Transphobie d'État : La Cour Suprême états-unienne valide l'exclusion des femmes trans du sport féminin
Wed, 08 Jul 2026 19:21:07 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe mardi 30 juin, la Cour Suprême états-unienne a rendu une décision validant l'exclusion des femmes trans des compétitions sportives féminines. Une décision qui s'inscrit dans une offensive politique plus large contre les personnes trans aux États-Unis et les protections anti-discriminations.

Ce mardi 30 juin, la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu un arrêt reconnaissant le droit aux écoles d'exclure les femmes trans des compétitions sportives. Plus précisément, la Cour a validé des lois déjà en place dans plusieurs États conservateurs, estimant qu'elles ne violaient pas les garanties fédérales contre les discriminations dans l'éducation. Une décision qui vient remettre en cause la protection anti-discrimination qui pouvait jusque-là être reconnue aux personnes trans en fonction du critère de leur “sexe assigné”.
Là où une différence de traitement entre femmes cis (non trans) et femmes trans aurait pu être considérée comme une discrimination fondée sur le “sexe assigné à la naissance” en application des lois interdisant les discriminations dans le secteur de l'éducation, la nouvelle décision de la Cour Suprême ouvre la voie à ces différences de traitement, et vient donc légitimer la discrimination des personnes trans à l'école, et particulièrement dans les compétitions scolaires sportives.
Et légitimer la discrimination des personnes trans tout court.
Le sujet des compétitions sportives scolaires est d'ailleurs loin d'être anecdotique dans le système éducatif états-unien : le sport y occupe une plus grande place dans la vie scolaire et la socialisation des élèves, et facilite l'accès à l'enseignement supérieur via l'octroi de bourses aux étudiants sportifs.
Quand on parle d'accès aux compétitions sportives pour les élèves trans, on parle aussi de l'accès à ces ressources, alors qu'aussi bien l'accès au sport qu'à l'éducation reste entravé pour les jeunes trans à cause des violences et des discriminations transphobes qu'elles et ils subissent dans ces cadres.
Cette décision constitue en tout cas un saut dans la transphobie d'Etat aux Etats-Unis en venant légaliser une campagne menée depuis des années par les militants anti-trans : la question des femmes trans dans le sport qui est avec la question des transitions chez les jeunes un des chevaux de Troie de la transphobie.
Alors que la plupart des Américains témoignent un soutien générique aux personnes trans et au fait qu'elles ne fassent pas l'objet de discriminations, les groupes réactionnaires agitent ces deux “questions” surfant sur du sens commun réactionnaire mais très diffus - penser que les femmes seraient naturellement moins fortes en sport que les hommes, au point que le sexe assigné à la naissance influerait plus nettement sur les résultats sportifs que n'importe quel facteur ; ou encore que les jeunes seraient “influençables” et seraient incapables de prendre des décisions éclairées, sans les regretter ensuite - pour banaliser l'institution de discriminations légales à l'encontre des personnes trans.
La décision de la Cour Suprême est un énorme recul pour les droits démocratiques des personnes trans aux Etats-Unis et pourrait avoir une portée bien au-delà du sport.
Et elle n'est pas uniquement le fait des juges de la Cour, à majorité trumpistes : de plus en plus de figures du Parti Démocrate se sont rendues complices des agitations transphobes autour des jeunes trans et des femmes trans dans le sport.
C'est le cas de Gavin Newsom, gouverneur de Californie - qui a publiquement estimé que la participation des femmes trans aux compétitions sportives féminines était « injuste » -, de Seth Moulton, représentant du Massachusetts - qui a déclaré que les Démocrates devaient reconnaître que de nombreux électeurs ne voulaient pas que leurs filles « concourent contre des athlètes biologiquement masculins », ou encore de Tom Suozzi, représentant du troisième district de l'État de New York - qui figure parmi les élus démocrates qui ont appelé leur parti à se repositionner sur les questions trans après la victoire de Trump.
Cette décision ne constitue pas une simple victoire des réactionnaires sur la question du sport. Elle s'inscrit dans une offensive générale de l'administration Trump contre les personnes trans, qui s'est accélérée drastiquement depuis son retour au pouvoir : restriction de l'accès aux soins d'affirmation de genre, déni d'existence administrative des personnes trans, et même tentatives de criminaliser une partie du mouvement en les assimilant à des groupes « terroristes » en les transformant en cibles de la lutte anti-terroriste. À chaque étape, les personnes trans servent de laboratoire pour tester de nouvelles offensives autoritaires, avant que celles-ci ne s'étendent plus largement contre l'ensemble des droits démocratiques.
Cette décision s'inscrit en outre dans une continuité jurisprudentielle claire de la Cour : en 2025, elle a par exemple déjà jugé que l'État du Tennessee pouvait interdire aux mineurs transgenres l'accès aux traitements de transition, considérant que cette loi ne présentait pas de caractère discriminatoire.
C'est pourquoi il est important d'organiser une riposte d'ampleur face aux attaques transphobes aux États-Unis - qui ne se subordonnent pas au Parti Démocrate -, et de dénoncer le caractère anti-démocratique de la Cour Suprême, dont les membres ne sont pas élus et qui viennent de s'arroger le pouvoir de légaliser encore davantage les discriminations transphobes aux États-Unis.
Plus que ça, depuis sa création, la Cour suprême constitue un pilier profondément antidémocratique de l'État américain : composée de 9 juges nommés à vie, elle a joué un rôle décisif dans la défense de l'esclavage, de la ségrégation raciale, de la répression du mouvement ouvrier, puis, plus récemment, dans la remise en cause du droit à l'avortement, des droits syndicaux, des protections électorales ou encore des droits des personnes trans.
La lutte contre la transphobie d'État ne peut donc pas être dissociée de la lutte contre les institutions qui la rendent possible : la Cour suprême doit être abolie, et elle ne pourra l'être que par la construction d'une mobilisation d'ensemble contre la transphobie d'État et les politiques réactionnaires de Trump, seule capable d'imposer un recul au pouvoir et à ses institutions !
Crédit photo : Elvert Barnes, Creative Commons License