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« On a des horaires atypiques » : les soignantes dénoncent la réduction des horaires des crèches de l'AP-HP

Tue, 14 Jul 2026 21:04:23 CEST

Révolution Permanente

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Alors que les soignant·es assurent la continuité des soins 24 heures sur 24, la direction du GH Nord de l'AP-HP envisage de réduire l'amplitude horaire des crèches hospitalières et de les fermer le week-end. Une manière de faire payer le prix de l'austérité aux soignants et surtout aux soignantes.

Le 3 juillet 2026, les sections syndicales CGT et FO de l'hôpital Bichat ont rédigé un communiqué de presse conjoint dénonçant le projet de la direction de l'hôpital de fermer les crèches hospitalières de l'APHP le week-end et une réduction des horaires nocturnes selon les services. Les crèches hospitalières permettent aux travailleur.euse.s de l'hôpital, dont les trois quarts sont des femmes, de faire garder leurs enfants malgré leurs horaires atypiques.

Samira, déléguée syndicale CGT insiste sur la nécessité absolue de ces crèches pour les travailleuses avec de jeunes enfants : « La direction a dit ce n'est pas grave, nous pourrons les accompagner pour prendre des assistantes maternelles… Mais c'est ridicule quand on voit nos salaires. On nous dit aussi que les conjoints pourraient venir chercher les enfants à la fermeture de la crèche mais les hôpitaux sont sur Paris mais les agents n'habitent pas à côté ! Parfois ils habitent dans l'Eure-et-Loire ou l'Essonne. On ne peut pas garder l'enfant pour la dernière heure de crèche supprimée. Si on pouvait se loger sur Paris on se logerait sur Paris mais on ne peut pas. On n'a pas les moyens pour des assistantes maternelles, et on a des horaires atypiques ! Les assistantes maternelles n'acceptent pas ça... Et c'est leur droit ! Qui accepte de garder des enfants jusqu'à 23 heures, les week-end et les jours fériés, personne n'accepte ça ». Le dispositif des crèches hospitalières est donc tout simplement essentiel pour permettre aux travailleuses de l'hôpital avec de jeunes enfants de continuer à travailler dans un hôpital parisien.

À cela s'ajoute toute la difficulté de trouver un mode de garde en dernière minute pour les agents concernés. Océane*, infirmière dans un service d'urgence du GH Nord, a accouché en avril et a été prévenue fin mai du projet de réduction des horaires de la crèche, trop tard, même dans le meilleur scénario, pour trouver une assistante maternelle : « On ne peut pas trouver une assistante maternelle en août, elles sont en vacances, mon époux n'a pas de voiture et nous habitons à Colombes. Je contacte les cadres, et ils ne sont pas au courant de ce projet de réduction des horaires de crèches. Le 23 mai je leur demande s'ils ont trouvé une solution, et le 26 mai elle me demande de me rapprocher de la DRH, car je demandais s'il y aurait des aménagements de poste pour les parents mis en difficulté. Mais je n'ai jamais eu de réponse et les RH étaient impossibles à joindre par téléphone. J'ai relancé à plusieurs reprises, et le 6 juillet seulement on me donne les contacts du DRH gestion de proximité et à ce jour j'ai un RDV pour le 21 juillet, trop tard pour trouver une assistante maternelle. Il y a trois jours j'ai reçu un mail de la secrétaire pour m'informer que la fermeture serait reportée à 2027. Mais j'avais dû informer la direction que je devrais démissionner car je ne vais pas laisser mon bébé de 5 mois dans la rue de 20h à 21h. Ils ne font rien pour nous et j'ai un vrai ras-le-bol, et j'ai décidé de partir dans le privé ».

Le service des crèches hospitalières est un dispositif très ancien mais qui a déjà subi les fouets de l'austérité et des violences organisationnelles. Auparavant financées par l'hôpital, elles sont désormais financées par la CAF, qui exerce un contrôle très rapproché sur les finances des crèches.

Samira, dont la fille était bénéficiaire de la crèche au moment de la transition, décrit la dégradation des conditions de prise en charge des enfants des agent.e.s : « A l'époque la crèche coûtait 90€ par mois et au bout de 3 ans et demi de financement CAF c'est passé à 450€ par mois ! » Un mode de garde qui est donc loin d'être gratuit pour les agents de l'APHP, mais auquel il n'y a pas vraiment d'alternative réaliste pour l'ensemble des agent.e.s.

Et pourtant, les crèches hospitalières ont pu fournir des services adaptés aux besoins des agent.e.s et de leurs enfants par le passé. Samira poursuit : « Je trouvais ça tellement serein de pouvoir déposer ma fille avant d'aller au bloc opératoire. C'était l'excellence, ces crèches. Ma fille a 14 ans et se souvient encore de certaines auxiliaires. Au bout de 3 ans et demi, quand j'ai retracé toutes les activités qu'elle avait fait en crèche, j'ai pris conscience de tout ce qui avait été mis en place sur le plan éducatif. Il n'y avait jamais de problème budgétaire, ils donnaient des petits gâteaux pour la durée du trajet de retour. Maintenant ils calculent tout même sur les petits goûters de 16 heures. Maintenant même pour un quart d'heure de retard on nous facture l'heure ! Mais on n'était pas au café, on était au bloc opératoire, comment on fait, on quitte le chirurgien pour aller chercher son enfant ? Et ces quarts d'heures ne sont jamais payés en heures supplémentaires. On paye pour travailler. La bascule au financement CAF a complètement fait basculer la gestion de la crèche. Et on ose encore voter des réductions de budget ».

