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Séisme, occupation militaire et misère politique au Venezuela : les conditions d'une crise majeure

Thu, 16 Jul 2026 20:00:43 CEST

Révolution Permanente

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Après les bombardements étasuniens, le séisme qui a eu lieu fin juin vient s'ajouter aux souffrances du peuple vénézuélien. Les responsabilités politiques du gouvernement se superposent à celles des États-Unis, qui, même en pleine crise, poursuivent le pillage des ressources nationales et l'occupation militaire du pays.

Quand on entre dans La Guaira, pas loin de Caracas, et qu'on regarde, vers le port principal du Venezuela, on aperçoit les navires militaires étasuniens, leurs radars fonctionnant à plein régime, et des colonnes entières de marines en marche. Le principal aéroport du pays, à Maiquetía, est entre les mains des militaires étasuniens et du personnel vénézuélien. En réalité, les Américains commandent et les Vénézuéliens obéissent. Dans l'ensemble, La Guaira est sous occupation militaire impérialiste.

Dans le même temps, après le violent double séisme qui a eu lieu le 24 juin, les familles continuent d'ouvrir des passages et de déplacer les décombres pour tenter de secourir des gens encore en vie, ou du moins de récupérer les corps. Le bilan officiel du 11 juillet comptabilise près de 4 400 morts, mais les chiffres sur les disparus sont encore flous. Il est certain que plusieurs milliers d'autres morts viendront grossir le premier compte.

Le travail continue d'être réalisé, dans la majorité des cas, par les familles elles-mêmes, avec des outils précaires et un faible soutien étatique. 28 362 volontaires ont été comptabilisés, selon les données officielles. Les familles qui ont de l'argent ont pu se payer des engins de chantier, mais la majorité continue de demander désespérément de l'aide, tandis que le rejet de l'action de l'État est généralisé : tant pour ce qu'il n'a pas fait les premiers jours ni pour ce qu'il ne fait toujours pas aujourd'hui.

En parallèle la crise sociale s'aggrave, tant pour les familles directement touchées — en plus des décès, 16 740 sont blessés, près de 856 bâtiments sont endommagés, sans compter ceux qui se sont effondrés, et près de 18 000 personnes n'ont désormais plus d'endroit pour vivre — que celle des travailleurs en général, avec l'inflation galopante et le dollar qui devient plus cher de jour en jour.

Dans le même temps, les 180 jours autorisés par la Constitution pour une présidence par intérim sont écoulés. C'est sous ce dispositif que Trump, Rubio et les dirigeants chavistes du gouvernement resté à Caracas après l'attaque impérialiste du 3 janvier avaient convenu de donner un vernis de « formalité » au régime politique de tutelle néocoloniale qui s'était mis en place. Le simple fait que Delcy reste au gouvernement constituerait déjà une violation des dispositions constitutionnelles. Comble de l'hypocrisie, certains secteurs de l'opposition de droite exigent la convocation de nouvelles élections, comme si l'attaque impérialiste était inscrite dans un article de la Constitution nationale ! Cela fait déjà longtemps que la lutte pour le pouvoir dans le pays a cessé de se régler par les voies de la légalité bourgeoise elle-même, pour se définir ouvertement par des coups de force, et notamment par des bombes américaines.

Ce qui est certain, c'est que le mécontentement social envers le gouvernement et son manque de légitimité au sein de la population sont grands. María Corina Machado, sachant, insiste pour revenir au pays : « C'est le moment », dit-elle. Trump n'est pas d'accord ; pour l'instant, il préfère maintenir le protectorat avec Delcy Rodriguez.

Mais est-il possible qu'après le deuil, la crise sociale se transforme en crise politique ? Si tel était le cas, l'impérialisme aura-t-il recours à María Corina Machado comme « plan B » pour poursuivre l'assujettissement national ? Continuera-t-il de soutenir ses fidèles alliés actuels, ou tentera-t-il le coup avec un « outsider » comme Lorenzo Mendoza, un grand patron vénézuélien propriétaire du groupe agroalimentaire Polar ? Et la classe travailleuse, le peuple appauvri, où en restons-nous dans tout cela ? Comment faire pour ne pas rester prisonniers de cette lutte d'intérêts dans les hautes sphères, qui n'a rien à voir avec les nôtres ?

