Canicule : un travailleur meurt sur le chantier des 24 Heures du Mans, l'État et le patronat responsables
Tue, 14 Jul 2026 17:49:51 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFin juin, un travailleur de 42 ans est mort alors qu'il travaillait sur le circuit automobile du Mans en pleine canicule. L'Etat et le patronat portent la responsabilité de ce drame.

Dans un article paru cette semaine, Mediapart a révélé qu'un homme était mort au travail le 23 juin dernier lors du démontage des installations de l'évènement automobile des 24h du Mans.
Le jour du décès, un épisode caniculaire traversait la France depuis déjà plusieurs jours, la Sarthe était en vigilance rouge canicule et la température sur le lieu de travail atteignait 40° à l'ombre, des conditions donc véritablement insupportables pour réaliser un travail physique en extérieur pendant plusieurs heures l'après-midi.
La responsabilité des employeurs dans la mort du travailleur ne laisse aucun doute, d'autant plus que dans son article, Médiapart affirme que le démontage devait être réalisé dans des délais réduits afin que puissent se préparer d'autres évènements automobiles sur la même piste les jours suivants. Cette exigence de rapidité a contribué à accroître la pression exercée sur les travailleurs. L'employeur avait connaissance des risques encourus par les travailleurs, comme le démontre l'avertissement de l'inspection du travail à son égard à l'automne 2025 précisément sur la question des fortes chaleurs.
La Direction générale du travail pointe aussi dans son rapport sur l'incident la responsabilité des employeurs en affirmant que « le salarié a travaillé sans que des mesures adaptées pour faire face au risque de forte chaleur soient mises en place ». En effet, les travailleurs opéraient dans une zone avec très peu d'ombre, entouré d'asphalte brûlant et avec pour seul dispositif mis en place une glacière avec de l'eau à disposition.
À la suite du décès du travailleur, il a fallu attendre les révélations de Médiapart près d'un mois plus tard pour que l'incident soit public et que les circonstances précises commencent à être éclaircies. Pendant les semaines qui ont suivi ce 23 juin, les employeurs ont gardé un silence complet, probablement par peur que la révélation et leur responsabilité n'entâche leur propre image. Un silence qui illustre une nouvelle fois la place accordée à la préservation de leurs intérêts, au détriment de la sécurité des travailleurs.
Les conditions qui ont mené à la mort d'un travailleur ce 23 juin sont aussi celle de l'usage sans limite de la sous-traitance par le patronat puisque l'homme de 42 ans était employé par DS Presta, petite entreprise elle-même sous-traitante pour Liberté Events, elle aussi sous-traitante pour l'entreprise Alcor, cette dernière ayant passé un contrat avec l'Automobile Club de l'Ouest (ACO), organisateur de l'évènement automobile. Comme dans de nombreux cas, ce recours à la sous-traitance a participé à précariser les conditions de travail et favoriser la venue d'un tel drame.
L'Etat lui aussi porte sa part de responsabilité puisque la préfecture de la Sarthe avait fait le choix de ne pas interdire les chantiers l'après-midi, alors que plusieurs autres départements l'avaient fait.
Ce décès vient s'ajouter à une liste déjà longue d'ouvriers, particulièrement dans le secteur du bâtiment, qui ont déjà perdu la vie en travaillant depuis le début des épisodes caniculaires de 2026. Ces morts ne sont pas des accidents, mais bien le résultat direct de la gestion de la canicule par l'Etat et de l'avidité capitaliste pour le profit au détriment de la vie des travailleurs.
Face à la nouvelle vague de canicule qui touche le pays mi-juillet mais aussi en prévention des suivantes, il est urgent de lutter pour de véritables mesures de protection des travailleurs, comme la baisse des cadences, la diminution du temps de travail, de véritables aménagements des sites de production aux fortes chaleurs, mais aussi l'arrêt de la production non essentielle lors d'épisode caniculaire.