Canicule. L'État active le « Plan ORSEC », une réponse de façade face à la gravité de la situation
Fri, 10 Jul 2026 20:18:55 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe gouvernement a annoncé la mise en place du « Plan ORSEC » ce vendredi 10 juillet. Le dispositif, qui prévoit quelques dispositions en direction des personnes âgées, est largement en deçà de la gravité de la situation, alors que plusieurs villes vendéennes sont privées d'eau et que les conditions de travail sont toujours plus infernales.

La troisième vague de canicule, qui a commencé début juillet, et qui touche tout particulièrement le centre et l'ouest de la France, devrait à minima durer jusqu'au mardi 14 juillet. Critiqué pour son impréparation et son inaction lors des vagues caniculaires des dernières semaines, le gouvernement vient d'annoncer ce matin l'activation du dispositif « Organisation de la Réponse de Sécurité Civile » (généralement désigné sous l'acronyme de « Plan ORSEC ») dans l'ensemble des départements classés « rouge » par Météo-France.
Habituellement mis en place à l'échelle locale, par le préfet, pour la gestion de crises sanitaires ou de catastrophes naturelles, la nouveauté de ce dispositif est la création d'un volet national spécifique « ORSEC Chaleurs extrêmes ». Invitée ce vendredi matin sur TF1, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a esquissé les grands contours du plan. Il devrait notamment se traduire par un recensement des personnes vulnérables, l'ouverture la nuit de « zones de fraîcheur » et la mobilisation des travailleurs de la Poste pour effectuer des maraudes auprès des personnes âgées isolées.
Dans un communiqué paru le 26 juin, la Poste explique se mobiliser, « en appui des communes qui le souhaitent, pour contribuer à l'identification et à la protection des personnes âgées, isolées ou vulnérables. À la demande du premier ministre, les facteurs pourront effectuer, au cours de leurs tournées, des visites de repérage destinées à détecter d'éventuelles situations préoccupantes et à alerter les services compétents. » Le gouvernement propose comme principale solution une méthode qui existait déjà, mais qui a été supprimée par la casse des services publics. Alors que les postiers pouvaient s'enquérir de la santé des habitants et des personnes potentiellement vulnérables sur les tournées, des années de coupes budgétaires et de casse des services publics ont rendu ces tâches impossibles. Le gouvernement cherche à appliquer à nouveau cette méthode artificiellement, sans augmentation de salaire, ni embauche, ni adaptation des horaires.
Derrière l'effet d'annonce, le plan est en fait extrêmement en deçà des besoins de la population. En huit jours, la précédente vague de chaleur avait coûté la vie à au moins 2 000 personnes en France, en lien avec une saturation complète des hôpitaux, le manque d'espaces climatisés, dans les espaces de vie et de soin, et la multiplication des accidents de travail dus à des conditions de vie et d'emploi désastreuses. Loin d'une rupture avec la politique d'inaction menée par le gouvernement lors des deux précédentes canicules, ce plan est en fait dans sa droite lignée et semble avoir une seule règle d'or : ne surtout rien coûter à l'État et au patronat.
En Vendée, l'un des épicentres de la canicule, plusieurs milliers de personnes sont par exemple privées d'eau courante en raison d'une intoxication au manganèse. Sur place, la plupart des supermarchés sont forcés de rationner les bouteilles d'eau, plaçant la population d'au moins 13 villes, dont la Roche-sur-Yon, en situation de stress hydrique. Face à cette situation, des « zones de fraîcheur » proposées par le gouvernement paraissent bien dérisoires.
Plus largement, les témoignages s'accumulent quant aux conditions de vie et de travail toujours plus intenables que subissent des millions de personnes en France. Centres de rééducation, transport ferroviaire, foyers d'accueil médicalisés, RATP, sans domicile fixe, métiers de la culture, bibliothèques, métallurgie : aucun secteur du monde du travail n'est épargné.
Dans les centres de rétention et lieux de détention, les conditions de vie sont là aussi intenables. A Nîmes par exemple, au moins 115 détenus viennent d'annoncer porter plainte contre leurs conditions de détention largement aggravées par la canicule.
Pourtant, la réponse du gouvernement est à mille lieues des nécessités qu'impose la situation. Et pour cause : le plan ORSEC tout juste annoncé ne vise qu'à faire taire les accusations d'inaction, mais non à apporter la moindre réponse concrète. Au-delà de l'effet d'annonce, le plan s'applique à une partie seulement de la population, et ne prévoit aucune dépense, aucun investissement, et le peu de mesures concrètes qu'il contient consistent en réalité à faire augmenter la charge de travail des postiers sans la moindre hausse des salaires, et alors qu'ils subissent eux-mêmes de plein fouet la canicule.
Avec ce genre de mascarade, il est de plus en plus évident que le gouvernement n'apportera aucune solution à la situation de crise écologique dans laquelle nous nous trouvons. Pourtant, il y a urgence à réagir. Les travailleurs ont la force de porter une série de revendications primordiales : la mise en place d'un plan d'urgence, l'arrêt des productions non essentielles et un investissement massif dans le système de santé directement pris sur les profits du patronat. Sans de telles mesures, les situations de crise et les victimes de la canicule ne pourront que s'aggraver.