Le gouvernement répond par les armes aux besoins du pays

L'indignation envers le gouvernement national est plus que justifiée : il a répondu tard et mal, en voulant imposer son contrôle bureaucratique, autoritaire et souvent inefficace sur ce que les gens eux-mêmes étaient déjà en train de résoudre. Selon une enquête récente, 6 personnes sur 10 touchées directement ou indirectement par les séismes jugent mauvaise (8,3 %) ou très mauvaise (52,4 %) la réponse gouvernementale ; seules 2 sur 10 approuvent la gestion à cet égard.

Cependant, un acteur fondamental sort presque indemne de la colère populaire face à la tragédie : le gouvernement des États-Unis. Le mécontentement se concentre presque en totalité sur ceux qui commandent depuis Miraflores, le palais présidentiel vénézuélien… Mais ceux de Miraflores ne reçoivent-ils pas leurs ordres de la Maison-Blanche ? Celui de Delcy Rodríguez est un gouvernement sous tutelle, subordonné pour l'essentiel aux diktats impériaux des États-Unis. Pourquoi les États-Unis n'auraient-ils pas de responsabilité dans la situation ?

En effet, on pourrait adresser aux États-Unis une question similaire à celle qu'un volontaire a posée avec colère à un garde national vénézuélien : « ils ont envoyé plus de marines que de pelles, plus de militaires que de sauveteurs ! » D'après les informations rapportées, 250 experts en sauvetage sont arrivés, tandis qu'au moins 900 marines ont été déployés ; certains rapports indiqueraient même un chiffre plus élevé.

Marco Rubio, celui-là même à qui le gouvernement de Delcy doit verser chaque mois un budget pour qu'il autorise le déblocage de notre propre argent, de l'argent du pays, a promis une aide « importante, rapide et efficace ». Mais là où ils se sont montrés les plus importants et les plus efficaces, c'est dans le déploiement militaire sur le territoire national. Alors que les proches et les bénévoles s'affairent à déblayer le béton pour retrouver des personnes et à répondre aux besoins urgents des survivants, les militaires américains n'ont pas tardé à conquérir bien plus qu'une simple tête de pont dans notre pays ; le tout en connivence avec le gouvernement vénézuélien.

Le pétrole et l'embargo économique : les responsabilités de l'impérialisme américain

Mais la responsabilité de l'impérialisme américain remonte à plus loin et est plus directe : il ne s'agit pas seulement de faire de la démagogie avec des promesses d'aide et de profiter du malheur pour occuper militairement une partie du pays. Outre l'incapacité avérée à gérer une situation comme celle-ci de la part de ceux qui sont à la tête de l'État vénézuélien, c'est un fait objectif que nous sommes face à un État dont la capacité de réaction est assez réduite, et cela résulte de la corruption locale, du transfert des revenus pétroliers vers le capital privé pour permettre la fuite des capitaux, et de longues années d'agressions américaines contre l'économie du pays.

Cela fait bientôt une décennie que les premières sanctions économiques ont été mises en place contre le pays en 2017 ; celles-ci se sont particulièrement intensifiées à partir de 2019, sous la première présidence de celui-là même qui dirige aujourd'hui le pays qui exerce sa tutelle sur le gouvernement vénézuélien. Des entraves à la vente de pétrole, à l'obtention de crédits, à l'acquisition de produits et de matières premières, des représailles à l'encontre de ceux qui commerçaient avec le Venezuela, et une multitude d'obstacles, y compris la confiscation directe des ressources nationales à l'étranger. Tout cela avant le bombardement de janvier, à la suite duquel on a volé le cumul de plusieurs mois de production pétrolière que le pays n'avait pas pu exporter en raison du blocus naval américain lui-même, et où l'on a pris le contrôle de la majorité des exportations pétrolières vénézuéliennes : c'est aux États-Unis que, depuis six mois et jusqu'à aujourd'hui, parviennent les paiements de ces ventes, dont le gouvernement Trump ne remet qu'une infime partie au pays.

