Répression : Mehdi Black Wind, rappeur et soutien de GenZ 212, emprisonné au Maroc
Thu, 16 Jul 2026 19:01:36 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe rappeur et réalisateur Mehdi Black Wind a été transféré à la prison d'Oukacha après son arrestation à Casablanca lundi dernier. À travers lui, le régime marocain cherche à intimider celles et ceux qui font vivre la solidarité avec la jeunesse révoltée de GenZ 212.

Au Maroc, Mehdi Black Wind, rappeur, réalisateur et relais du mouvement GenZ 212, a été arrêté par la police du régime le 13 juillet 2026. Après avoir passé deux jours en garde à vue dans l'attente de sa comparution devant un juge, il a été transféré à la prison d'Oukacha, à Casablanca, où il doit rester détenu jusqu'à son procès, prévu le 22 juillet. Aucun chef d'inculpation n'a encore été officiellement communiqué. Mais cette arrestation s'inscrit dans la continuité des attaques qui frappent les acteur·ices et les soutiens de la mobilisation GenZ 212, déclenchée au Maroc en septembre 2025.
De son vrai nom El Mahdi Lyoubi, Mehdi Black Wind est un artiste marocain connu pour ses textes de rap engagés contre le régime, et ses concerts durant lesquels il apparaît régulièrement avec un keffieh autour du cou. Dans ses sons, il « n'hésite à s'attaquer, ni à la monarchie, ni à la police, ni au milieu politique ». Installé en France, à Marseille, il a également réalisé plusieurs courts-métrages. Son film Qui fout le zbeul ? retrace les luttes des personnes exilées de Saint-Denis et des étudiant·es mobilisé·es à leurs côtés depuis l'université Paris-VIII. Dans Marseille, 14 juillet, il dresse un tableau de l'héritage colonial français à travers la répression des célébrations organisées à Marseille après la victoire de l'Algérie à la Coupe d'Afrique des nations.
Cet engagement artistique et politique trouve un écho direct dans son soutien au mouvement de la jeunesse marocaine, qui a éclaté en fin d'année dernière. Fin septembre 2025, des milliers de jeunes descendaient dans les rues après la mort en couches de huit femmes à Agadir, pour réclamer l'amélioration des systèmes de santé et d'éducation, des emplois et la fin de la répression policière. Très vite, le mouvement s'est organisé en ligne autour du groupe Discord GenZ 212, réunissant plus de 100 000 membres. Ses participant·es ont formulé des revendications sociales et démocratiques, dénoncé la corruption et la répression policière, et tenté de coordonner les mobilisations à travers le pays.
Cette mobilisation inédite de la jeunesse s'est traduite par des rassemblements dans de nombreuses villes marocaines, mais elle a également trouvé un écho à l'international. Depuis Marseille, Mehdi Black Wind a partagé sur ses réseaux sociaux « des mots d'ordre » et « des informations sur la répression » des manifestations de GenZ 212. Il expliquait vouloir utiliser autant que possible sa « plateforme en tant qu'artiste » afin, à son échelle, de « participer à une prise de conscience et faire pression sur le gouvernement », rapportait RFI dans un entretien. Dans ce même entretien, il apportait clairement son soutien au mouvement et insistait sur la nécessité d'inscrire la mobilisation dans la durée, par une consolidation du mouvement : « Le changement demande un souffle long, beaucoup de concessions et une résilience infinie. Il ne faut surtout pas baisser les bras, mais continuer à avancer avec lucidité. S'éduquer, se former et comprendre l'histoire sont essentiels pour ne pas répéter les erreurs de ceux qui nous ont précédés. C'est en alliant conscience, patience et solidarité que cette génération pourra réellement transformer les choses. »
Comme le dit son comité de soutien, ses prises de position en faveur de GenZ 212 sont au cœur de son arrestation. Son cas rappelle celui de Zineb El Kharroubi, militante en France de la solidarité internationale avec GenZ 212, condamnée en juin à six mois de prison avec sursis. Arrêtée lors de son retour au Maroc, elle avait été poursuivie pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique » en raison de son soutien politique au mouvement. Une répression qui vise plus largement toute voix critique du régime, à l'image du journaliste indépendant Ali Lmrabet, qui vient d'être remis en liberté à l'issue d'une garde à vue pour « diffusions de fausses informations ».
L'arrestation du rappeur s'inscrit ainsi dans la continuité de la répression d'une violence exceptionnelle qui s'est abattue sur le mouvement de la GenZ dès ses premiers jours. Les forces de répression ont ouvert le feu sur des manifestant·es et tué deux jeunes à Oujda et à Lqliâa. D'autres ont été grièvement blessé·es, parfois mutilé·es à vie. Plus de 1 500 personnes ont fait l'objet de poursuites judiciaires, dont près d'un millier ont été placées en détention. Dès la mi-octobre, les tribunaux ont prononcé des peines particulièrement lourdes, allant de trois à quinze ans de prison ferme, contre des manifestant·es jugé·es à Agadir. Une sévérité qui illustre la volonté du pouvoir de briser le mouvement par tous les moyens.
Si les mobilisations de la jeunesse ont reflué face à l'ampleur de la répression, les causes de la colère restent entières. Le chômage, l'inflation, la précarité et la dégradation des services publics persistent, alimentés par des politiques économiques néolibérales qui ont progressivement affaibli les services publics. Après les arrestations de masse et les condamnations judiciaires, faute d'avoir éteint la colère, le pouvoir cherche désormais à intimider les militant·es vivant hors du pays et à couper les relais internationaux de la mobilisation. En s'en prenant à un artiste installé en France, dont les œuvres comme les prises de position font connaître les luttes marocaines au-delà des frontières, le régime tente d'isoler la jeunesse mobilisée et d'empêcher que ses revendications trouvent un écho international.
Nous exprimons notre solidarité avec Mehdi Black Wind et exigeons sa libération immédiate, ainsi que celle de l'ensemble des détenu·es politiques au Maroc et l'abandon de toutes les poursuites engagées contre les militant·es et les soutiens de GenZ 212. Face à la répression brutale de l'État marocain, il faut opposer une solidarité internationaliste et construire une mobilisation d'ampleur des travailleur·ses et des jeunesses marocaine, du reste la région et par-delà les frontières. Liberté pour Mehdi et pour tou·tes les réprimé·es de GenZ 212 !