penser et imposer une réorientation de la production. Au-delà, les travailleurs doivent montrer qu'une réponse ouvrière à la catastrophe en cours est possible : réquisition et reconversion des avions et hélicoptères privés pour la lutte contre les feux de forêts – et donc réquisition des ateliers et chaînes de production de l'industrie aéronautique –, plans de formation massifs de secouristes et de pompiers, ou encore arrêt des productions non essentielles.
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Crédit photo : Capture d'écran compte X de l'Élysée