Comment tout ce banditisme et ce pillage impérialiste n'auraient-ils rien à voir avec la réduction des capacités du pays à répondre à une crise comme celle engendrée par les séismes ? Comment n'y aurait-il pas de lien entre cela et, par exemple, le manque de personnel, d'équipements et d'outils dans les corps de pompiers et de la Protection civile ?
Il est vrai qu'aujourd'hui cette responsabilité n'apparaît pas clairement à la conscience du pays ; un secteur considérable manifeste même sa confiance envers les États-Unis pour mener un processus de « reconstruction » post-séismes. C'est une autre des responsabilités politiques imputables au chavisme et à la manière dont il a fini : la profondeur des attaques économiques et répressives du gouvernement chaviste contre la classe travailleuse et les secteurs populaires facilite la démagogie et la propagande derrière lesquelles l'impérialisme dissimule sa responsabilité dans les calamités nationales.

La réalité est que, comme on le constate dans n'importe quelle conversation dans le pays, nous, les Vénézuéliens, ne considérons pas que nous allons mieux qu'avant l'incursion militaire impérialiste ; même parmi beaucoup de ceux qui, excédés par le gouvernement et par la crise interminable, ont applaudi l'agression, on entend déjà dire : « C'est même pire qu'avec Maduro », ce qui n'est pas peu dire. L'économie était en croissance, et elle continue de l'être, au prix d'un approfondissement sans précédent des inégalités sociales. Un petit secteur concentre les richesses, élargit sa consommation, et la majorité, semaine après semaine, survit. Selon l'enquête d'Atlas & Bloomberg, seuls trois Vénézuéliens sur dix considèrent que la situation économique de leur famille est bonne, 8 sur 10 affirment que la situation économique du pays est mauvaise, 6 sur 10 estiment qu'à l'avenir, l'économie du pays restera la même ou empirera.

Un gouvernement sans soutien populaire. Qui le soutient ?

Maduro, privé de soutien populaire, était soutenu par la répression interne ; le gouvernement de Delcy Rodriguez est lui aussi un gouvernement sans véritable base de soutien propre, ne reposant pas sur un soutien de masse. La situation économique du pays fait que la désapprobation du gouvernement ne cesse de croître ces derniers mois, et sa gestion de la tragédie a accéléré ce processus. À ce sujet, les manifestations de rejet se succèdent quotidiennement ; il ne s'agit plus d'anecdotes isolées, mais de nombreuses expressions qui révèlent une colère qui ne se retient plus, même face à la présence des forces répressives, que de plus en plus de gens osent défier.

Cependant, le régime politique a changé au Venezuela après le 3 janvier : malgré les criailleries de la droite traditionnelle selon lesquelles « rien n'a changé », « la dictature chaviste continue », etc., le régime politique est le régime néocolonial imposé par les États-Unis et la collaboration locale. L'exécutif, le parlement et les forces armées vénézuéliennes sont subordonnés à Washington ; ils votent les lois exigées depuis le nord, ils font les pas que Trump et Rubio dictent.

De nombreux gestes et décisions montrent le soutien des États-Unis au gouvernement actuel. Lorsqu'on a interrogé un fonctionnaire américain sur une éventuelle gestion inadéquate du gouvernement vénézuélien concernant les chiffres et la tragédie en général, celui-ci a dit que le gouvernement faisait bien les choses et que les chiffres étaient soigneusement gérés. Lorsqu'un incident s'est produit dans une rue entre le ministre de l'Intérieur, Diosdado Cabello, et l'un des « volontaires » étasuniens, le gouvernement de Trump a minimisé l'affaire et affirmé que tout était éclairci. Ceux qui, dans leur mentalité de colonie, aspirent à ce que l'armée étasunienne séquestre aussi Diosdado, sont irrités et demandent des explications sur la raison pour laquelle, au contraire, John Barrett et les hauts gradés yankees se réunissent cordialement avec lui (et alors qu'une récompense étasunienne pour la capture de Diosdado est toujours en vigueur).