A l'heure actuelle, ce sont 23 familles d'agent.e.s du Groupe Hospitalier Nord qui sont concernées. Le projet de réduction des horaires d'accueil de la crèche a été annoncé aux agent.e.s à la fin du mois de mai dernier, et les familles concernées ont envahi une instance au mois de juin. Une pétition interne et publique ont circulé, avec le soutien y-compris de médecins et chefs de services inquiets pour la continuité du service en cas de départ d'agent.e.s usager.e.s de la crèche. Les pétitions ont été déposées auprès de la direction sans qu'elle ne recule.

Samira explique que le GH Nord cherche à étouffer la contestation en divisant les agent.e.s : « On leur propose des solutions au cas par cas. Des changements d'horaires… Ou alors des changements de service… Mais c'est momentané. Le problème sera le même pour les prochains agents qui auront des enfants. Et ceux qui auront des solutions à titre personnel les prendront mais le problème persiste à long terme ».

Océane, dont le service a choisi de repousser la réduction des horaires à 2027 n'est plus immédiatement concernée mais ne se serait pas satisfaite de cette solution : « On nous aurait sans doute proposé une mutation de service mais moi les urgences j'ai choisi en fonction du salaire et si on change de service on sera moins payés. Et on doit choisir son service. Émotionnellement c'est dur d'être infirmière, si par exemple on me mute en psychiatrie et que je n'y arrive pas avec les patients, je fais quoi je dois faire avec ? Mais c'est toujours ce qu'on nous propose… J'avais une copine qui avait des problématiques de harcèlement et on ne lui a proposé que de changer de service. C'est toujours la solution ».

De bout en bout, elle décrit non seulement le mépris d'annoncer une réduction des horaires de crèche en dernière minute, mais qui concerne aussi tous les agent.e.s avec des enfants : « Ils ont placé tous mes congés annuels en septembre alors que je n'avais jamais demandé ça et que je n'ai pas encore formellement démissionné. La direction prend des décisions comptables et nous met nous et les patients en danger. Là, ils n'ont toujours pas accepté ma demande de congé pour l'intégration de mon fils à la crèche. On fait que nous mettre des bâtons dans les roues, c'est infernal, rien pour nous faciliter la vie ».

La réduction des horaires de la crèche va toucher en premier lieu les soignantes dont les salaires sont les plus bas, les aides-soignantes et les infirmières, les brancardier.e.s, qui vivent le plus loin de l'hôpital et n'ont pas les moyens de trouver un mode de garde alternatif. Ce sont autant de travailleuses qui vont probablement quitter l'hôpital public après cette nouvelle coupe budgétaire : « Des centaines d'infirmières risquent de quitter l'hôpital en septembre. Or on est infirmières, pas seulement sur le diplôme, mais aussi avec le temps et l'expérience. On a un service en urgence cardiologique avec des prises en charge très particulières, un énorme service d'urgences et ces compétences risquent de partir sur des lignes budgétaires ».

La réduction des horaires de la crèche vise à faire payer l'austérité aux soignant.e.s, alors que ce sont elles et eux qui font vivre l'hôpital. En multipliant les mesures qui rendent le métier toujours plus difficile, les directions hospitalières organisent sciemment la casse de l'hôpital public : ils poussent de nombreux soignant.e.s vers le privé, l'intérim ou la reconversion, alimentant une spirale de pénurie de personnel qui sert ensuite à justifier de nouvelles restructurations, l'externalisation de certaines activités et une plus grande place accordée aux acteurs privés.

A plus long terme, si les crèches hospitalières se trouvent menacées hôpital après hôpital - car les modes de gestion comptables des hôpitaux que décrivent les usagères des crèches hospitalières sont les mêmes dans tous les hôpitaux publics - , cela conduira à une précarisation toujours plus grande des infirmières, aides soignantes ou brancardiers, et tout particulièrement des femmes exerçant ces métiers qui sauront qu'elles ne pourront probablement pas maintenir leur activité professionnelle à l'hôpital après une naissance. Ces problèmes de mode de garde pèsent le plus lourd sur les femmes, et parmi elles, sur celles qui sont isolées, qui élèvent seules leurs enfants, et qui ne vivent pas à proximité d'autres membres de leur famille, notamment les migrantes… Une attaque sur les modes de garde des enfants reproduit et renforce toutes les inégalités qui traversent la société, alors que les postes en milieu hospitalier sont déjà les plus pénibles et souvent occupés par des jeunes ou des personnes racisées.

Cette attaque devrait être dénoncée en tant qu'elle constitue un énorme recul social pour les travailleur.euse.s hospitalier.e.s avec des effets qui vont renforcer toutes les oppressions qu'iels subissent. Mais il faut se saisir de cette question au-delà du seul secteur de la santé, car l'ensemble des travailleur.euse.s sont confrontés, toujours à cause de l'austérité, à des fermetures de crèches qui réduisent les possibilités pour les femmes d'avoir une vie en dehors de leur maternité, et tout particulièrement les femmes déjà précaires et isolées.

Il y aurait matière à mener une bataille probablement riche d'enseignements pour la construction d'une riposte féministe de classe, des travailleuses de la santé en alliance avec d'autres secteurs. C'est pourquoi il est essentiel de nourrir les ponts entre les mobilisations contre la fermeture de toutes les crèches, les luttes des travailleurs hospitaliers et ceux de la petite enfance, avec un soutien féministe pour gagner face aux directions hospitalières.

*Le nom a été modifié

Crédits photo : Capture d'écran de l'hôpital Bichat sur Google Maps

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