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14 juillet : le spectacle militariste de Macron sur fond d'austérité et de canicule

Tue, 14 Jul 2026 16:26:13 CEST

Révolution Permanente

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Le défilé militaire massif voulu par Macron pour ce 14 juillet, en présence de nombreux dirigeants européens, sera à l'image des deux mandats du président : une célébration ultra-militariste sur fond de soutien indéfectible à l'Ukraine, pendant que l'austérité a ravagé les services publics et que la canicule tue des milliers de travailleurs.

Pour son dernier 14 juillet en tant que président, Macron a voulu s'offrir un « spectacle » à la hauteur du militarisme effréné de ses deux mandats. Avec 6600 participants à pied, 300 véhicules, 95 avions, 31 hélicoptères, sans oublier les 193 chevaux de la Garde républicaine, le défilé édition 2026 sera la plus imposant des dernières années. Sous la canicule, sur l'asphalte brûlant des Champs-Elysées, ont défilé tous les « meilleurs » éléments d'une armée impérialiste que Macron a cherché à muscler.

À travers cette cérémonie, le gouvernement a certainement eu à cœur d'impressionner les invités présents à Paris ce mardi : 25 dirigeants de pays appartenant à la « Coalition des volontaires », cadre diplomatique lancé par la France et le Royaume Uni et né de la volonté étasunienne de se désengager du conflit en Ukraine et d'en laisser la charge aux impérialismes européens. Car si ce défilé du 14 juillet témoigne de la course aux armements débridée que Macron a contribué à relancer, il se déroule avant tout sous le signe de la défense des intérêts militaires et financiers de l'Union européenne en Ukraine.

Volodymyr Zelensky lui-même s'est rendu à Paris pour l'occasion, alors que la veille, lundi 13 juillet, se tenait un sommet de cette coalition. Dans le défilé, les forces européennes et ukrainiennes sont mises à l'honneur. 500 soldats internationaux, deux bataillons multinationaux de l'OTAN, accompagneront les militaires français. Ils seront suivis par 25 soldats ukrainiens, dans une démonstration on ne peut plus claire de l'implication militaire de la France et de l'UE dans la guerre en Ukraine. Son déclenchement en février 2022 a été un accélérateur de la militarisation des puissances européennes. Si la Russie a toujours constitué un concurrent stratégique, le pays est désormais considéré comme une « menace existentielle » pour l'Europe. Le désengagement de l'impérialisme étasunien, qui préfère se concentrer sur sa rivalité avec la Chine, a achevé de pousser les puissances impérialistes européennes à renforcer leur propres capacités militaires pour ne plus dépendre d'un parapluie stratégique devenu incertain.

Lors de son discours aux armées à l'hôtel de Brienne, ce lundi 13 juillet, Macron n'a pas manqué de se vanter d'avoir mis en place sous ses deux mandats une « économie de guerre » en démultipliant le budget de l'armée, pour atteindre « un effort de défense à hauteur de 2 % de la richesse du pays ». Ce budget a en effet presque doublé entre 2017 et 2026, passant de 32 milliards à 57 milliards. Et cette hausse n'est pas prête de s'interrompre, alors même que l'Assemblée a approuvé il y a quelques semaines une mise à jour de la loi de programmation militaire, prévoyant une hausse de 36 milliards du budget prévu dans les prochaines années. Selon cette dernière version, le budget des armées en 2030 devra atteindre 75,7 milliards d'euros. Autant de milliards pour investir dans les engins de mort qui défilent ce 14 juillet et pour défendre les intérêts de l'impérialisme français à l'étranger.

Pendant ce temps, c'est une austérité toujours plus brutale que Macron a infligée aux travailleurs français. Année après année, du budget de Bayrou à celui de Lecornu pour ne citer que les deux derniers, c'est une véritable saignée qui est imposée à l'ensemble des services publics, de l'éducation nationale aux hôpitaux, en passant par les universités et les transports. Classes surchargées, déserts médicaux, urgences saturées : les travailleurs, et tout particulièrement les plus précaires, subissent de plein fouet la casse sociale qui permet aux gouvernements de financer leur politique militariste.