La plus récente désillusion pour ceux qui placent tout l'espoir d'un changement de gouvernement dans les décisions impérialistes a été les déclarations de Trump dans lesquelles, explicitement, il a dit qu'aucune élection n'est envisagée pour l'instant au Venezuela. Le pays est descendu au rang du tiers-monde, il n'est pas en état d'aller à des élections, Washington continuera de diriger le pays jusqu'à ce qu'il considère qu'il y a la stabilité et la maturité suffisantes pour élire son gouvernement — voilà ce qu'a dit, à peu de mots près, l'énergumène impérial.

Dans le pays, nous pourrions entrer dans un climat social où la patience s'épuise face aux maux endurés et aux promesses d'« amélioration » après l'incursion impérialiste. Pour l'instant, le fossé entre les projets de Trump et l'aile de María Corina semble se creuser, à la suite des manifestations minuscules – mais qui n'en restent pas moins un geste que les mandants impérialistes ne semblent pas disposés à tolérer – organisées par certains bureaucrates syndicaux liés au MCM (de la Coalition syndicale) devant l'ambassade américaine, remettant en cause le soutien des États-Unis au gouvernement de Delcy Rodríguez. Cependant, si la crise sociale s'aggrave, il ne faudrait pas exclure que l'impérialisme choisisse de se tourner vers María Corina comme plan B pour maintenir la stabilité du protectorat. Quoi qu'il en soit, le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre, où une défaite de Trump est probable, apportera de nouveaux éléments à cette situation.

Les classes populaires vénézuéliennes, livrées à elles-mêmes, doivent marcher sur leurs propres jambes

L'absence de la classe travailleuse et des secteurs populaires comme sujets politiques autonomes a laissé le champ libre à des issues réactionnaires, contraires aux intérêts de la majorité. Aujourd'hui encore, les élites décident de nos destins : du gouvernement à la prétendue « reconstruction » de La Guaira, tout se négocie entre les occupants, les politiciens subordonnés aux États-Unis, les forces armées, l'État d'Israël et les grandes entreprises du bâtiment.

Aujourd'hui plus que jamais, nous devons ne compter que sur nos propres forces en tant que peuple travailleur : personne dans les hautes sphères ne veillera à nos intérêts ! Après le 3 janvier, tous les puissants ont garanti leurs intérêts : les gringos, le contrôle du pays ; la caste dirigeante, sa survie en tant que lobby ; les patrons, un gouvernement qui leur donne tout ce qu'ils demandent. Les besoins de la classe travailleuse, eux, sont restés totalement en dehors de ce jeu de pouvoirs. Aujourd'hui, après les séismes, il n'en ira pas autrement, à moins que nous ne dressions notre force contre tous ces intérêts.

S'il y a une chose qu'a démontrée l'énorme réponse de solidarité par en bas face à la tragédie, c'est ce dont nous sommes capables quand une volonté se mobilise en masse. Il convient de prendre conscience de ce potentiel. L'activité massive auto-développée par des milliers de personnes dans les quartiers et les communautés est un point d'appui central pour chercher à mettre sur pied des instances d'auto-organisation des masses. Développer ce contre-pouvoir potentiel d'en bas est la seule façon de construire une issue de fond qui nous soit propre.

Forts de cette prise de conscience et dans une perspective d'indépendance politique de la classe ouvrière, nous devons refuser que cet État, bureaucratique, autoritaire et au service des intérêts impérialistes, contrôle les processus d'aide et d'organisation après les séismes. Le sort des familles touchées ne peut être laissé entre les mains d'un gouvernement qui a réagi tardivement et mal ; ces familles doivent avoir le droit de choisir démocratiquement leurs porte-parole dans chaque refuge et de se coordonner avec les porte-parole des autres refuges, afin d'exprimer leurs intérêts de manière organisée et avec force.

Face aux occupants impérialistes, il faut exiger la fin de tout contrôle qu'ils exercent sur les ressources nationales ; le Venezuela doit disposer d'un contrôle souverain total sur ses ressources en toutes circonstances, et a fortiori aujourd'hui pour répondre aux nombreux besoins. Toutes les sanctions américaines contre l'économie, cet étouffement dont le pays n'a pas été libéré même au milieu de la pandémie de Covid-19, doivent cesser de manière définitive, et non au gré de Trump et de Marco Rubio, qui desserrent ou resserrent l'étau selon leurs intérêts impérialistes.

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