Dégradation des conditions de travail : grève nationale des travailleurs d'Airbus dans l'Etat espagnol
Tue, 14 Jul 2026 10:32:37 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes assemblées de travailleuses et travailleurs marquent le rythme du conflit. Les salariés du site Airbus de Cadix réunis dans l'une d'elles ont en effet décidé de se joindre à la grève lancée à Getafe il y a une semaine et soutenue par ceux du site de Séville. Les bénéfices d'Airbus contrastent avec la perte du pouvoir d'achat et des droits des travailleurs.

Article initialement paru dans La Izquierda Diario, le journal du Courant des Travailleurs Révolutionnaires, l'organisation sœur de Révolution Permanente dans l'Etat espagnol.
La décision a été prise à main levée. Les salariés, réunis en assemblée générale, ont décidé ce jeudi que l'usine d'Airbus à Cadix se joindrait dès ce vendredi à la grève lancée il y a quelques jours à Getafe par le SIPA (Syndicat indépendant des professionnels de l'aéronautique). L'usine de Getafe représente 9 000 emplois salariés directs, dont 7 000 employés de bureau et ingénieurs et 2 000 ouvriers d'atelier. La décision de l'usine de Cadix a été précédée par celle des travailleurs de l'usine de Séville. Le conflit franchit ainsi une nouvelle étape et touche désormais pratiquement toutes les usines d'Airbus en Espagne.
Cette mobilisation intervient après des mois de négociations infructueuses sur la convention collective. Alors que la direction d'Airbus refuse de céder, une partie croissante des salariés insiste sur le fait que l'entreprise cherche à continuer la dégradation des conditions de travail qui dure depuis des années.
« Il s'agit désormais davantage d'un mouvement des salariés que des syndicats », explique un militant de la CGT de Cadix. Un rôle central dans la coordination du conflit est désormais joué directement par les salariés eux-mêmes, via des groupes créés pour partager l'information et organiser la riposte dans les différents sites.
La décision de soutenir la grève à Cadix a été prise en assemblée générale, un fait que plusieurs salariés soulignent comme une illustration du rôle de premier plan que les travailleurs eux-mêmes sont en train d'acquérir dans la progression du conflit.
Une entreprise connue pour ses pratiques d'exploitation
Bien que le désaccord porte sur la nouvelle convention collective, pour de nombreux salariés, l'origine du conflit est bien plus profonde.
Ils dénoncent le fait que, depuis 2020, ils ont perdu 8,59 % de leur pouvoir d'achat par rapport à l'évolution de l'inflation et rejettent une proposition patronale qui, loin de leur permettre de regagner ce terrain perdu, prévoit de nouveaux reculs.
Parmi les principales revendications figurent le rétablissement du pouvoir d'achat, le maintien des deux jours de télétravail par semaine face à l'intention de la direction de les réduire à un seul, le maintien de l'indemnité d'incapacité temporaire dont la suppression est contraire aux décisions de justice existantes, ainsi que le maintien des aides sociales telles que celles destinées aux études des enfants des salariés.
De nombreux salariés attribuent en outre l'origine de cette détérioration aux accords successifs signés depuis 2012 par le syndicat CCOO, qui, selon eux, ont entraîné une perte continue de droits.
Tout cela contraste avec la situation économique du groupe Airbus, qui continue d'afficher d'importants bénéfices et dispose d'un carnet de commandes rempli, garantissant des années d'activité grâce aux programmes d'armement qui promettent en Espagne comme en France davantage de guerres et moins de services publics.
La grève s'étend à partir de la base
Si ce conflit se caractérise par une chose, c'est bien par la rapidité avec laquelle il s'est propagé d'un site à l'autre. Ce qui a commencé à Getafe, le troisième site d'Airbus au niveau mondial, a trouvé un écho à Séville, puis aujourd'hui à Cadix. Selon les travailleurs, l'élan provient principalement des assemblées elles-mêmes et de la coordination directe entre les équipes.
L'appel à la grève bénéficie du soutien majoritaire de cinq organisations syndicales (SIPA, UGT, CGT, CSIF et ATP), tandis que la CCOO reste en marge de la grève. Les salariés n'oublient pas que ce sont eux qui ont signé la convention collective en vigueur et qu'ils ont, pendant des années, accepté des accords qui ont favorisé la perte progressive de leurs droits.
Les critiques n'ont toutefois pas freiné la mobilisation. Au contraire. L'ambiance qui régnait lors de l'assemblée tenue à Cadix reflétait une large volonté de se joindre au conflit.
Les salariés d'Airbus n'ont pas seulement une histoire, ils ont une tradition
L'implication de Cadix revêt également une signification particulière. La baie de Cadix possède une longue tradition de conflits sociaux qui ont marqué plusieurs générations. Les mobilisations du secteur métallurgique, les luttes chez Navantia, la fermeture de Delphi ou les conflits antérieurs chez Airbus font partie d'une mémoire ouvrière qui refait surface lorsque les salariés estiment que les négociations n'apportent pas de réponses à leurs revendications. L'ampleur de la grève montre que la colère accumulée depuis des années a enfin trouvé une expression collective.
C'est de la force ouvrière coordonnée que dépend le rapport de force. La grève lancée à Getafe, sa propagation à Séville et la décision de l'assemblée de Cadix, confirment que le conflit a déjà dépassé le cadre d'une simple négociation. Transformer cette grève en un symbole ouvrier et populaire contre l'exploitation et la machine de guerre est une responsabilité qui revient à toutes et à tous.