Les canicules que subit le pays depuis juin, et qui ont fait atteindre à Paris des températures avoisinant les 40 degrés, démultiplient les conséquences dramatiques de l'austérité pour les travailleurs. Pendant la seule semaine du 22 juin, 2025 morts supplémentaires ont été enregistrées en France. Un chiffre provisoire qui annonce un bilan glaçant pour l'ensemble de l'été, si les vagues de chaleur continuent de se poursuivre. La régularité de ces épisodes « exceptionnels » est le résultat de la crise climatique produite par le mode de production capitaliste, mais la surmortalité induite par la canicule découle directement de la fragilisation des services publics de santé par les politiques austéritaires portées par la macronie et les gouvernements précédents.

Les incendies qui embrasent actuellement la France n'échappent pas à la règle. Pendant que Macron et ses homologues pourront admirer toute la puissance de feu de l'armée française sur les Champs Elysées, à soixante kilomètres de Paris plus de mille hectares de la forêt de Fontainebleau sont dévorés par les flammes. Et ce départ de feu n'est que le plus proche de la capitale : face à la multiplication des foyers et les moyens rabougris des pompiers sous austérité, l'Etat sélectionne les territoires à protéger et ceux à sacrifier : dans la Drôme près de Die, le feu a dû être affronté sans Canadair, envoyés dans d'autres régions.

Mais le tournant militariste ambitionné par la bourgeoisie française ne peut se faire qu'avec des milliards : il lui faut aussi du « sang », comme l'a justement rappelé Macron ce lundi dans son discours. Les gouvernements ont multiplié les dispositifs pour faire de l'Education nationale une voie de recrutement pour les armées, à coup de classes défense et de « service national universel », désormais rebaptisé « service national ». Mais malgré tous ces efforts d'embrigadement, que le gouvernement français partage avec l'ensemble des puissances européennes, certains secteurs de la jeunesse refusent de céder à ce discours belliste, comme en Allemagne où le questionnaire obligatoire sur la volonté de s'engager dans l'armée soumis à 300 000 jeunes a abouti à seulement ... 530 nouvelles recrues. Un symbole on ne peut plus éloquent de la difficulté des impérialistes occidentaux à vendre leur rhétorique du « sacrifice pour la patrie ».

Cependant, les gouvernements européens l'ont déjà annoncé pour certains : face à cette indocilité, l'Etat n'hésitera pas à recourir à la force. Car le projet militariste célébré par le défilé du 14 juillet est avant tout un projet autoritaire : la reconstruction de la capacité destructive de l'armée à l'étranger implique une militarisation interne de la société française. À savoir l'imposition d'une discipline par des attaques toujours plus dures des droits démocratiques et des marges de manœuvre toujours plus grandes accordées aux forces de répression. Celles-ci seront tout aussi mises à l'honneur que leurs collègues militaires ce mardi : 7000 policiers et gendarmes seront déployés sur la journée dans l'agglomération parisienne. Mais eux ne seront pas là pour défiler : avec la demi-finale de la Coupe du monde France-Espagne à 21h, la préfecture de police entend bien ruiner la joie des supporters par la répression. Une violence d'Etat systématiquement raciste et dirigée contre les jeunes des quartiers populaires, comme en ont tristement témoigné les deux récentes victoires en Ligue des Champions du PSG.

Mais ce tournant militariste se heurte à des contradictions qui montrent que, malgré les efforts du gouvernement pour rallier la jeunesse à son projet, celle-ci est encore loin d'être conquise par son entreprise d'embrigadement. Ce n'est pas non plus par la répression qui pourra venir à bout ni de la joie ni de la colère des classes populaires. Cette résistance, qui explose parfois sur la scène nationale mais se poursuit de jour en jour, vient nous rappeler que le projet militariste Macron et de la bourgeoisie française est tout sauf inéluctable. Ce même 14 juillet, un défilé internationaliste appelé par les collectifs de sans-papiers, la Marche des solidarités, Urgence Palestine ou encore le Comité Adama, est partie à 15h de Bastille pour porter une autre voix. La voix des peuples colonisés qui ont été les premières victimes de la machine de guerre et de répression que l'Etat français est en train de reconstruire. Mais aussi la voix de tous les travailleurs, sans papiers ou régularisés, qui ont en leur pouvoir de mettre un coup d'arrêt à la course aux armements, et aux politiques impérialistes et austéritaires qu'elle sert. Soyons nombreux ce 14 juillet, à 15h à Bastille, pour défendre un projet anti-militariste et anti-impérialiste qui soit porté par l'ensemble du mouvement ouvrier !

Crédit photo : captures d'écran Le Parisien.

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